L’Herboristerie DESMECHT, une histoire de famille !  

Dites-nous tout Mr Desmecht !

Cette histoire commence même avant la famille. C’est une histoire « d’indépendants » au départ.  Il y avait ici 2 magasins.  La Maison Fuhr, qui était un magasin de diététique avant la lettre.  En 1897, à côté, on a ouvert la droguerie Verlinden.  Mes parents arrivent après la deuxième guerre mondiale.  Mon père reprend la droguerie.  Les droguistes en fait, étaient les herboristes de l’époque.  Ils vendaient à la fois les produits chimiques d’entretien et les plantes.  Petit à petit, les fonctions ont été scindées.  Les pharmaciens ont repris la partie « plantes » et ils ont commencé à se spécialiser pour la médecine. Au fil du temps, l’herboristerie a commencé à se développer de manière « scientifique » et aujourd’hui la science confirme à 99% ce que le gens connaissaient il y a bien longtemps par expérience, des associations qu’on ne sait pas encore améliorer à l’heure actuelle.

Mon père a donc repris la droguerie Verlinden où il a travaillé.  Dans les années 70, nous avons aussi repris le magasin diététique où ma maman travaillait.  Ici (ndlr : les locaux actuels de l’herboristerie) le magasin était plus petit.  On vendait des aliments de diététique et tout ce qui est oriental : nourriture chinoise, …  Il y a une quinzaine d’années, nous avons fermé la droguerie et mon père a pris sa retraite.Et quelque part, j’étais content car je préférais les produits naturels.  J’ai fait des études de naturopathe.  Je suis « Heilpraktiker ».  C’est un diplôme allemand.

Nous avons développé les plantes et mes idées sur les plantes: comment mettre à la disposition des gens de la ville des produits naturels dans un contexte sérieux ! 

Notre slogan est « natural solutions » : donner des solutions naturelles avec l’idée qu’il faut que cela marche !!!

Notre recherche est axée là-dessus: quand on vend quelque chose, cela doit donner des résultats.

Beaucoup de gens pensent et disent que les plantes, ça ne marche pas !  Nous voulons qu’il y ait des résultats.  Nous avons des dizaines de médecins et de pharmaciens qui sont clients chez nous justement parce que nous sommes sérieux.  Les médecins nous envoient des clients, les pharmaciens aussi.  Ce n’est pas notre créneau principal car ils restent souvent dans leur monde « pharma-médecin ».  Il faut aussi dire que fort heureusement, beaucoup de pharmaciens ont aussi développé les plant es dans leurs officines, et la cosmétique naturelle, etc. Mais notre caractéristique est d’avoir une approche tout à fait naturelle et holistique (1).  C’est ce qui fait la différence.Ici, nous avons un laboratoire avec une production propre : pommades, certains produits cosmétiques, mélanges de plantes,… 

Comme on a toujours vendu les plantes dans la droguerie, il nous reste d’anciens manuscrits d’origine où l’on trouve encore tous les vieilles recettes. Nous restons bien sûr toujours dans l’alimentaire. Au fil du temps, les lois ont évolué.  Les plantes ne sont plus considérées comme médicaments mais elles sont tolérées comme compléments alimentaires.  Mais la ligne entre les deux n’est pas très précise.  Où s’arrête le médicament, où commence l’alicament comme on dit maintenant, ou la nourriture proprement dite ?  C’est une zone un peu floue.

Comment pourriez-vous définir cette limite ?

Pour ma part, la limite, c’est la toxicité qui détermine ce qui est autorisé.  Le premier principe c’est de ne pas nuire ! Nous ne faisons que ce qui est autorisé.  Ce que nous vendons est agréé par le Ministère comme aliment : vitamines, minéraux, plantes.  Il existe des listes positives de choses que nous pouvons vendre et des listes de produits qu’on ne peut plus vendre car trop toxiques.

Ce que nous donnons à nos clients, c’est la connaissance que nous avons.  Quand vous venez chez nous, nous sommes capables de dire le vrai et souligner le faux.  Nous savons jusqu’où nous pouvons aller.  Il y a des gens qui viennent chez nous en disant : j’ai une maladie grave.  Notre réponse est claire : ne vous faites pas d’illusions...  Nous expliquons bien les dangers des médecines naturelles : on peut utiliser des remèdes naturels mais il ne faut pas perdre du temps précieux car la maladie peut évoluer et s’aggraver.  Nous essayons de conseiller les gens de la manière la plus sérieuse possible. Sans être trop commercial.

Vendre oui, mais avec éthique !

D’autre part,Il est clair que nous sommes aussi des commerçants.  Nous ne sommes pas une asbl.  Nous nous inscrivons cependant dans la lignée du commerçant « ancien », avec éthique tout en voulant quand même gagner notre vie.  Cela ne nous empêche pas de dire – comme les pharmaciens d’ailleurs : nous ne vendons pas tel type de produit, vous pouvez trouver une meilleure réponse ailleurs.  Nous conseillons également aux clients d’aller en pharmacie où ils auront un remède beaucoup plus efficace car nous n’avons pas chez nous la réponse pour le problème qu’ils présentent. Mais il est clair que nous savons faire beaucoup de choses.  Nous ne sommes pas du tout contre les médicaments.  Je pense qu’il y a une synergie entre les deux.  Tout dépend du cas.  Mais je suis convaincu que la première chose à faire est de soigner d’abord de façon naturelle et de prévenir au lieu de guérir.  Et si ça ne marche pas, on va voir plus loin.

Qu’aimez-vous le plus dans votre métier ?

J’aime la variété des approches.  En fait, nous touchons à tout : à la vie elle-même, parfois à des choses graves.  Nous voyons les gens comme ils sont, dans leur souffrance.  En général, l’action est préventive pour rester en bonne santé.Nous regroupons beaucoup de compétences.  Ma fille et mon gendre ont fait Solvay, une psychologue travaille ici aussi, des biologistes, nutritionnistes,… mais tout le monde est herboriste.  On essaye de faire une approche scientifique mais avec nos propres idées : comment fonctionne le corps, …On suit le double regard comme le disent les Indiens (Lakota Sioux): « MetakuyeOyasin » qui veut dire que tout est lié et interconnecté.  C’est mon approche.  Il faut penser plus loin qu’on ne voit !  On regarde le problème que l’on traite avec des plantes, des produits actifs, mais aussi avec des nutriments. On fait toujours deux choses : nourrir le corps et donner des produits actifs pour diriger le corps dans une direction.  Par exemple, si vous venez pour de l’arthrose, il faut voir l’ensemble, conseiller de la kiné le cas échéant.  Par ailleurs, les symptômes sont aussi souvent l’expression d’un terrain déficient.  Il faut regarder plus loin.  Et toujours réfléchir deux fois, une fois d’un côté, une fois de l’autre.  La dualité en toute chose ! Il est fondamental de regarder toujours plus loin, de réfléchir.

Nous sommes également une entreprise, nous devons gérer aussi le côté économique et pouvoir gagner notre vie.  Ce n’est pas toujours facile car nous faisons un métier du Moyen Age qui demande beaucoup de personnel mais avec les contraintes du monde d’aujourd’hui !

Il n’en reste pas moins que c’est un métier passionnant, complet et très riche que nous voulons pratiquer avec éthique.

(1)Du grec holos,  » le tout « , ce terme désigne toutes les approches de la vie, ou toutes les techniques thérapeutiques qui prennent en compte la globalité de l’individu. Par exemple, une vision holistique de l’être humain tient compte de ses dimensions physique, mentale, émotionnelle, familiale, sociale, culturelle, spirituelle.

http://www.psychologies.com

Un petit bout de femme énergique, avec son franc parler, ses expressions bien à elle, et un cœur grand comme çà !  Elle nous reçoit dans son café, Le laboureur,  son domaine, un lieu qui a gardé tout son charme bien bruxellois, un parfum d’antan, une sorte d’anachronisme charmant dans un quartier branché en pleine expansion.

Note de la Rédaction: Cette chère Thérèse nous a quitté.  Mais pas tout à fait, car nous pouvons la réentendre par le truchement de cette rencontre!

 Bonjour Madame …

… Marie Thérèse Dorothée Françoise Vernieuwe  mais tout le monde m’appelle Thérèse !

 Et pourquoi ça?

Parce qu’en 53, j’ai connu les para-commandos et ils ont trouvé Marie-Thérèse trop long.

 Et avec un petit sourire en coin elle ajoute :

Marie à Bruxelles, c’est un peu, drôle on dit ça Mieke, met een dikke miete*, et ainsi de suite, je ne vais pas faire tout un détail, comme j’étais très gênée en ce temps-là, j’ai dit : « Dites Thérèse » et depuis lors,  je m’appelle Thérèse. Tout court.

 Eh bien Thérèse, je suis ravie de faire votre connaissance.

Konijnesaus qu’on dit à Bruxelles !

 Comment ???

Konijnesaus ça veut dire sauce de lapin. Mais konijnesaus, c’est faire connaissance. Connaissance dit à la bruxelloise c’est konijnesaus ! Oui, j’en ai comme çà quelques unes dans ma poche !

J’étais en train de chercher où j’avais mis votre ticket avec votre numéro…

 Je vous ai apporté toute la série des « Carillon de Sainte Catherine » avec les interviews de Mrs Withofs et Bontinckx, spécial d’été avec des rues insolites du quartier et 1° n°du lancement du journal.  Aujourd’hui, j’aimerais que vous nous parliez du Laboureur.  C’est une institution dans le quartier.  

Depuis quand existe-t-il ?

Depuis 1927.

Racontez-nous un peu petit peu son histoire.

Je connais les patrons depuis 48 ans. J’en ai connu un, son père tenait café à la rue Haute à côté du cinéma Carly.  Je ne connais plus le nom exact du café même, mais il était très connu. Moi je tenais café au Marché aux Porcs. C’était en 65. Bébé venait de naître, il avait 6 mois.

 Ce grand bébé-là (en nous désignant son fils) ?

C’est ma faute si on l’appelle Bébé.  Il y a une quinzaine d’années, je tenais café en face et je devais nettoyer la rampe.  Alors je l’ai mis au comte de Flandre. Vous savez quand je nettoie, je nettoie beaucoup et tout en une fois.  Quand j’ai fini, j’ai demandé à la dame du Pays de Liège : « T’as pas trouvé mon fils ? ». « Lequel ? », elle me dit !  Eh oui ! j’en ai trois !  Et moi au lieu de dire « mon plus jeune » ou « Christian », j’ai dit mon « bébé ». Mais le bébé a légèrement commencé à manger et voyez la corpulence qu’il a ! Tout le monde l’appelle Bébé. C’est vrai. Ça lui est resté. Personne ne dit Christian. Personne. Quand on dit Bébé, tout le monde sait de qui on parle !

 Et vous Thérèse, qui êtes-vous ?

Si vous parlez de Thérèse dans toute la ville de Bruxelles, je suis connue partout. Je ne sais pas mettre ma tête quelque part : je tombe sur quelqu’un qui me connait ! Et il m’embrasse ici.  Je suis très étonnée.  Je suis très large d’idées vous savez et je ne vois de mal nulle part.  Mais quand je vois du mal alors… c’est pas pareil.  Après presque 52 ans de bistro, je sens quand ça ne va pas… Ici, c’est un café avec 3 portes.

  Avec trois portes ?

Oui, c’est une entrée avec 3 portes : celle pour les bons, celle de ceux qui pourraient le devenir et celle de ceux que je mets directement dehors. A la nouvelle année, j’en ai mis 6 dehors et j’ai mieux travaillé parce que j’ai mis les mauvais dehors.

 Pour vous, les mauvais, qu’est-ce qu’ils font ?

Les mauvais, ce sont des gens qui demandent pas comme il faudrait !  Moi je suis cool comme on dit aujourd’hui. Je suis de l’ancienne catégorie.  Je ne peux pas dire directement : « Madame, il faut payer votre verre ».  Je ne suis pas comme ça, même si en terrasse je commence à le faire.  Par exemple, j’en ai eu un qui demande 5 verres. Mais Au 5e, je dis : « Tu ne voudrais pas me payer parce que tu en as déjà eu 5 ! ». « Je n’ai pas d’argent » il me dit ! « Eh bien, je préfère que tu me dises je n’ai pas d’argent !  Alors, je vais peut-être te donner  3 verres ».  Je préfère donner que de me faire avoir ! Voilà ! Valise !

 Cela fait combien de temps que vous avez Le Laboureur ?

Depuis le 16 avril 1987.  C’était fermé parce le mari de la patronne était mort. J’ai ouvert et on faisait file pour entrer chez moi. Je fermais quand la coiffeuse ouvrait !  Mais à 10 heures, c’était de nouveau ouvert.  Quand on sait boire, on sait travailler !  Si vous n’allez pas à votre travail, vous n’avez pas de paie. C’est la même chose, vice-versa. Moi je vais à la bonne école.

 Votre établissement fort  est connu dans Bruxelles !

C’est un des meilleurs de Bruxelles.   

 Comment vous définiriez-vous votre café ?

Un endroit où on aime  bien de venir.

 On pourrait dire convivial ?

C’est plus que convivial. Plus que ça. Avant, tous les clients se connaissaient. Maintenant, c’est rare ceux qui se connaissent. Mais moi, j’ai l’approche directe ! Je parle plus vite que mon esprit. Ma langue a été coupée quand j’étais gosse, mon frein plutôt, parce que je ne savais pas parler et pas téter. Mais ils ont coupé trop loin et avec ça, je parle plus vite. Ma mère disait toujours : « Elle ne doit même pas penser ce qu’elle dit, c’est déjà sur le bout de sa langue ! ». C’est vrai. C’est comme ça. Parfois, je dis des bêtises et parfois ces bêtises sont bien, parfois mal.  Mais je suis une enfant très gentille avec tout le monde.  Maintenant c’est lui (en montrant son fils) qui prend ma place, je veux dire en corpulence !!!!

 Vous êtes encore active dans le café?

Je suis encore active.  Le dimanche matin, je suis là. Je ne peux plus faire le soir à cause de mon plus âgé. Il est très strict sur sa mère !  Il faut pas me regarder, pas toucher !  Vous savez, c’est un de l’ancienne école !  Et en plus, je l’élève mon petit-fils déjà depuis 38 ans à la maison !

 Depuis que vous êtes dans le quartier, vous le voyez changer. Pour vous c’est en bien ou en moins bien ?

En bien. Il y a des nouveaux restaurants.  C’est bon pour le commerce !

 Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux jeunes du quartier ou aux jeunes en général pour leur avenir ?

Ce qu’il y a maintenant, comme je dis, c’est la 4e génération. C’est pas des jeunes ça ! Il n’y en a pas beaucoup qui aiment travailler. Et puis, on ne sait rien leur apprendre. Ce sont eux qui veulent nous apprendre.

 Que faudrait-il leur apprendre selon vous ?

La politesse en premier lieu, c’est la première des choses.   J’ai toujours été un numéro à l’école mais j’ai toujours été bien vue par mes professeurs même en faisant la folle, en faisant des co…ries. Mais des co..ries gentilles, rien de méchant.  J’étais brave et polie à l’école !

Quand vous mettez 5 enfants au monde et que vous les avez élevés vous-même financièrement,  et tenir des cafés pendant  50 et des années avec une zattecut * de mari, faut du courage !  Mais je dois dire qu’il  il est devenu brave ces dernières années !

J’ai  aussi 15 petits-enfants et j’en ai juste un qui ne voulait pas travailler parce qu’on lui donnait de l’argent.   Mais il a repris du travail lundi.

 Comment voyez-vous l’avenir ?

J’ai eu la chance de venir ici.  Aussi longtemps que je serai là, ça ira.

 Merci Thérèse

Traduction du Brusseleir au français :

  • Mieke, met een dikke miete* : une « nana » avec une poitrine opulente
  • zattecut *ou encore zattecul selon d’autres versions : personnage du théâtre de Toone, légèrement porté sur la bouteille

Président de l’Association des commerçants et des habitants de la rue de Flandre.   Un adepte de la « politique douce » !

Depuis combien de temps êtes-vous en charge de cette association ?

Depuis 12 ans !  Certaines personnes voulaient animer un peu la rue.  Au départ,  nous étions entre 10 et 15 : j’étais simple trésorier.  Il y avait un président,   une secrétaire, …  mais au bout de 3 ans tout le monde a décroché et nous nous sommes retrouvés seuls.  Une dame m’aide pour faire les lettres et j’assume le reste

Qu’est-ce qui vous amené à prendre une telle responsabilité dans le quartier ?

 Je trouvais un peu bête d’avoir lancé quelque chose et de tout laisser tomber.  Et donc, j’ai continué.

En quoi consiste votre action de Président ?

Je n’ai pas l’habitude de relancer la Ville pour tout ce qui se passe parce que j’ai le sentiment que la plupart du temps cela revient à s’attaquer à un mur qui ne bouge pas !  Aussi notre action consiste à organiser une braderie une fois par an, le samedi et le dimanche de la journée sans voiture pour la 11ème fois cette année.  C’est une activité qui connaît un franc  succès !

A cela s’ajoutent les illuminations de décembre.

Pour la braderie et la brocante, les gens s’inscrivent.  Nous donnons bien-sûr priorité aux gens de la rue.  Certains voudraient qu’on ajoute la rue Lepage ou encore le Marché aux Poissons ou le Marché aux Porcs, la braderie perdra son identité « Rue de Flandres ».  Alors, nous restons dans la rue de Flandres.

Au début cela marchait entre la Place Sainte Catherine et le Marché aux Porcs.  Et il ya 3 ans, on a continué vers le canal.  Chaque année, cela marche de mieux en mieux.

J’imagine que ce genre d’action « solidarise » les gens du quartier en faisant quelque chose tous ensemble ?

La rue de Flandre est vraiment un village !  Surtout la partie entre la place Sainte Catherine et le Marché aux Porcs.  Le reste de la rue un peu moins car elle a été un peu délaissée.  Il n’y avait pas de commerces au début, les gens ne voulaient pas trop participer.  Il y a avait juste un marchand d’oiseaux et de poissons, le Palais du cache poussière et la friture Henri.  C’est tout ce qu’il ya avait.

Je trouve que c’est une aberration de la Ville d’avoir autorisé la fermeture des commerce  pour les remplacer par des garages ou en fermant les vitrines pour les remplacer par des habitations.  Cela a beaucoup dénaturé ce côté de la rue.

Il y a longtemps que vous êtes installé dans la rue ?

Depuis 33 ans !

Vous avez donc vécu de très près les changements que la rue a connus ?

Quand je suis arrivé, il n’y avait pratiquement rien.  Et au fur et à mesure que la rue Dansaert a pris de l’ampleur, la rue de Flandre s’est également développée.   Les gens voulaient venir ici aussi.

Nous avons de la chance dans la rue car il y a une grande diversité.  Au Marché au poisson, vous avez essentiellement des restaurants et des cafés.  Ici, il y a des restaurants,  des magasins de vêtements, des centres culturels (la Maison de la Bellone, la Maison de Roumanie , bientôt un magasin d’articles de cuisine, des coiffeurs, un serrurier,  des épiceries, un lavoir, bref, un peu de tout !

Qu’en est-il des travaux en cours ?  

Il y aura des appartements aux étages et un commerce au rez-de-chaussée.  J’ai connu ces maisons avant qu’elles ne soient abattues.   Cette construction est une bonne chose car elle met fin à un chancre qui existait depuis plus de 40 ans !

Beaucoup de gens ressentent les effets de la crise.  Vous qui connaissez bien la rue, constatez-vous une perte de dynamisme dans l’activité en cours ?

Je ne dirais pas cela.  Je parlerais plutôt d’une perte de moyens : les gens achètent moins, sortent moins au restaurant.  Deux restaurants de la rue sont une sorte de « baromètre » et ils indiquent cette diminution de fréquentation.  D’une façon très simple : vous y trouvez encore des places à midi alors qu’avant, ils affichaient complet !

Qu’est-ce qui vous aimez le plus de votre quartier ?

C’est bien sûr le côté village !  Comme le soulignait Mr Withofs, je traverse la place et je suis arrêté par des tas de gens.

Dans la rue, le gros avantage, c’est d’avoir des commerces avec des gens qui habitent aux étages.  C’est un mélange très vivant : les habitants font leurs courses chez les légumiers de la rue.  

Mais surtout, il y a un réel esprit d’entraide entre les habitants, des jeunes envers les personnes âgées par exemple !  C’est quelque chose que nous essayons de maintenir.  Il y a beaucoup de jeunes qui vivent ici.  Les appartements au dessus du Louvres par exemple  appartiennent au Quartier Latin (*) qui y loge des étudiants.  Nous essayons de développer des relations avec eux. 

Au départ, ils sont un peu réticents : on leur dit bonjour et ils se demandent ce qu’on leur veut ! Mais petit à petit, ils répondent au contact et s’intègrent dans la vie de la rue !

Quels sont les problèmes majeurs auxquels vous êtes confrontés ?

Le plus difficile –  me semble-t-il –  est d’éduquer les gens au niveau de la propreté.  Je ne peux pas dire de la rue soit « sale ».  C’est vrai qu’il y a des endroits, où de manière régulière, des camions viennent déverser des détritus.

A mon sens c’est parce que la Ville ne fait rien: elle ne verbalise pas suffisamment, elle ne trouve pas des solutions.  Au lieu de taxer les gens, il faudrait trouver l’argent là où faut !  Que ceux les pollueurs soient les payeurs !

Nous pensons aussi que l’éducation peut être un « investissement », en amenant les citoyens à plus de conscience.  C’est que nous faisons petit à petit par nos actions dans le quartier.  

Quel type d’action trouvez-vous utile dans la rue pour inciter à plus de conscience ?

Ce serait une bonne idée de rappeler à tous quels sont les jours de ramassage pour les différentes poubelles.  Bruxelles Propreté le fait de temps à autre.  Mais ce n’est pas suffisant.

Parmi d’autres difficultés, nous avons eu les travaux de canalisation d’eau, le quartier a été coupé par la saint Nicolas des étudiants  ainsi que les Plaisirs d’Hiver qui sont un moment difficile pour tous, habitants et commerçants.  J’ai écris une lettre à l’échevin en lui expliquant le problème : on coupe la rue le vendredi soir, le samedi parce qu’il y a trop de gens pour le marché de Noël et plus personne ne sait arriver chez nous !  Je n’ai pas obtenu grand-chose pour changer la situation.  Mais nous avons reçu 2000€ de subsides en plus pour la rue !  C’est ma manière de travailler, et je suis satisfait de ce que j’ai obtenu.

Je suis également secrétaire d’Atrium.  Cela me permet de mieux répondre aux questions et aux besoins des riverains.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie ?

Le contact avec les gens !  Cà me botte !  Aller voir le gens, découvrir ce qui ne va pas, essayer de trouver des solutions aux problèmes, d’arranger « le truc » !

Qu’aimeriez-vous dire à vos voisins, simplement, comme çà de cœur à cœur ?  A tous ceux dont vous vous occupez avec tellement de générosité ?

Que tout le monde s’entende bien !  C’est la base de tout.  Tout le monde s’entend bien dans la rue.  C’est un quartier bien, dans la diversité habitants-commerçants.  C’est une richesse au fond.  Voyez la rue Neuve !  Si tout était habité aux étages, ce serait vraiment super ! A 19h., c’est fini, il ne s’y passe plus rien !  Beaucoup ferment à 18H.  Il n’y a plus de lumières, c’est sinistre. 

Je trouve que c’est le résultat d’une erreur de politique de la Ville à l’époque de Mr Simons.  Je m’explique.

Le problème avec les commerces, c’est la suppression des entrées particulières latérales pour gagner en surface commerciale.  De cette manière, il n’y a plus d’accès aux étages.  Au plus, le premier étage est utilisé comme réserve mais  le reste est complètement abandonné.

Un promoteur  voulait créer  un îlot entre la Place de la Monnaie et  la rue du Pont Neuf (ou par la rue aux Choux ????) pour marier  commerces et habitations avec une entrée par cette rue en construisant  un système de passerelles de façon à ce que les appartements  soient accessibles. Mais Mr Simons n’a jamais donné son accord à ce projet. 

Ce projet à été réalisé rue du Peuplier (juste après l’hôtel Welcome), où il y a un immeuble avec une cours intérieure équipée de ce genre de passerelle. 

Le grand avantage rue de Flandre, c’est que les étages au-dessus de beaucoup de commerces sont habités , soit par les commerçants eux-mêmes, soit par des locataires car les entrées latérales ont été sauvegardées ou aménagées.  Sinon, nous aurions le même problème qu’à la rue Neuve !

Nous avons des café « hip » : le Roskam; le Daring Man,  des endroits où il faut être vus, où il faut aller !!! Le laboureur aussi, le Royal…

Et la maison de la Bellone ?

Bien sûr, bien que je ne comprenne pas la politique de la Communauté française : ils ont mis tellement d’argent là-dedans et quand on voit le nombre de touristes qui viennent le samedi et le dimanche … et la maison n’est pas accessible !

Beaucoup de concorde !

 (*) association qui s’occupe de locations pour les étudiants à Bruxelles

 Ex – Président de l’Association des habitants et des commerçants du quartier du Marché aux Poissons (Vismet)

Homme de cœur et d’action, il a son franc-parler.  Il aime passionnément: son métier d’antiquaire, la mer et son quartier !

En quoi consiste votre action dans le quartier ?

 Il y a près de 10 ans, on m’a demandé de devenir président  (…)

Ce travail me prend une journée et demie à 2 jours par semaine : pour écrire du courrier, pour expliquer ce qui ne va pas dans le quartier, pour traiter les différents problèmes.

 Beaucoup de discussions avec la Ville, surtout en ce moment avec les Plaisirs d’Hiver car il y a pas mal de problèmes à gérer.  (…)

 (…)  Je voudrais surtout améliorer la Place avec de nouvelles terrasses par exemple.  Mon objectif est de parvenir à une certaine homogénéité. (…) Bien sûr, maintenant nous avons des trottoirs plus larges.  C’est beaucoup plus agréable pour tout le monde mais le problème de parking  reste  important. Je comprends le mécontentement des riverains car à la suite aux travaux, 92 places ont été supprimées. (…)

 Avez-vous une équipe pour vous seconder dans votre travail ?

 Non, je n’ai que Michel Smeesters, de l’Hôtel Welcome qui m’aide de temps en temps et une amie à lui qui fait un peu de courrier de manière bénévole.

Il y a des administrateurs de l’Association comme Freddy Devreker du restaurant « La Belle Maraîchère », qui s’occupe très bien de toute la comptabilité et de la partie Trésorerie.

Il est assez rare de trouver des associations qui allient commerçants et habitants

 Effectivement.  Il faut savoir qu’aujourd’hui beaucoup pensent qu’un commerçant ne peut pas s’entendre avec un riverain.  Or, je pars du principe que l’entente et le dialogue sont toujours possibles.  On peut trouver des solutions entre nous, gentiment,  sans devoir passer par des services juridiques, par un Tribunal, par la Ville de BXL. 

 Lors d’une précédente rencontre, vous avez abordé la transformation possible de l’Eglise Sainte Catherine en « Halle Gourmande ».

 (…) Au départ, j’avoue avoir été choqué par l’idée d’en faire une Halle Gourmande.  Mais pourquoi pas : c’est un moyen de renforcer l’identité du quartier où se trouvait le marché matinal dans le temps.  (…)Il y a des tas de petites ruelles fort agréables comme à Paris, des impasses que les gens ne connaissent pas.  Il faut que ce soit agréable de s’y balader, il faut que toute la ville soit propre.

 Mme Lalieux, Echevine de la Propreté fait un gros effort de ce côté-là. Elle n’a pas l’échevinat le plus facile.  Loin de là.  Elle fait un grand travail en multipliant les actions.  Maintenant, il faut sensibiliser les gens, il faut leur donner une éducation! (…)

 En conclusion, que voudriez-vous dire aux habitants et aux commerçants du quartier ?

(…) Il faut garder cette image du village au centre-ville. (…)

Je discutais hier avec le fils d’un restaurateur qui vient habiter le quartier.  Il me disait : «(…)

quand je traverse tout le marché aux Poissons, je serre la main à 10 personnes ».  Vous connaissez beaucoup d’endroits à BXL où vous pouvez faire cela ? (…)

 Le Noordzee est une très bonne initiative : (…)  tout le monde s’y rencontre et se parle.  On y règle énormément de problèmes, devant un verre de vin (…)

Il y a beaucoup à faire dans le quartier. Les gens sont réceptifs et ils accueillent les bonnes choses et les voient d’un bon œil.  Ils regardent et se disent : « Tiens ! Il y a d’autres personnes que les employés de la ville qui nettoient le quartier ! ».  Ça se remarque quand vous (*) passez.  Il y a une sympathie qui se crée et un dynamisme qui s’installe et je crois que progressivement les gens respecteront leurs trottoirs, et continueront à les nettoyer et c’est comme cela que nous aurons une ville propre.  Et j’ai toujours dit que « Propreté = Sécurité ».  C’est essentiel !

(*) : Les équipes de Nouvelle Acropole/Philo Cité

Les premiers documents établissant l’existence d’un port à Bruxelles datent de l’an1012. Il avait été aménagé au niveau de ce qui est devenu le parking 58. Des centaines de voitures ont pris la place de quelques bateaux qui, jadis, se balançaient mollement au gré du vent… Jusqu’au XVIème siècle, l’approvisionnement de Bruxelles par voie maritime était assuré par la Senne qui, se jetant dans le Rupel, permettait de rejoindre l’Escaut et de relier la ville à Anvers, ouverte sur tous les ports du monde connu. Cependant, la Senne avait un trajet sinueux et un débit très variable en fonction des saisons et des précipitations. Le lit de la rivière s’était peu à peu ensablé suite au déboisement de ses berges au cours du Moyen-Age. Sa navigabilité était donc aléatoire et, surtout, onéreuse pour Bruxelles. La ville de Malines, passage obligé, prélevait en effet des taxes élevées sur tout le trafic fluvial entre Bruxelles et Anvers. Très tôt, l’idée germa de percer un canal entre la capitale et l’Escaut, permettant de pallier aux caprices de la Senne et d’éviter l’hémorragie de devises en la bonne ville de Malines. Déjà en 1436, en pleine guerre de cent ans, une demande en ce sens avait été faite à Philippe le Bon, lequel y avait répondu favorablement. L’opposition de la ville de Malines avait toutefois fait avorter le projet. C’est Charles Quint qui renouvellera l’autorisation en 1531. Hélas, encore une fois, les travaux sont reportés et il faudra attendre, en 1550, l’intervention de Marie de Hongrie pour que le premier coup de pioche soit enfin donné sous l’impulsion énergique de Jean de Locquenghien, bourgmestre et amman de Bruxelles. Les travaux vont durer onze ans et, le 10 octobre 1561, le plus ancien canal navigable d’Europe est inauguré en grande pompe au son des cloches de l’église Saint Nicolas. En 28 kilomètres, sur une largeur de 30 mètres et avec un tirant d’eau de 2 mètres, il va relier Bruxelles au Rupel, au niveau du petit village de Klein-Willebroeck. La différence de niveau de 14,75 mètres est rachetée par la construction de quatre écluses. Elles furent parmi les premières écluses à sas réalisées sur le continent. Voilà Bruxelles reliée à la mer. Cette voie d’eau, bien plus commode que les mauvais chemins en terre de l’époque, servira autant au transport de marchandises qu’à celui de passagers. Le canal devient voie de prospérité et la Senne, abandonnée à son cours versatile, prendra inexorablement le statut peu enviable d’égout à ciel ouvert. Rapidement, la ville s’adapte à son nouveau statut de port de mer : pour permettre la pénétration des bateaux jusqu’au cœur de la cité, un brèche est pratiquée dans la deuxième enceinte, au niveau de la porte du Rivage, actuelle place de l’Yser. Une suite de bassins sera creusée jusqu’à l’actuelle église Ste Catherine : le grand bassin, le bassin des barques, le bassin des marchands et, enfin, le bassin Ste Catherine.

La percée de la ville vers la mer sera bien plus qu’une opportunité d’enrichissement : une fenêtre grande ouverte sur le monde, le rêve et l’aventure. Marie-Thérèse d’Autriche dota sa capitale des Pays-Bas d’un entrepôt monumental de grand style, qui devint plus tard arsenal et enfin théâtre flamand, l’actuel KVS. En 1704, on établit sur la rive orientale du canal l’ « allée verte », avenue de promenade qui reliait Bruxelles à Laeken et qui connut ses heures d’élégance. La chronique raconte que le 14 avril 1717, le yacht de Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies, vint s’amarrer au port de Laeken, aux portes de Bruxelles. Le petit canal de Bruxelles-Willebroeck va remplir son office pendant trois siècles mais, à l’aube de l’ère industrielle, ses dimensions et son tirant d’eau vont s’avérer insuffisantes. Des travaux seront nécessaires et l’avenir des bassins s’en trouvera modifié. Mais cela, c’est une autre histoire… que nous nous ferons un plaisir de vous raconter dans notre prochain numéro.

Nous avons vu, dans notre article précédent, comment Bruxelles, dès le seizième siècle, se dota d’un port de mer par la construction du petit canal de Bruxelles-Willebroeck. Celui-ci permit à la ville de se relier à Anvers en évitant le cours capricieux de la Senne et les taxes prélevées par la ville de Malines, jadis passage obligé vers l’Escaut. Le Grand Bassin ou Bassin du Commerce, les Bassins de l’Entrepôt, du Chantier, des Barques, des Marchands et, enfin, le bassin Sainte Catherine ont joué un rôle commercial fondamental jusqu’au début du XXème Siècle. Ce sont ces trois derniers bassins qui intéressent particulièrement notre quartier.

Le Bassin des Barques s’étendait jusqu’au Marché aux Porcs. Il tient son nom de la Maison des Barques où les particuliers pouvaient acheter leur passage vers Anvers ou Vilvorde. Le trajet débutait le long de l’Allée Verte ; il était agréable et plus rapide que par voie de terre. En 1839, le chemin de fer fit peu à peu disparaître ce romantique trafic maritime. 

Le Bassin des Marchands s’étendait entre le Quai aux Briques, sur lequel se déchargeaient les fameuses briques de Boom dont presque toute la ville est construite, et le Quai du Bois à Brûler qui fournissait le bois nécessaire au fonctionnement des fours des boulangeries.

Trois ruelles relient le Quai des Briques à la rue de Flandre : la rue du Chien Marin tire son nom des fossiles d’un animal marin découverts lors du creusement  du canal. La rue du Pays de Liège doit le sien à une auberge où avaient coutume de descendre les Liégeois de passage dans la capitale. Et enfin, la rue du Nom de Jésus, par laquelle les pèlerins pauvres trouvaient refuge à l’hospice Sainte Corneille tout proche.

Le Bassin Sainte Catherine, perpendiculaire au précédent, occupait l’emplacement actuel de l’Eglise Sainte Catherine, édifiée par Poelaert au XIXe. Le Quai de la Grue, qu’on retrouve au niveau de l’espace qui sépare l’église de la Tour Noire, était doté d’une énorme machinerie de bois dont l’axe était mis en mouvement par deux imposantes roues latérales dans lesquelles marchait un homme pour actionner le treuil. Le lieu était très fréquenté et les nombreux chevaux attiraient des milliers de mouches à tel point que l’endroit fut surnommé « l’île aux mouches ». C’est cet engin qui déchargea la première locomotive du continent, importée d’Angleterre. Le Quai aux Semences près de la rue Ste Catherine et le Quai au Sel près de la rue de Flandre achevaient d’entourer le bassin. 

Cependant, aux débuts de l’ère industrielle, les dimensions et le tirant d’eau du petit canal et des bassins vont s’avérer insuffisants. De grands travaux d’agrandissement de la voie d’eau vers la mer vont être entrepris et l’avenir des bassins va s’en trouver profondément bouleversé. Les nouvelles installations du port de Bruxelles permettront à celui-ci de se relier au canal Bruxelles-Charleroi et également d’accueillir des bateaux de pleine mer, ce qui fera de Bruxelles le port de mer le plus avancé dans les terres d’Europe occidentale. L’un après l’autre, les bassins furent comblés, celui de Ste Catherine le fut en 1873.

Le Bassin des Marchands abrita longtemps un marché aux poissons sous une halle couverte, détruite en 1955. Ainsi, le passé maritime de Bruxelles s’est progressivement effacé au profit de la circulation automobile. Heureusement, les noms et la perspective des anciens quais ont été sauvegardés. Les pelouses, les arbres et l’aménagement des plans d’eau sur l’ancien Bassin des Marchands témoignent toujours de cette époque où grinçaient les haubans et s’apostrophaient les marins en plein centre de la capitale.

Monument Francisco Ferrer - Wikipedia

L’église Sainte Catherine trône sur la place du même nom comme un grand navire dans une petite mare, de sorte que la place se trouve divisée en deux parties, l’une à la proue et l’autre à la poupe du bâtiment à tel point que la portion de la place qui englobe l’abside a longtemps, depuis le 16ème siècle, porté un nom différent: la place de la Grue. 

En 1911, la ville de Bruxelles y érige un monument à la mémoire de Francisco Ferrer, conçu par le sculpteur Auguste Puttemans. Le socle en pierre bleue et granit rose, dessiné par l’architecte Adolphe Puissant, intègre diverses inscriptions en bronze, au caractère politique affirmé. La place prend alors le nom de Place Francisco Ferrer. L’anarchiste et libre penseur qu’était celui-ci n’a pas eu l’heur de plaire à l’occupant allemand qui s’empresse de l’escamoter en 1914. La place reprend alors son nom précédent jusqu’à ce qu’elle soit définitivement intégrée à la place Sainte Catherine. 

Et Francisco ? Après l’armistice, on va le replacer à  sa place initiale jusqu’en 1966. En raison des travaux de construction du métro, il sera alors déplacé non loin de là, quai à la Chaux, jusqu’en 1984 d’où il déménagera une dernière fois pour prendre la place qu’il occupe actuellement, sur le terre-plein central de l’avenue Franklin Roosevelt, faisant face au rectorat de l’Université libre de Bruxelles. Les inscriptions originelles d’Adolphe Puissant ont été modifiées après la première guerre mondiale. Pourquoi ? Et …

… qui était Francisco Ferrer ?

Francisco Ferrer y Guardia, né en Catalogne le 10 janvier 1859, a été fusillé à la suite d’un simulacre de procès militaire, le 13 octobre 1909 à Barcelone. Franc-maçon, libre penseur et républicain progressiste, il s’était attiré la vindicte des milieux catholiques et conservateurs de l’Espagne monarchiste des débuts du XXème siècle. Pacifiste, il prônait un changement de société, non par la révolution et la violence, mais par une action axée sur l’éducation. Pour ce faire, il avait fondé l’Escuela Moderna le 8 octobre 1901, un projet pédagogique rationaliste que Francisco Ferrer présente ainsi : 

« Fonder des écoles nouvelles où seront appliqués directement des principes répondant à l’idéal que se font de la société et des Hommes, ceux qui réprouvent les conventions, les préjugés, les cruautés, les fourberies et les mensonges sur lesquels est basée la société moderne. Notre enseignement n’accepte ni les dogmes ni les usages car ce sont là des formes qui emprisonnent la vitalité mentale (…) Nous ne répandons que des solutions qui ont été démontrées par des faits, des théories ratifiées par la raison, et des vérités confirmées par des preuves certaines. L’objet de notre enseignement est que le cerveau de l’individu doit être l’instrument de sa volonté. Nous voulons que les vérités de la science brillent de leur propre éclat et illumine chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur à l’humanité, sans exclusion pour personne par privilège odieux. ». 

Le succès est immédiat et d’autres centres éducatifs voient rapidement le jour dans toute l’Espagne, à la consternation du clergé et des mouvements conservateurs. 

Le procès tronqué

Des événements tragiques vont précipiter les choses. En juillet 1909, en protestation contre la guerre du Rif au Maroc et à la conscription y afférente, les syndicats décrètent une grève générale à Barcelone. Les manifestations dégénèrent rapidement. Des monastères et des couvents sont incendiés, une partie des forces de police se joint aux insurgés et il faudra des renforts de Madrid pour réprimer dans le sang cet embryon de révolution populaire. 

Il n’en faut pas plus au clergé catalan, évêque de Barcelone en tête, pour profiter de l’occasion : Francisco Ferrer, lequel n’a jamais pris part au soulèvement de la Semaine Tragique, est accusé d’en être l’instigateur. A la suite d’un procès tronqué, il est fusillé le 13 octobre 1909. Il restera héroïque jusqu’au bout, refusant le bandeau sur les yeux qu’on lui imposera pourtant de force, il clamera haut et fort au peloton d’exécution : « Mes enfants, vous n’y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l’École Moderne».

Indignation générale !

La nouvelle de son exécution va susciter dans le monde entier un violent mouvement d’indignation : à Paris, la cavalerie devra libérer l’ambassade d’Espagne investie par des milliers de personnes, en Argentine, une grève générale va paralyser le pays jusqu’au 17 octobre et dans toutes les capitales du monde, la protestation sera telle que le gouvernement espagnol sera obligé de démissionner une semaine plus tard. Le procès sera révisé en 1911 et déclaré « erroné » en 1912. 

En 1918, lorsque la statue reprend sa place à Sainte Catherine, les inscriptions d’origine seront supprimées car les termes utilisés mettaient en accusation les autorités espagnoles, or celles-ci, notamment par les interventions du marquis de Villalabor, avaient protégé nombre de nos compatriotes face aux exactions de l’occupant. Il était important, dès lors, de ne pas froisser le sentiment patriotique des autorités hispaniques. 

A Bruxelles, le monument ne représente pas Francisco Ferrer lui-même mais symbolise le « Triomphe de la Lumière et de la Liberté » sous la forme d’un athlète nu, brandissant vers le zénith la torche allumée de la connaissance. Outre cette œuvre, la ville abrite la Haute Ecole Francisco Ferrer, second hommage à cet homme d’ouverture, victime d’une violence qu’il réprouvait.

Richard Venlet est un artiste-architecte qui crée des «environnements» au départ d’espaces conduisant le spectateur  à regarder son environnement d’un autre œil.

Quant à Sophie Nys, son œuvre repose sur la simplicité de la forme, remettant  en question, avec une ironie subtile et rafraîchissante, la pratique artistique contemporaine. 

Venlet et Nys ont créé pour Vers Bruxelles un disque vinyle reprenant les poèmes que Fabio Scotto a écrits pour le quartier Dansaert. Ce LP et un tourne-disque ont été enfermés dans la Capsule temporelle qui a été enterrée place du Béguinage.

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À l’automne 2008, le poète italien Fabio Scotto a rencontré le plasticien bruxellois Richard Venlet. Le quartier Dansaert a inspiré le poète qui a écrit un cycle de poèmes. Richard Venlet a exposé avec Sophie Nys les pochettes de disques de poésie dans la maison des littératures Passa Porta. Il a également enregistré un disque qui contient les poèmes de Scotto récités par des Italiens des environs. Des ateliers ont permis à d’autres habitants d’apporter leur contribution à cette «injection» de poésie dans le quartier Dansaert. Les vers de Scotto ont été lus par des acteurs lors de plusieurs événements. 

Fabio Scotto (1959) est né à La Spezia et vit désormais dans le nord de l’Italie.  Auteur de plusieurs recueils et ouvrages d’art, il a également traduit une trentaine d’œuvres littéraires  (Alfred de Vigny, Victor Hugo, Villiers de L’Isle-Adam,  Bernard Noël et Yves Bonnefoy. En 2006, il a reçu le prix spécial du jury du Premio Europeo.   Il enseigne le français et la littérature française à Bergame et à Milan

Depuis janvier 2012, les poèmes de Scotto sont enterrés avec un LP et un tourne-disque dans une capsule temporelle, place du Béguinage. Ils ont aussi été confiés aux Archives de la Ville de Bruxelles où l’on peut les écouter.

(Archives de la Ville de Bruxelles: rue des Tanneurs 65, 1000 Bruxelles, 02 279 53 20)

A lire sur http://www.versbruxelles.be

Place Sainte-Catherine

Le bassin est vide

Ici où il y avait le canal

le froid fendille le marbre

Plus bas

les chalands glissent à présent

sur les rails du métro

horrifiés les poissons fuient par les fenêtres

et ce serait comme si 

la nuit l’obscurité les poussait

vers la mer avec la main

invisible du vent

sarcophages lents dans le delta du sommeil

Wikipedia nous dit :

Une capsule temporelle est une œuvre de sauvegarde collective de biens et d’informations, comme témoignage destiné aux générations futures. Les capsules temporelles sont parfois créées puis enterrées lors de cérémonies, comme l’Exposition universelle , ou ensevelies de manière involontaire comme à Pompéi.

Le terme « capsule temporelle » est utilisé depuis 1937, mais l’idée est aussi vieille que les premières civilisations humaines de Mésopotamie.

Les capsules temporelles peuvent généralement être classées en quatre groupes (non-exclusifs) :

  • les intentionnelles ;
  • les involontaires (comme à Pompéi) ;
  • celles programmées pour être récupérées à une certaine date (souvent 10, 100, ou 1 000 ans après) ;
  • celles dont la récupération n’est pas programmée (comme certaines sondes spatiales)

Fichier: Osaka Temps Capsule.jpg

Capsule temporelle d’Osaka, Japon, déposée à l’occasion de l’exposition universelle de 1970, qui doit être ouverte en 6970

Les Halles Saint-Géry étaient un ancien marché couvert situé en plein centre de Bruxelles au cœur d’un quartier chargé d’Histoire.

À l’origine: l’île Saint-Géry

C’est à cet endroit que se trouvait la plus grande île formée par la Sennel’île Saint-Géry nommée en souvenir de Saint Géry, évêque de Cambrai qui y aurait bâti une chapelle vers l’an 580.  Au Xe siècle, la chapelle, devenue église Saint-Géry, accueille les reliques de sainte Gudule morte deux siècles plus tôt. Plus tard, elles seront transférées dans l’ancienne église Saint-Michel qui deviendra la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Une vieille tradition prétend que la chapelle  des origines était l’oratoire de Charles de France, qui serait le fondateur de Bruxelles. La recherche historique émet de plus en plus de doutes à ce sujet.
La tradition place également à cet endroit le premier castrum des ducs de Lotharingie (1) qui marque la naissance de la ville de Bruxelles au Xe mais dont les vestiges n’ont pas été retrouvés.

L’endroit est important: autour de l’île se trouvaient quatre moulins à eau, les sources d’énergie de l’industrie médiévale. Nous sommes véritablement dans le cœur historique de Bruxelles.

XVIIIe siècle, place publique

Sous le régime révolutionnaire français – à la fin du XVIIIe siècle – l’église gothique de la fin du Moyen Âge qui avait remplacé l’église primitive est rasée.   La Ville de Bruxelles y aménage une place publique ornée d’une fontaine, surmontée d’un obélisque.  Cette fontaine date de 1767.  Elle a été récupérée de la cour de l’abbaye de Grimbergen.

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La place Saint-Géry en 1820, avec les tours des Riches Claires à l’arrière.

XIXe siècle, marché couvert

Pendant tout le XIXe siècle, la place accueillera un marché.  Finalement, on y construira un marché couvert. Œuvre de l’architecte belge  Adolphe Vanderheggen (2).  Il est principalement connu pour l’édification en 1881 des Halles Saint-Géry à Bruxelles en style néo-Renaissance flamande.

Le bâtiment est inauguré en1882. C’est remarquable exemple architectural de la conception de halles. La structure de l’édifice est métallique. L’intérieur, qui inclut l’ancienne fontaine, comportait quatre rangées de doubles étals de pierre bleue. 

Le marché Saint-Géry prospère jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Délaissé ensuite par les commerçants, il est finalement fermé en 1977. Le quartier pourtant proche du centre-ville périclite, de nombreuses maisons sont laissées à l’abandon.

La Renaissance des Halles

Malgré un classement du bâtiment en 1987 et plusieurs tentatives de réaffectation commerciales ou culturelles sans lendemain, il faudra plus de vingt ans pour que les Halles bénéficient d’une réhabilitation définitive.

Depuis 1999, les Halles Saint-Géry sont occupées par un centre d’information consacré au patrimoine bruxellois et à la qualité de vie de ses habitants. De nombreuses expositions et des évènements en tout genre y sont organisés. 

Marché au poulet sur un ilot, le quartier Saint-Géry revitalisé, est devenu aujourd’hui un des quartiers les plus branché de la capitale, où le nombre de tables en terrasse au mètre carré est le plus élevé de la capitale. Il grouille de bars et ne désemplit pas. L’ambiance détendue du quartier en fait un des lieux les plus fréquentés et les plus agréables de la Capitale.

La fontaine à l’intérieur de Saint Géry

La superbe fontaine-obélisque qui trône au sein des Halles Saint-Géry provient en fait de l’abbaye des Prémontrés à Grimbergen où elle fut prélevée par un entrepreneur chargé de réaliser la place, jadis surnommée place de la fontaine et aujourd’hui devenue Place Saint-Géry. Cette fontaine monumentale avait été érigée en 1767 sur ordre de l’abbé Sophie.

Haute de plus de dix mètres, elle se compose d’un socle surmonté d’un obélisque pyramidal. Sur deux faces latérales de la base, deux lions en bronze déversaient de l’eau dans des bassins. Les quatre faces du socle sont ornées de rocailles Louis XV. L’obélisque repose sur quatre pieds. Ses faces moulurées convergent au sommet vers une étoile dorée à huit branches.

(1) La Lotharingie désigne le royaume de Lothaire II (du latin Lotharii Regnum), arrière-petit-fils de Charlemagne. Il fut constitué en 855. Après sa mort, elle fut l’enjeu de luttes entre les royaumes de Francie occidentale et de Francie orientale, avant d’être rattachée au Royaume de Germanie en 880. Il devint un duché au début du Xe siècle. Dans la deuxième moitié du Xe siècle, le duché fut scindé en un duché de Basse-Lotharingie et un duché de Haute-Lotharingie, qui deviendra la Lorraine1.

(2) Adolphe Vanderheggen est  représentatif d’une part de l’architecture néoclassique : on lui doit les n° 190 et 198 de la Chaussée d’Ixelles et le n° 56 de la rue des Confédérés à  Bruxelles ; et d’autre part, de l’architecture éclectique en Belgique comme l’Immeuble « Le Printemps » bd Adolphe Max.

La très belle église baroque du Béguinage constitue le dernier vestige du Grand Béguinage de Bruxelles. Les béguines étaient des femmes pieuses, le plus souvent veuves ou célibataires, qui se regroupaient en communautés religieuses libres, sans prononcer de vœux perpétuels. Elles restaient laïques, adoptaient une règle monastique et vivaient seules, parfois à plusieurs, dans de petites maisons regroupées autour d’une église ou d’une chapelle. Le premier béguinage fut fondé à Liège, au XIIème siècle, en raison d’une surpopulation féminine imputable aux croisades. Les couvents étaient pleins et toutes les femmes n’avaient pas la dot exigée pour y entrer. Au XIIIème siècle, ce type de communauté s’étendit principalement en Flandre et dans tout le nord de l’Europe. 

Toute la vie des béguines est basée sur l’équilibre des droits et des devoirs.
Tout au long de la journée, la béguine travaille et prie. Le travail est divers. D’abord, le ménage. La béguine s’entoure d’un climat d’ordre, de propreté, même de frugalité.

L’activité majeure du béguinage est l’infirmerie. Les béguines soignent les malades pauvres, les infirmes.

Si les revenus ne suffisent pas pour leur subsistance et pour l’entretien de l’infirmerie, les béguines travaillent : travaux de couture, de broderie ou de dentelle mais aussi travaux plus rudes comme la préparation de la laine ou du lin pour les tisserands.
Les béguines s’occupent aussi de l’éducation des jeunes enfants et leur procurent des rudiments de savoir. Parfois, dans certaines villes, elles initient les adolescentes au latin et aux arts.

La prière rythme le déroulement de la journée. Les heures se récitent en commun à l’église. Après les complies, les portes de l’enclos sont fermées. Les règles du béguinage imposent aussi un devoir de pratiquer l’oraison personnelle.

L’édification du Grand Béguinage, qui portait le nom de « béguinage Notre-Dame de la Vigne » commença en 1250 et fut l’œuvre de René de Breetyck, curé de Molenbeek, sur un terrain de sa paroisse. Il fut fondé après les béguinages de Liège et de Nivelles, mais bien avant celui de Bruges. Au XIVème siècle, il comptait 1200 béguines pour une ville qui ne comptait que 15.000 habitants.

D’abord encouragées par l’Eglise, ces communautés de femmes indépendantes suscitèrent très vite la méfiance du haut clergé. Elles formaient de véritables villages dans la ville. Sous la direction d’une supérieure, la Grande Dame, élue pour quelques années, elles jouissaient d’une grande autonomie et se regroupaient pour faire valoir leurs droits. Elles choisissaient elles-même leurs règles et n’imposaient rien, même au niveau vestimentaire. Bien vite, elles furent accusées d’hérésie et persécutées, sauf dans le Brabant et en Flandre où elles furent protégées en 1319 par une Bulle papale. A Bruxelles, elles s’opposèrent aux corporations de la ville pour faire commerce de drap, commerce florissant qui fit la richesse du béguinage. Celui-ci était entouré d’un mur et d’un fossé rempli d’eau. Il comportait une blanchisserie, un moulin, une infirmerie et une chapelle, dite « chapelle de la vigne ». Le 5 juin 1579, celle-ci fut pillée par les protestants, vendue en 1584 et finalement démolie. Lorsque le catholicisme fut restauré à Bruxelles, les béguines construisirent une chapelle provisoire et les travaux de l’église actuelle, l’église Saint Jean-Baptiste, de style baroque tardif, ne commencèrent qu’en 1657. Elle fut consacrée le 10 mars 1676 alors qu’elle n’était pas encore achevée, faute de fonds. 

En 1794, la Belgique est annexée à la France républicaine. L’église est fermée. Une centaine de béguines très âgées ou infirmes sont autorisées à rester dans l’infirmerie pour vieillards nécessiteux. Les terrains du béguinage sont morcelés et vendus par lots, les fossés comblés ou voûtés. L’église ne fut rendue au culte que le 17 août 1801. Les petites maisons, vétustes, sont abattues pour laisser la place à de nouvelles rues et à un grand hospice moderne, l’Hospice Pachéco. Les dernières maisons du béguinage disparaissent en 1856.

L’église subit en novembre 2000 un incendie imputable à un court-circuit qui ravage entièrement la toiture. Les 28 sans-papiers qu’elle hébergeait sont heureusement sains et saufs et, malgré le feu et les deux tonnes d’eau déversés à la minute pour maîtriser le sinistre, les murs, la voûte et les œuvres d’art sont miraculeusement intacts. En 2006, la charpente est reconstruite en chêne de la Loire et recouverte de 3000 m2 d’ardoises espagnoles. En 2008, la restauration est achevée et nous permet, aujourd’hui, d’admirer ce dernier témoin d’une importante histoire de notre quartier.