Adrien : Adrien et Jean-Philippe: nous sommes dans le quartier car notre père, Jean-Michel, y a tenu un restaurant, l’Huîtrière, pendant plus de 25 ans. Après l’avoir vendu, il a racheté ici et malgré un projet que nous avions ailleurs, nous avons repris ce local-ci.  Je suis en cuisine et Jean-Philippe est en salle.

Et l’établissement en lui-même, de quand date-t-il ?

Adrien : c’est ancien. Auparavant, il y avait un restaurant et avant lui, une sorte de guinguette qui permettait de prendre un café avant le marché matinal.

 Jean-Philippe : oui, il date de plus de 50 ans. A l’époque, il y avait les halles et le café servait le petit déjeuner, ou la bière, très tôt le matin aux marchands de poisson. Ensuite, ils ont servi des plats du jour de poisson et, avec l’évolution, c’est devenu un restaurant puis un bistro. C’est pour cela qu’il y a toutes les boiseries d’un bistro typique de l’époque.

 C’est magnifique, la déco est vraiment superbe ! Vous n’avez rien changé ?

 A : nous avons gardé l’âme de l’établissement : les boiseries, le bar, la vieille machine à café, mais nous y avons apporté de nombreux aménagements : les luminaires, les miroirs, le sol, les nappes. Nous avons choisi un vichy rouge et blanc.

Et les tableaux que vous avez dans le hall ? Quelle est leur histoire ?

J-P : un ancien propriétaire était ami avec un monsieur Van Kuecken  un horloger passionné de peinture, qui a vendu ou cédé de nombreuses toiles à ce propriétaire. Elles étaient disposées le long des boiseries. Nous les avons disposées dans le  

long couloir, lui donnant ainsi un aspect de galerie.

Elles sont d’un humour extraordinaire !

 A : c’est très belge ! On y trouve des tas de symboles par rapport au quartier et aux établissements du quartier. Il a mélangé des personnages connus à des personnages de BD

 J-P : mon frère a fait l’école hôtelière à Namur. Personnellement, je ne viens pas du milieu horeca. Je suis kiné, puis j’ai fait de l’immobilier pendant des années. Il y a quatre ou cinq ans, j’ai un peu travaillé avec mon père et le virus m’a touché… Quand mon frère a ouvert son resto, il avait besoin d’un partenaire, et voilà ! L’ambiance du quartier rappelle un village. Nous avons une clientèle d’habitués qui deviennent un peu des copains. Je ne m’attendais pas à cela, c’est vraiment génial, ce n’est pas du tout un quartier à touristes.

C’est une chose qui nous a souvent été dite au cours des interviews du Carillon. Nous nous intéressons aussi à l’histoire du quartier et les anecdotes que vous nous racontez sur ces petits déjeuners à trois heures du matin font vivre cette âme du quartier. J’ai entendu dire que de nombreux artistes venaient chez vous ?

J-P : Surtout des artistes du folklore bruxellois, comme l’équipe de Toot Stielemans. Le 4 juillet, nous avons organisé une soirée Jazz sur la terrasse et dans la salle et ils sont venus tous les quatre. Arno vient aussi, Fred Janin qui habite en face.

J’ai été touché par la photo d’Angelo (créateur du Medusa” Carillon 19)lorsque je suis venue pour un premier contact.

 J-P : oui, c’est un personnage. Il est venu un jour avec sa femme Rosalie, sans se présenter. A la fin du repas, on a discuté et depuis, avec mon frère, nous n’arrêtons pas de fréquenter son bar. C’est devenu un ami. Cet été, avec ma femme, nous sommes allés le voir dans son village natal, en Sicile. C’est une super personne ! Nous sommes ravis que sa femme et sa fille poursuivent son aventure.

Je vois que vous faites la promotion de la « Sainte Cat ». C’est une création du quartier !

J-P : Oui, j’ai rencontré le père Carmelo justement par l’entremise d’Angelo. Puis nous avons rencontré le père Jérémie qui nous a parlé de la Sainte Cat. On n’a pas hésité une seconde, puisqu’on travaille avec des produits locaux.

A : En plus d’être un produit de quartier, c’est un beau produit, qui correspond l’esprit de notre établissement. C’est une bière locale, mais qui a une histoire à raconter et ça, c’est formidable. C’est une bière propre au quartier : pour boire une Sainte Cat, il faut venir ici. C’est le genre d’initiative propre à ramener du monde vers le centre ville qui a tant été malmené ces derniers temps.

Justement, comment voyez-vous l’avenir du quartier ?

 J-P : je pense que le piétonnier va trouver sa place. Puisqu’on doit l’accepter, autant en tirer le positif. Il a été mal pensé mais on peut l’aménager. Actuellement, tout le monde y travaille, c’en est fini des recours. Dans les guides touristiques sur Bruxelles, notre quartier a une bonne presse à l’étranger. Il y a une belle dynamique dans la rue de Flandre. Dommage que la Marie Joseph soit fermée, c’était une institution. Il y a de beaux projets le long du canal.

Quel a été ton itinéraire pour arriver aujourd’hui à la tête de cet endroit très particulier qu’est le Chicago Café ?

J’ai fait des études d’archéologie à la base.  L’art est mon domaine de référence.  Puis – un peu par accident – j’ai travaillé dans le cinéma, en faisant tous les métiers : co-régie, assistant de réalisation, organiser des plateaux, etc., … Et puis, encore par accident (la vie est drôlement faite !!!) j’ai fini dans un café.  A un moment donné, j’ai fini par saturer dans le monde du cinéma : beaucoup de mauvais films, beaucoup de budgets  déraisonnables pour un résultat pas toujours aussi bons qu’espéré.  J’avais fait le plein de cette aventure-là.  A 30 ans, j’avais envie d’autre chose.

J’ai voyagé car c’était aussi une de mes priorités, jusqu’à San Francisco où je suis resté un certain temps.  Quand je suis revenu ici, on m’a proposé la gérance d’un café.  Avant d’être un intermittent du spectacle, pour gagner ma vie, je boulottais déjà dans l’Horeca à Paris.  C’est donc un métier que je connaissais bien.  Et puis, à mes yeux, finalement, un restaurant, un café, c’est à peu près la même aventure que le métier de cinoche : il faut diriger des gens, mettre en scène, raconter une histoire.  Et il faut que ton histoire soit bonne, auquel cas le public ne te suivra pas !  Et puis je prends du plaisir :j’aime ce que je fais et  j’essaye de raconter des histoires valables aux gens !

Tout cela illustre bien que ton dynamisme dans beaucoup de domaines ! J’ai aussi « entendu dire » que tu prenais en charge la destinée du quartier. (1)

Oui, au niveau de l’activité des commerçants.  J’ai beaucoup d’amitié pour l’esprit d’entreprise, pour le courage que cela représente de se mettre  à son compte,  Ceci dit, j’ai beaucoup de chance car le secteur du « boire et manger » reste fort dynamique.  Par contre, vendre des livres, c’est très compliqué face à des géants comme Amazon ou la FNAC qui ne laissent pas beaucoup de chance aux petites enseignes.  J’aimerais les protéger, les aider au maximum,  mettre ce quartier en lumière le plus possible pour que chacun puisse en profiter.  Ici, notre volonté,  c’est d’être un peu « locomotive », en espérant que les gens qui viennent ici, en passant devant certaines vitrines, aient envie de s’arrêter et d’acheter quelque chose. Parce que si – au fond de moi je ne suis pas sûr de quoi sera fait l’avenir – j’ai l’impression qu’à un moment donné, il n’y aura plus beaucoup de commerçants de détail dans nos rues et qu’il n’y aura plus que des enseignent répétées plusieurs fois, comme les GB et les Delhaize qui poussent dans tous les coins.  Ce qui empêche les gens d’acheter leur pain au détail, ou le poisson, de partager un moment avec les commerçants, de se raconter la météo ou comment va la petite.  C’est un lien social auquel on tient tous et, personnellement, j’y tiens très fort.  J’ai l’impression qu’il y a une certaine fatalité et que tout cela va à vau-l’eau.  Et quelque part, les gens en sont responsables car beaucoup disent qu’ils aiment les commerces de proximité, mais encore faut-il les faire vivre !  J’en connais beaucoup qui ont un discours très séduisant mais qui ensuite vont chez Delhaize pour remplir leur caddie pour la semaine oubliant ainsi leurs premières idées.  Il faut vraiment faire vivre les petits commerçants !  C’est fondamental !

Il y a une libraire ici à côté (1), qui est amoureuses des livres, qui prend le temps de les choisir !  C’est vrai que les gens ne lisent pas trop car les tablettes et autres appareils les dirigent vers d’autres médias.  Quel courage elle a !  C’est fabuleux !  Je suis toujours très triste de voir le trop peu de monde qui y va !  Lire, c’est un voyage, et même si j’ai du respect pour la FNAC, il y a d’autres façons d’acheter des livres.

Demain, il y a un grand événement annuel dans le quartier, la brocante.  Qui est concerné par cette brocante ? (2)

Cette brocante est intéressante car elle est assez populaire,  très plébiscitée et très suivie par  beaucoup de visiteurs.  Il y a 2 grandes familles d’exposants: les commerçants dans le premier tronçon de la rue de Flandre et les habitants d’avantage dans la deuxième partie  Il y a quelques points de friction entre les uns et les autres.  Mon prédécesseur, Mr Bontinckx a organisé cette brocante pendant des années.  J’ai pris le relais, car il a assez œuvré.  Et je n’ai fait que reproduire ce qu’il avait mis en place, avec la même participation.  Mais cette année, des habitants du deuxième tronçon protestent un peu, demandant une participation moins élevée (5 € au lieu de 20) pour  un stand car ils considèrent que la somme est trop importante et qu’ils ne sont pas sûrs de  rentrer dans leurs frais.  C’est légitime, mais du coup, je me suis rendu compte pour la première fois qu’il y a 2 vitesses, 2 réalités, les attentes des commerçants n’étant pas les  mêmes que celles des habitants.  Gérer un quartier c’est très très compliqué.  Bien sûr, on se reconnaît dans un quartier, mais au sein de celui-ci, il y a des subdivisions, et encore des subdivisions !  Tout cela constitue une unité mais avec une fragilité relative !

Comment vois-tu l’évolution de ce quartier ?

Je vais parler du piétonnier parce que c’est le grand débat depuis pas mal de temps déjà !  Je vois cela plutôt d’un bon œil.  Cela m’agace un peu quand les commerçants se plaignent, un peu comme les paysans : quand il faut trop chaud ça ne va pas, quand il fait trop froid, ça ne va pas !!!  Bien sûr,  il y a des fluctuations. Nous avons vécu des traumatismes politiques importants, des attentats.  Mais je trouve que nous avons plutôt bien rebondit !  Mais il y a peut- être un petit conflit de génération maintenant, avec des attentes différentes.  Face à la mentalité contemporaine actuelle, il y a des gens qui sont un peu conservateurs : certains voient encore la ville comme un village et d’autres comme une « méga city ».  Il y a des réalités économiques qui se mettent en place. Beaucoup ne sont pas prêts à payer des loyers comme à Paris ou à Londres…  Malin est celui qui peut prédire la suite de nos aventures !  Mais je trouve que Bruxelles reste une ville très agréable, avec une joie de vivre palpable, une offre culturelle incroyable.  Je suis toujours très séduit par tout ce qui s’y passe!  Bien sûr, il y a toujours des choses qui ne vont pas, mais ce n’est pas nouveau !  Il faut aussi se contenter de ce qu’on a qui n’est pas mal du tout !

Des projets d’avenir ?

Mi 2018, on va ouvrir un nouveau truc dans le Centre, point de vue business.  Il ne s’agit pas de répéter ce qu’on a déjà fait ! Je trouve le côté « chaîne » inutile! Faire ailleurs ce qui marche à un endroit, pour moi c’est du business pur.  Ça n’a aucun sens !  C’est mieux d’apporter quelque chose de nouveau à un quartier.

 Après cela, je cherche un endroit assez vaste à Bruxelles pour faire un marché couvert en mêlant du food et du non food.  En fait, j’ai des copains et copines  très doués de leurs mains, qui font des choses incroyables, mais qui sont incapables de  traduire cela dans une boutique, parce que c’est trop cher, trop risqué de se mettre en indépendant, … Mais si ces gens appartiennent à une entité qui les couvre, qu’ils louent un espace dans cette entité (en dessous de 1000€,) tu leur permets d’essayer, de s’essayer pendant 6 mois ou un an et de reconduire l’aventure si c’est positif pour eux.  C’est quelque chose qui me plairait !  Et bien sûr avec de la nourriture -manger et boire-  ce qui permet de faire vivre l’endroit !  Et en même temps on peut acheter des livres, des cadeaux, des fleurs : un « city hall », plus modeste et plus humain, sans escalators, sans lumières artificielles et fatigantes, souvent trop sophistiqué.  Rien à voir avec City 2 ! Un endroit pas « bourgeois », ni « branché », un endroit  sans « codes », sans « tribus », qui appartient à tout le monde et où on se sent bien !

Un bel esprit que je partage !Je te souhaite bon vent dans tes projets Fouad !

(1)Interview Settebello, Carillon 21

(2)Reportage au verso (Cela s’est passé près de chez vous !)

(3)TULITU, 55 rue de Flandre

Quel est votre itinéraire ? Qu’est-ce qui vous a amené ici, rue de Flandre ?

Un peu par hasard. J’ai toujours été dans la distribution professionnelle et je cherchais un endroit pour effectuer des dégustations avec mes clients. J’ai cherché dans plusieurs quartiers et l’endroit idéal était difficile à trouver : parfois trop grand, parfois trop petit,… Nous sommes arrivés ici par hasard, pour voir un local qui s’était libéré vers la place Ste Catherine. Il ne nous plaisait pas mais en reprenant notre voiture qui était garée juste ici, nous avons vu que ce local était à louer et, là, les volumes nous convenaient parfaitement. C’était en 2014 et nous croyions dans le potentiel du quartier. Nous nous sommes fait aider par un bureau de graphisme bruxellois, le Stoëmp Studio, et par de jeunes architectes, de l’Atelier Dynamo. Tous les meubles que vous voyez ici ont été réalisés par des artisans belges. Le Stoëmp Studio a géré tout ce qui est gr

 Vous vendez aux particuliers et aux professionnels ?

Ici au magasin, surtout aux particuliers. Les professionnels viennent parfois ici pour des dégustations de nouveaux produits. Nous sommes spécialisés en vin et en café.

Auparavant, nous louions des endroits pour cela mais à présent, nous les organisons au magasin.

Pourquoi le Settebello ?

C’est une trouvaille de notre graphiste, la personne qui a géré la communication. Nous cherchions un nom original et qui évoque l’Italie. Settebello est un jeu de carte qui se joue dans toute l’Italie, des Alpes à la Sicile sans oublier la Sardaigne et « settebello » est l’atout, la carte la plus importante du jeu. Il fallait que cela sonne italien sans aucune confusion possible. Le nom est sorti du chapeau comme cela, nous avons fait confiance aux jeunes créateurs, on leur a laissé carte blanche et nous sommes ravis du résultat.

 Et quel est votre regard sur la vie du quartier ?

Beaucoup de choses se sont passées depuis notre installation. La reprise de l’Association des Commerçant par Fouad du Chicago Café donne une belle impulsion positive à la vie commerciale du quartier. C’est comme un petit village, ici, c’est très particulier. J’ai travaillé dans d’autres communes mais j’ai retrouvé ici cette mentalité de village, de bonne entente, de solidarité et de complémentarité. On vient travailler avec le sourire.

 Que pensez-vous de l’impact du piétonnier sur le quartier ?

Son effet a été plutôt négatif. Auparavant, nous avions beaucoup de clients du haut de la ville. Mais depuis le piétonnier, ils ne viennent plus, ou beaucoup moins et du coup notre chiffre d’affaire s’en ressent.  Ensuite, avec les attentats, nous avons passé une période critique, mais le quartier reprend. Le piétonnier nous a aussi ramené beaucoup de SDF. Le trajet en voiture par le Palais de Justice et le Sablon est devenu impossible. Pourtant, en prenant les tunnels et en sortant à Yser, la quartier est facile à atteindre. Les services publics n’ont pas fait un bon travail d’information. Ils ont mis un an à rendre un accès au parking 58 par la rue de Laeken et à nous fournir les folders avec les parkings. Personne n’est opposé à un piétonnier mais il faut qu’il soit bien pensé. Depuis les deux ans qu’il existe, il n’y a pas encore eu d’aménagement. Y a-t-il un projet précis pour le futur de ce piétonnier ? Il est dommage d’avoir bloqué ce grand boulevard orienté Nord-Sud qui désengorge tout le centre alors que d’autres piétonniers auraient pu être aménagés dans les quartiers Sainte Catherine, Saint Géry et celui du Béguinage, par exemple. Le tracé des rues s’y prête bien.

Le piétonnier a divisé la population et créé des blocs, des clans qui s’opposent. Notre association a, au contraire, pour but de réunir et d’unifier, de faire fonctionner la logique du « et » plutôt que celle du « ou ».

Oui, nous devrions être tous pour le piétonnier, à condition qu’il soit bien pensé. Londres a résolu le problème, Rome aussi, Milan, Stockholm, Copenhague, … Ici à Bruxelles, on a l’impression de régresser alors que nous avons un savoir-faire exceptionnel.

Tout cela provoque aussi beaucoup de retard dans nos livraisons. Le centre est bloqué. Combien de fois ne voit-on pas de gros camions coincés dans le quartier ? Il n’y a aucune interdiction qui les empêche d’y pénétrer. Les automobilistes sont sous pression dans ces encombrements et lorsqu’ils voient une rue moins encombrée, ils se défoulent et accélèrent. C’est très dangereux. Il y a beaucoup d’enfants sur nos trottoirs.

 Quelle est l’origine de vos produits ? Comment les choisissez-vous ?

Tout ce qu’il y a dans le magasin provient d’Italie. Au niveau des vins, je travaille depuis quelques années avec des vignerons italiens. Je choisis certains vins d’importateurs, dans les foires, Vinitaly, ProWein Düsseldorf.   Si le vin me plaît et convient à notre clientèle et qu’il n’est pas importé en Belgique, je traite directement avec le producteur. Sinon, je traite avec le distributeur.

Et pour le café ?

Je suis le distributeur en Belgique d’un café qui est torréfié à Padoue, DiemmeCaffè.  C’est un torréfacteur familial, qui ne torréfie que pour la haute gastronomie. Ce ne sont donc pas des cafés qu’on peut trouver dans la grande distribution. Ils sont très attentifs à la qualité du grain. Ils travaillent avec des cafés de toutes origines : Ethiopie, Tanzanie, …

 Et vous ? Comment avez-vous choisi ce métier ?

La passion. J’ai commencé très jeune dans le métier de l’hôtellerie, à l’Hilton, dans des restaurants, dans la distribution agro-alimentaire. J’ai fait de belles rencontres avec des vignerons, j’ai travaillé avec eux. C’est une question de rencontres et d’expérience. Beaucoup de belges se rendent en Italie et prennent le goût de nos produits. Et ce qui est très intéressant, c’est qu’on ne peut plus leur vendre n’importe quoi. Ils savent faire la différence entre les bons et les mauvais produits. Ils ont goûté les bons produits sur place ! Ce sont ceux que nous proposons à notre clientèle !

 Merci Francesco et Antonella, de votre accueil chaleureux !

Le MEDUSA, toute l’élégance et le savoir de l’Italie aux Bassins !

A découvrir de toute urgence !

Note de la Rédaction: Hommage à Ricardo qui nous a quittés mais qui a laissé ce petit bijou qu’est le Medusa, excellemment maintenu par son épouse!

Dites-nous tout !  Qui est-vous « Monsieur Medusa » ?!

Je m’appelle Angelo Incardona.  Je suis né en Sicile dans la province de Caltanissetta.  Je suis arrivé en Belgique à l’âge de 7 ans, directement à Bruxelles. Cela  a été une chance.  Je pense que pour les Italiens qui ont connu l’émigration à travers les mines, le chemin de la reconnaissance a été plus dur ! Nous sommes en Belgique depuis 1968.

Quel a été votre itinéraire pour ouvrir votre établissement, ici, aux Bassins ?

Le chemin a été « facile » car je suis issu d’une famille qui pratique le négoce du vin depuis 5 générations, tour à tour en tant que producteur et négociant.

Mon arrière grand-père partait du village de Sommatino, avec le « carretto » (charrette sicilienne typique) chargé de grands fûts.  Il se rendait  à Vittoria, dans la province de Ragusa, pour aller chercher le vin, le Nero d’Avola à l’époque.  Ensuite, il le redistribuait chez-nous au village et dans les villages avoisinants.  J’ai toujours été habité par la passion du vin.

Au début, c’était plus un hobby qui a pris de plus en plus de temps jusqu’à devenir une vraie passion !

Ensuite, mon épouse et moi nous sommes posés la question : « Que fait-on ?  On se « professionnalise » ou bien on continue notre hobby qui était quand même un peu professionnel ? ».

Puis, finalement, comme j’aime bien faire les choses à fond, nous nous sommes lancés.

Et je dois préciser que si Medusa existe, c’est par notre étroite collaboration !  Sans l’aide de mon épouse, Medusa ne serait pas ce qu’elle est !

Pourquoi le nom de Medusa (Méduse en français) ?

 Parce que le symbole de la Sicile est la « Trinacria »(1).  La Trinacria comporte la tête de la Méduse, fille de la Gorgone en son milieu.  Alors, pour sortir un peu des clichés, de l’image un peu kitch, nous avons fait  une recherche un peu plus poussée pour proposer un graphisme plus moderne, donner un sens un peu nouveau.

Ensuite, il y a un lien avec le vin.  Sur notre logo, le calice avec les 3 verres représente les 3 jambes de la Trinacria.

Que souhaitez-vous apporter au quartier ?  il n’y a pas beaucoup d’établissements italiens par ici !

Comme vous avez pu le constater, nous n’avons que des produits italiens.  Nous voulons justement faire découvrir aux gens du quartier ce que sont les produits italiens originaux !  Bien sûr, il y a les grands distributeurs comme, Delhaize, Colruyt, GB !  Mais nous venons avec des produits typiques, avec une vraie culture italienne.  Je dois avouer que je reproche un peu à beaucoup de restaurateurs italiens de s’être adapté au goût local !  Ce qui est selon moi une grave erreur.  Et aujourd’hui on le voit parce que les gens voyagent beaucoup.  Ils ont l’occasion d’aller en Italie et de découvrir le vrai goût des choses.  Ce que je me propose, c’est de faire découvrir la diversité et la qualité de la production italienne, à travers différentes formules !

Vous avez toute l’Italie en bouteille sur vos étagères mais aussi …

… mais aussi quelques spécialités de pâtes fabriquées dans la région de Naples, le berceau des pâtes italiennes.  Nous avons choisi des produits vraiment originaux.  Par exemple des pâtes « trafilate al bronzo » (2), avec une cuisson particulière.  Barilla, c’est très bien, mais il faut apporter le petit plus !  Le format aussi est « original » : les paccheri (3) par exemple (NDLR : prononcez ‘ pakéri’).  Les Italiens connaissent bien sûr, mais Monsieur et Madame Tout le monde ne connaissent pas forcément !

Nous avons trouvé aussi des artisans qui font les « antipasti », les condiments, les sauces, les légumes « sottoglio » (4) qui sont une grande spécialité italienne !  Des sauces prêtes à l’emploi, du pesto, de l’huile d’olive bio, originale, gorgée de soleil, qui vient évidemment du terroir sicilien. 

Et aussi du café, car vous savez bien qu’en Italie on ne termine jamais un repas sans un bon « caffè ristretto » !.  Nous avons également de la grappa, des variétés qui sortent un peu de l’ordinaire.

Je vois que vous proposez également des plats préparés !

Effectivement !  L’offre rencontre beaucoup de succès.  Nous offrons des plats typiquement siciliens comme les lasagnes avec des petits pois et des œufs durs très très appréciées par nos clients.  Les « arancini » (5)  bien entendus, sans parler des « penne », des « cannelloni » ou encore des pizzas.  Le tout fait maison et à emporter !

Mais il n’y a pas que le magasin !

Vous avez à la fois la partie magasin et le salon de dégustation, pour découvrir et déguster un bon vin dans une atmosphère agréable !  Ce dont nous sommes le plus fiers, c’est d’avoir réussi à « partager » avec les gens du quartier.  Très souvent, quand vous allez dans un établissement, les gens ne se parlent pas d’une table à l’autre! Ici, on a réussi à créer cette atmosphère où les gens – au contraire – se parlent d’une table à l’autre.  C’est devenu une famille !  Comme l’est la place Sainte Catherine !  Et cela me plaît beaucoup.

Nous sommes de Laeken et de Jette, pas très loin au fond de la Place Sainte Catherine, et ce qui me plaît le plus dans ce quartier, c’est son aspect « village ».  Autour de cette place est venue se greffer une vie villageoise !  Je trouve cela formidable et je trouve que notre proposition s’intègre bien dans l’esprit de l’endroit !  Nous ne sommes pas venus avec la grosse artillerie.  Nous sommes arrivés tout en douceur mon épouse Rosalie et moi.  Et j’ai la chance d’avoir de magnifiques voisins.  Walter (6) est quelqu’un de formidable.  A l’époque, il y a avait Michel Mignon qui a remis ses affaires, et les nouveaux exploitants sont des gens charmants aussi !

(1)  Trinacria : nom de la Sicile pour les Grecs anciens, qui signifie les 3 pointes et emblème de l’île, avec la tête de la Méduse (une des 3 Gorgones) ailée et coiffée d’un nœud de serpents et d’épis de blé, d’où rayonnent trois jambes fléchies, comme saisies en pleine course.

(2)  Procédé de fabrication artisanale des pâtes avec des moules en bronze, ce qui les rend rugueuses afin de retenir mieux la sauce.

(3) Grosses pâtes courtes en forme de tube, originaires de Naples

(4)  conservés à l’huile

(5)  recette typique de boulettes de riz farcies

(6)  Walter B., librairie, Havanes et alcools de qualité !

Ricardo

On connaît très bien votre camionnette rouge … mais qui êtes-vous plus précisément ?

Je m’appelle Ricardo. Et cela fait 7 ans que je suis ici sur la Place Ste Catherine.

Comment vous est venue l’idée tout à fait géniale d’une camionnette « adaptée » ?

A la base je suis … ????. J’ai choisi de faire l’Horeca.  J’ai ouvert mon premier restaurant à 18 ans et je suis resté restaurateur pendant 46 ans.  Après 46 ans, je me suis dit « Ricardo, il faut continuer à donner du bonheur aux gens, mais d’une autre manière ! ».  Et j’ai trouvé une façon intelligente et très sympathique : revenir, au monde de la rue, aux gens du « peuple », c’est-à-dire aux citoyens du monde et  à la simplicité! Voilà !! C’est ainsi que j’ai créé cet événement depuis 7 ans ici mais en réalité, j’ai créé le concept il y a 15 ans.  Le plus difficile a été de pouvoir travailler avec des alcools.  Pour cela, j’ai choisi de m’inspirer du Brésil.

Pourquoi le Brésil ?

Je suis né à Tournai, de papa ambassadeur.  Et son dernier poste a été le Brésil en 1976!

De là votre amour pour le Brésil !

A cause des femmes, du football et de la samba !

Et pourquoi la Ste Catherine ?

Parce que j’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens adorables, exceptionnels, qui ont une joie de vivre et un bonheur de la vie.  J’ai fait beaucoup d’événements dans ma vie : quand on m’a proposé de venir ici, j’ai dit oui du jour au lendemain.  Et un amour est né !  Et que ce soit avec la commune, ou dans l’amitié, les gens me disent : « Tu fais partie du patrimoine de la Place Ste Catherine ! ».  On apporte ce qui manque un peu à la personnalité des gens : des moments de bonheur, de voyage.  Et si on ne peut pas voyager, il faut venir ici car la Place apporte ces moments de joie !  C’est tout simple : donner du bonheur aux gens !

Philippe, notre fleuriste

Comment vous est venue cette passion pour les fleurs ?

C’est une passion que j’ai depuis ma jeunesse.  Je n’ai pas toujours été dans le secteur de l’art floral.  Mais un jour, je me suis lancé.

Dans quel domaine étiez-vous avant ?

Avant, je travaillais dans le secteur social !

Et pourquoi les fleurs tout d’un coup ?

J’aimais bien depuis toujours : déjà rien que pour moi, j’achetais mes fleurs chez les grossistes.  J’ai toujours aimé ce métier et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu en faire une petite entreprise !

Et pourquoi avoir choisi la place Sainte Catherine ?

A mes débuts, je ne venais ici que le jeudi.  J’allais à la criée aux fleurs le jeudi matin,  Je cherchais un emplacement le plus proche et j’y suis depuis 20 ans.  Et naturellement je suis venu dans ce quartier que je connaissais déjà pour venir y faire quelques courses moi-même.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce quartier.

Un peu de tout.  C’est un endroit très vivant.  Il y a de bons restaurants, on y mange bien, on y trouve de bonnes choses : des fruits, des légumes, du poisson…  C’est un chouette quartier

Quelle est votre fleur préférée ?

J’aime bien toutes les fleurs mais j’aime particulièrement les chrysanthèmes par exemple.  Peut-être parce que je suis scorpion !!!

… termine-t-il dans un grand éclat de rire jovial !

David, producteur de fruits et légumes bio

  Vous proposez des fruits et des légumes bio.  Cela fait longtemps que vous travaillez dans ce domaine ?

J’ai commencé dans le métier vers 19 ans.  J’ai d’abord fait mon apprentissage en travaillant dans des fermes.  J’ai travaillé pendant 3 ans dans une ferme sociale, avec des personnes qui avaient des difficultés pour avoir un travail « normal », pour qu’ils puissent s’intégrer à nouveau dans la société.

Ensuite, j’ai travaillé pendant 3 ans avec un associé, un membre de la famille.  Ensuite, pendant un an, j’ai fait beaucoup de marchés.  Et cela fait maintenant 5 ans que je cultive moi-même sur un terrain que je possède près de Braine et que je viens ici.

Ainsi, en grande partie vous produisez vous-même les légumes que vous vendez ?

J’ai un petit hectare, je ne cultive pas tout moi-même.  Ce sont aussi des terres tardives : j’ai beaucoup de choses en été, en automne.  Au début de l’année, c’est un peu plus difficile.  Je cultive surtout le frais comme les salades, les « petites feuilles : cressonnettes, feuilles de navet, petits oignons, …  Puis viennent le fenouil, les mange-tout, les petits pois, …

En été, j’ai aussi du basilic, des spécialités italiennes :  radicchio rouge, cavolo nero (chou noir) cime di rape. Je fais aussi du potimarron, des carottes spéciales, …

Que conseillez-vous à nos lecteurs pour cet été ?

Du début juillet à fin août : tomates (des « bonnes tomates » !), salades, bettes, haricots princesse.

Je travaille aussi avec des collègues de ma région, ou près de Bruxelles, avec quelqu’un qui a une grande serre.  Sinon, je me fournis auprès grossiste Bio Fresh de Malines.  Je vais chercher mes produits moi-même le matin, le samedi pour compléter avec les oranges, les produits de la Méditerranée.  Mais pas que cela car je veux offrir des produits de saison.

Qu’est-ce qui vous plaît ici Place Ste Catherine ?

Le matin, c’est comme un village, calme, avec beaucoup de gens locaux.  L’après midi, cela change complètement, c’est très touristique.  Une bonne ambiance aussi, mais très différente.

Les gens viennent pour les spécialités de poisson, les magasins spécialisés et ils viennent me voir !

L’église maintenant est toute propre, c’est agréable pour travailler.

Venez voir David  régulièrement pour profiter d’une production qui évolue au fil des saisons !

Elodie et Jean-Louis : jeunes, dynamiques, stimulateurs de talents belges, et très sympa !

Aux commandes  de  Bel’arte – Concept store de créateurs belges : parce qu’on en avait assez qu’ils se cachent !

Présentez-vous à nos lecteurs !

Elodie, photographe de formation, et plutôt la plus « créative » des 2 !  Le projet est né plus de moi que de Jean-Louis.  Mais on a décidé de se « greffer » ensemble.

Et Jean-Louis ?

J’ai fait culture physique, dans l’enseignement et en salles de fitness.  Mais j’avais envie d’être indépendant.  Elodie aussi.  Alors, de fil en aiguille, on est arrivé à travailler ensemble et à faire le magasin, avec ce projet.  Puis, à un moment donné, on s’est  lancés.

Comment vous définissez-vous : créateurs, rassembleurs de talents, managers?

E : un peu de tout ! On doit pouvoir gérer des vitrines : c’est un peu de la création.  On est administrateur à plein temps.  Cà ne s’arrête jamais !

JL : il y a aussi le côté marketing qui demande un minimum de réflexion pour être un peu originaux !

E : il faut être assez polyvalent !  Pour le moment, nous préférons mettre en avant d’autres créateurs.  Mais nous envisageons de développer un jour notre propre produit.

Vous avez un très grand choix de bijoux et un tas d’autres choses ! 

JL : déjà 90 créateurs différents dans la boutique avec pas mal de bijoux.  La boutique étant assez petite, nous avions besoin de petites créations.  A côté de cela, il y a de la déco, des accessoires de mode, nœuds papillon, bretelles, foulards, sacs et  pochettes en tissu, … tout sauf des vêtements.

Comment trouvez-vous les artistes ?

E : on a fait beaucoup de salons, de foires.  On a passé des nuits sur Internet.  Mais maintenant, comme le cercle est assez petit, les créateurs parlent entre eux, nous avons de plus en plus de demandes sur notre boîte mail, ou directement en magasin. 

JL : on ne cherche quasi plus par nous-mêmes.  On a assez de demandes pour sélectionner dans ce qu’on reçoit tous les jours.  Au début, comme la boutique n’était pas connue, nous allions voir les créateurs sur base d’un projet en cours.  Ils nous ont fait confiance !  Nous avons commencé avec 15 créateurs !

E : quand on regarde les photos de l’ouverture, on se dit qu’il n’y avait rien dans le magasin !

JL : avec 90 créateurs, nous arrivons au maximum en termes de place

Vos créateurs sont belges ?

Réponse en chœur : uniquement belges !

JL : c’est le concept du magasin.  A la base, on avait envie d’avoir un commerce local où l’on sait ce qu’on achète !  Et puis on a senti que la « belgitude » se développait avec une sorte de mouvance « nationale », une équipe de foot,…

E : on n’a pas accès au « Made in Belgium » car il y a des artistes qui font faire ailleurs, dans le textile ou autre.  Certains pays sont meilleurs pour certaines choses.  C’est difficile d’avoir du 100% « Made in Belgium » mais la création est bien belge !

C’est magnifique de stimuler ainsi les talents !

E : Oui !  D’autres magasins se sont développés.  Et la création en a bénéficié.  Il y a de plus en plus de gens qui osent se lancer.  Dans la période actuelle, en termes de boulot,  c’est une bonne chose de permettre à certaines personnes « cachées » de s’exprimer et de se mettre en avant !

Depuis combien de temps êtes-vous dans le quartier ?

JL : on a ouvert en 2014.  Bientôt 2 ans !

Une belle réussite !

E : beaucoup de travail en amont pendant une année pour être sûrs d’avoir pensé aux plus grosses questions avant de nous lancer.  On a bien planché au départ !

JL : vraiment à fond de 3 à 6 mois mais 1 an en tout!

E : on n’avait jamais vu ce genre de concept, et du coup on a vraiment du réfléchir à tout.

JL : à ce moment-là, il n’y avait pas de boutique du style … et après, il y en a eu plein !  On lance une idée, après on a des concurrents !

Pourquoi avoir choisi rue de Flandre ?

JL : on aussi a bien réfléchi au quartier en fonction du projet de création.  Ce  quartier avec Dansaert a toujours été connu pour çà.  Sainte Catherine est plus tournée vers la restauration.  Les 2 activités attirent des touristes.  On s’est dit que les gens qui viennent à Bruxelles, au lieu d’aller chercher des petits Manneken-Pis, pourraient enfin repartir avec des choses bien d’ici et offrir un bijou ou autre chose, beau et bien belge, plutôt que made in China!

Votre vécu du quartier depuis que vous êtes ?

E : Cà bouge !  Il se dynamise plutôt bien depuis qu’on est là et même avant.

JL : On nous a dit au départ, que c’était un peu « Chicago », d’où le nom du café à côté !  Il y avait plein de surfaces vides. Puis la rue a fort changé.  Il n’y a pratiquement plus de surfaces vides. Comme c’est une rue de passage, avec la Pl. Ste Catherine, Dansaert, on sentait qu’il y avait du potentiel. 

E : il y a aussi un chouette Comité de Commerçants, dynamique, avec de jeunes projets qui se sont installés !

Avez-vous ressenti l’impact du piétonnier sur le quartier ?

E : on ne peut pas vraiment comparer car on n’a pas beaucoup de recul.   Nous avons fait une chouette année 2015.  On ne peut donc pas se plaindre.

JL : ceux qui sont là depuis plus longtemps sentent une baisse, mais cela dépend sans doute de l’activité.

Comment souhaitez-vous contribuer à la vie de votre quartier ?

JL : déjà avec une belle boutique !  Et dynamique.  Ensuite être actif dans l’association de quartier : cotiser pour dégager du budget pour embellir la rue, organiser des événements aussi.  La Braderie fonctionne très bien.  On aimerait peut être en faire une 2° au printemps.  La dernière activité, c’était la Journée des Voisins (1).  On essayera de faire plus la prochaine fois.  Malheureusement on n’a pas eu de chance avec le temps !  Mais on donne rendez-vous pour la prochaine activité !

53 rue de Flandre – www.bel-arte.be

Mr Figares, pendant 7 ans le Centre Aurélia a ouvert ses portes au 15 rue Melsens.  Parlez-nous des nombreuses activités offertes : culture, philosophie, citoyenneté, … ?

Le Centre Aurélia était un espace qui hébergeait les différents cadres d’action que propose Nouvelle Acropole Belgique, la branche nationale de l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole (OINA). Nousavons été présents dans le quartier depuis 7 ans mais nous sommes actifs en Belgique depuis 1978.

Les principes de l’OINA sont inspirés de la charte de droits fondamentaux de l’homme qui peuvent se résumer ainsi :

Promouvoir un idéal de fraternité, basé sur le respect de la dignité humaine au-delà des différences ethniques, culturelles, religieuses, sociales, …

Éveiller l’amour de la sagesse par l’étude comparée des philosophies, des religions, des sciences et des arts, pour « se connaître soi-même, la nature et les dieux »…

Promouvoir une éducation de  l’homme pour extraire le meilleur de son potentiel et permettre la relation avec autrui fondée sur les valeurs humaines propres à toute l’humanité.

Dans tous les centres de l’OINA (plus de 400 dans le monde), nous proposons trois lignes  d’actions communes : philosophiques, culturelles et de volontariat.

Notre ligne philosophique est fondamentalement à « la manière socratique», c’est-à-dire que le discours et les enseignements sont fortement orientés vers un « vivre ensemble » philosophique.

Pour nous, la pratique de la philosophie consiste à renforcer les valeurs intérieures que nous possédons tous, ce qui génère chez nous une inépuisable capacité à résoudre les difficultés de la vie avec un esprit positif et une intelligence ouverte.  Nous n’inventons rien : notre enseignement se base sur le patrimoine de l’humanité toute entière. Il s’ouvre sur tous les aspects : religions, cultures, sciences, arts, sans aucuns préjugés.

Quant à la  culture, elle est également pratique, et enracinée dans le patrimoine de l’humanité. Nous entendons par « culture » l’ensemble de domaines artistiques, scientifiques, religieux ou politique,  des  approches différentes qui mènent au développement et à la pratique  de valeurs humaines fondamentales.

Et, enfin,  le volontariat qui est le prolongement naturel de la proposition philosophique, le résultat de la solidarité et l’engagement que nous ressentons en tant que idéalistes pour faire face aux problèmes et aux besoins de notre temps. N. A. favorise la création de projets et de groupes de volontaires dans le monde entier, au niveau local et international, en promouvant également la collaboration avec les organisations bénévoles à caractère public ou privé comme l’UNICEF, la Croix-Rouge, etc.

Diriger un projet de ce type demande une préparation particulière.  Quel a été votre parcours ?

A  64 ans, je risque de vous ennuyer avec un parcours si long mais soit… Je pense, tout d’abord que je suis un idéaliste engagé depuis mes premières années à la fac et que je le suis toujours  malgré quelques os qui craquent après tant d’années… Cela me rappelle une très belle phrase de  Jorge Angel Livraga – fondateur de l’OINA – lui aussi un idéaliste engagé au long parcours.  Il a dit un jour que sa  plus grande joie était semblable à celle que pouvaient ressentir les randonneurs ou les alpinistes après la conquête d’un sommet : « Les efforts font craquer les os mais ils illuminent le visage ! ».

Les outils de ma préparation ont été ceux que N.A. propose, tout simplement. Je les ai utilisés avec ténacité et persévérance sans épargner les efforts. Et je suis tombé comme tout le monde, maintes fois,… mais je me suis relevé et je reste debout pour le moment, malgré quelques « bricolages » au niveau du cœur et ailleurs. Avec ma « boîte à outils » philosophiques,  culturels, …, quelques pays du monde où j’ai mis en marche de projets proposés par l’OINA, en Europe surtout, mais aussi en Amérique du Sud.

Dans ce que vous exprimez, j’ai le sentiment que l’éducation tient une place fondamentale.  Que proposez-vous dans ce domaine ?

La question fondamentale de l’éducation « à la manière socratique » ne peut pas se comprendre sans la définition d’un cadre plus large défini par la production de « biens métaphysiques ». Nos sociétés ont oublié que l’essentiel ne consiste pas à de produire des biens « à consommer », mais d’engendrer d’abord des biens métaphysiques pour produire ensuite des biens physiques, condition indispensable pour que ceux-ci ne corrompent pas l’individu et la société. Je m’explique : un bien métaphysique n’est pas du pain, du vin, une voiture… Mais plutôt la bonté, la sérénité, la solidarité, la dignité, l’engagement….Ces biens permettent de dépasser le rapport de force, de transcender une société basée sur le pouvoir, presque l’instinct animal !

L’éducation que propose N.A. a pour but de faire en sorte que les gens parviennent à aimer « faire le bien », ou si vous préférez, aimer la production et la consommation  de biens métaphysiques comme la vertu  le comportement éthique, la justice, l’éducation, la sagesse …

La Belgique, l’Europe, ont vécu des heures sombres.  Qu’aimeriez-vous exprimer aux citoyens que nous sommes pour mieux faire face à ce monde en mutation ?

Je pense sincèrement que mes propos peuvent offrir quelques éléments de réponses à cette question.

Portrait tout en nuances d’un homme sensible et d’un artiste plein de talent

 Comment es-tu arrivé à la photo ?

C’est une belle histoire. La photo m’a toujours accompagné, mais comme quelque chose de secondaire, un hobby.  Mon premier appareil, pas du tout professionnel appartenait à un ami et je lui ai demandé de bien vouloir me le prêter, un numérique à faible résolution mais avec un très bel objectif et de belles couleurs.  C’était déjà très intéressant de pouvoir l’employer.

Par contre, mon père possédait un superbe Canon argentique, très ancien, avec tous ses objectifs impeccables.  J’étais fasciné par son design, son étui en cuir très bien fait.  Je ne l’ai jamais utilisé mais je le prenais souvent en main.

Peu à peu, j’ai appris des choses avec des amis et mon intérêt pour la photo a grandi.  L’Italie – où j’ai vécu pour mes études – fut une période très enrichissante dans beaucoup de domaines, entre autre, la sensibilité à l’image.

Il y a 2 ans, je travaillais encore au Parlement Européen.  J’ai demandé un conseil à 2 collègues, sensibles à la photo, car je cherchais un appareil argentique.  L’un d’eux me dit : « Si tu trouves quelque chose d’intéressant, dis-le moi, je te conseillerai ».  Un jour, nous prenions un café.  Il avait un paquet en main, il le posa sur la table et me dit : « C’est pour toi Mohammed ! ». Je ne comprenais pas.  En ouvrant le paquet, j’ai découvert un splendide appareil Canon Ftb des années 70 qui marchait à la perfection, une pièce de sa collection! Je ne savais que dire.  Devais-je donner mon opinion ???« Non– dit-il –c’est pour toi ! ».  Je suis resté sans voix !  A partir de ce moment, ma vie a un peu changé.Je dois avouer que j’avais peur de l’utiliser.  Je ne savais pas quoi faire.  La technique de l’argentique est totalement différente du numérique !J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancé.  Depuis lors, mon regard photographique a changé.

Quand j’ai cet appareil en main, je me sens déjà professionnel, je le sens, je le sais !

Je n’ai pas fait d’école d’art ni de photo.  C’était mon point faible.  Je me demandais comment faire face à des étudiants en photo ?  « Je n’aurai même pas le courage de leur parler ! » pensais-je !

Alors, j’ai retourné la situation en défi ! J’ai donc appris seul : des cours on line, suivre des amis photographes en balade ou dans leur studio.  Ils m’ont expliqué comment cela marche. Ainsi, un film après l’autre, j’ai appris et trouvé ce qui me convient, pour un portrait ou autre chose.

Mon « regard » s’élargit.  Je l’ai remarqué aussi avec ce Yashica, avec négatif moyen format.  C’est une autre école, une autre expression photo qui grandit en moi !.  Avec le premier appareil, j’ai réalisé ma première expo à « La fin de siècle ».

Depuis 2 ans, j’étudie le dessin dans un atelier avec un enseignant qui devenu un ami. Je découvre un autre monde.  Ce que j’apprends dans un domaine enrichit l’autre, comme la relation entre l’ombre et la lumière.

Au départ, ton parcours professionnel n’a rien à voir avec la photo ?

Effectivement.  Je me suis licencié en physique à Naplouse (Palestine).  J’ai été enseignant.  Ensuite, j’ai fait diverses choses, du volontariat, …Je me suis qualifié dans le domaine des rapports internationaux, ce qui m’a permis de travailler dans divers bureaux et mon intérêt pour étudier les relations internationales a grandi.  La chose n’était pas simple.  Après 2 ans, j’ai décroché une bourse d’étude pour un Master à l’Université Catholique de Milan.  Un autre changement dans ma vie !  Ensuite, un Master de politique européenne à Parme.  C’est ce qui m’a amené à Bruxelles où j’ai travaillé pour les Institutions européennes à différents postes.  Pour des raisons de nationalité, les contrats sont temporaires, limités à 6 mois.  Entretemps, la photo m’a ouvert de nouveaux horizons.

Ces expériences variées ont « ouvert » ton regard sur les choses ?

Je suis chaque fois plus sensible aux reflets que j’essaie de capter dans mes photos.  Parfois je m’arrête.  Les gens me regardent : « Qu’est-ce qui lui arrive ? ».  Je vois un très beau tableau dans la vitre d’un restaurant ou un café : le reflet de l’extérieur qui se mêle à l’image de l’intérieur !  Nous passons tous les jours devant ces vitrines mais sans rien remarquer.  J’essaye de montrer et de faire comprendre cela à travers mes photos.  La beauté est autour de nous : nous devons seulement regarder.  Je ne voudrais pas servir un discours utopiste car la vie n’est pas simple.  Elle est truffée de difficultés dont je souffre aussi.  Mais j’essaie d’ouvrir un peu les yeux.

Mon séjour en Italie a été très important.  Il a éveillé un tas d’émotions, il m’a fait découvrir beaucoup de chose en moi : ce qui me plaît ou non, ce que je préfère.  J’ai aussi eu la chance d’avoir quelques amis véritables qui m’ont aidé à « voir » des émotions très variées, de l’amitié à l’amour, la fascination pour une personne ou un lieu.  Tous ces sentiments sont bien entendu venus avec moi en Belgique !

Quand je suis rentré à la maison, ma famille a été la première à remarquer le changement.  Parfois j’essaie d’expliquer.  Certaines choses peuvent se comprendre, d’autres pas.  Beaucoup d’amis restés au pays n’ont pas changé de contexte de vie.  Ce n’est pas facile pour eux de saisir ce que j’explique.

La Belgique : un choix ou le hasard ?

Un choix !  Pendant un temps, j’ai fait des allers-retours entre ici, la Palestine et l’Italie pour des raisons de travail et autre.  J’ai également travaillé à Jérusalem pour la Commission Européenne.  Ensuite je suis venu ici avec des contrats temporaires.  Ainsi, je suis resté lié à Bruxelles.  J’ai d’abord vécu à Saint-Josse près du quartier européen.  Puis je suis resté dans ce quartier-ci, une fois même place Sainte Catherine !

Qu’aimes-tu à Bruxelles ?

Bruxelles a créé un lien que je ne sais pas encore interpréter.  Par exemple, le temps peut être gris et ennuyeux au point de flétrir les pensées les plus belles, et  tout d’un coup, le soleil pointe et tout change : les couleurs, l’expression des gens. Sous le ciel bleu, la ville sourit !  Cela arrive aussi ailleurs, mais ici, il y a quelque chose de différent ! Ces temps-ci, les nuages m’inspirent.  Ces créatures immenses, si légères me fascinent.  C’est peut être le physicien qui parle mais certainement le photographe.  Peu de gens regardent vraiment.  Et c’est là que vient le rôle de l’artiste, peintre ou photographe, poète ou écrivain, capable de fixer les images avec des mots.

D’autre part, je vis un moment difficile pour des raisons administratives.  Je suis toujours un étranger, un numéro dans un « château » administratif un peu kafkaïen : personne n’est intéressé de voir qui est ce numéro, ce qu’il fait, si il a travaillé ici pendant un bon moment.  Cela m’affecte,mais je ne suis pas le seul dans le cas !

Ce sentiment d’« amour-désamour » que je ressens pour la ville est très spécial.

J’aimerais pouvoir retourner en Italie ou j’espère pouvoir faire mon travail de photographe, mais je ne sais pas quand, ni même si ce sera possible.  Bruxelles est une partie importante de mon parcours.

En vivant ici, quelle est ta contribution à l’ensemble ?

Avant tout, une contribution personnelle : être correct envers moi-même et mon entourage, pour vivre bien avec le reste de la société, sans créer de conflits.  J’ai ma culture mais elle s’est élargie avec les cultures des divers pays où j’ai vécu.  J’aime autant partager un peu de ma culture que de m’enrichir des autres.

Ensuite, ma contribution par la photo, l’art en général.  Faire progresser et partager ma passion avec les gens, montrer ce que je fais.  J’aimerais exposer mon travail partout, dans des endroits très différents : galeries, restaurants, grandes ou petites salles.

J’aimerais aussi ne pas perdre l’expérience que j’ai auprès des Institutions européennes et les études faites.  Cependant, je me rends compte que c’est un travail un peu éloigné de la société où je vis.  Alors que la photo a un impact plus direct.

Michel Hair Fashion, rue van Artevelde,

Le dernier des Mohicans … qui ne mâche pas ses mots !!!

Un regard sans concessions !

Nous connaissons le coiffeur, mais qui est l’homme ?

Je suis d’origine tunisienne.  Je suis arrivé seul, livré à moi-même,  le 31 mai 1969.  J’ai toujours habité le quartier.  J’ai vécu un moment Chaussée de Wavre, puis au 72 avenue des Chartreux.   Je louais la chambre la moins chère : 1400fb à l’époque : personne n’en voulait parce que le tram passait dans la rue et faisait trembler toute la maison !

J’avais 18 ans et demi.  J’étais inscrit à l’Ecole de Coiffure d’Ixelles, rue du Trône.  Je suis venu pour un stage.  A ce moment-là, c’était plus facile.  Il n’y avait pas autant de démarches administratives comme aujourd’hui.  Le stage durait un an mais j’avais la possibilité de le prolonger  de 6 mois.  Je travaillais rue du Pont Neuf chez le coiffeur Mario qui n’existe plus aujourd’hui.  A l’époque, le boulevard Anspach était superbe.  Il y a avait des grands magasins comme Tits, Hamelot,  les Jackson, la haute couture française, …

Parlez-nous de votre carrière !

J’ai eu le bonheur de coiffer pas mal de gens comme Cudell, le père Simonet.  Ils venaient tous chercher leurs costumes chez Mr Tits qui était le président de la Chambre de Commerce.

Quand ils arrivaient au salon, ils voulaient toujours que je les coiffe.  On était dans le quartier de « la Dernière Heure », du « Het Et je lui explique mon cas.  Là-dessus, il me dit : « Mais enfin !  La Belgique ne peut pas se passer d’un talent pareil !!!  Il faut absolument que vous restiez ! ».   A l’époque, les politiciens pouvaient beaucoup.  Aujourd’hui,  ils sont surveillés par les médias, etc, …  Ils n’ont plus le même pouvoir pour aider les gens.  Il a écrit à son copain, Ministre du Travail, et au bout de quelques semaines, j’ai reçu mon permis B.  A l’époque, il fallait rester 3 ans chez le même patron pour avoir le permis A qui permettait de changer de métier. 

Grâce à cela, je suis resté.  J’ai continué l’école.  Ensuite, j’ai travaillé pendant 17 ans chez Men’s Coiff, rue de la Vierge Noire. Après quoi, je me suis installé rue des Poissonniers dans l’ancienne boucherie.  Tout le bloc de l’Îlot Bourse qui appartenait à la famille Delyck a été vendu à une société anversoise.  Ils nous ont invités à partir.  Ce que j’ai refusé car cela ne faisait que quelques mois que j’étais là.  Au départ, j’étais seul à résister.    Le dernier des Mohicans !  Par la suite, Adel s’est joint à moi (Restaurant de la Bourse –  Voir Carillon n°9).  Avec l’aide du Beursschouburg, du BRAL, nous avons entamé une procédure judiciaire.  Tout a été très médiatisé.  TV Brussel est même venu.   On a fait pas mal d’interventions et nous avons eu gain de cause et gagné tous nos procès.

Entre temps, l’îlot a été vendu plusieurs fois.  Il a été finalement acheté par City Hôtel.  Des gens extrêmement compétents, très professionnels. Il ne restait plus que Adel et moi.

Finalement, l’îlot a été vendu à Vangasteel Invest.  Mais nous avons perdu le procès contre eux et nous nous sommes installés ailleurs.  J’étais persuadé que nous ne pouvions pas perdre car un jugement de loi avait été prononcé.  Ils ont fait  beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas faire !  C’est Merkir (à qui j’en veux toujours) qui  a autorisé tout cela !  On n’a pas respecté le plan d’affectation des sols.  Nous avons été « arrangés » devant le tribunal du Commerce.

Il n’y a plus de vie dans ce coin maintenant.    Mayeur aurait mieux fait de commencer par réhabiliter le tronçon Rogier-De Brouckère pour relancer l’économie dans ce coin : des bâtiments entiers et des magasins sont vides, c’est lugubre.   Le quartier va être livré au vandalisme et à la dégradation, …

Il a des choses que j’ai vraiment du mal à accepter quand on voit l’évolution du quartier.

Mais quand c’est décidé, c’est comme ça !  On ne revient pas en arrière.  Pourquoi nous inviter à des discussions pour agir comme  cela ?  Mayeur a promis des parkings : on ne les voit pas.   De la sécurité : il n’y en pas.  De la propreté : il n’y en n’a pas.  Un arbre ou des fleurs sur le boulevard : il n’y en a pas !  Les transports en communs ont-ils été vraiment été pensés ?  Non !  Il n’y a rien.  Cà va être le chaos!  Il a une vision tout à fait différente de celle des commerçants.

Il pense « touristes ».  Mais qui paye les taxes régionales, fédérales,  provinciales et communales ? Plus la taxe de solidarité!  Les touristes ou les locaux ?  C’est normal de payer des taxes mais on n’en voit pas les fruits ! 

J’ai des clients qui viennent de Londerzeel,  Wolvertem,  Gand, Aloost, Asse, Zellik , Dilbeek, Anderlecht.  Mais c’est très très difficile d’arriver jusqu’ici !  Cela veut dire que les gens vont éviter d’entrer dans BXL et donc aller ailleurs.   Tous les sens giratoires changent, le piétonnier s’installe.  D’accord, il faut donner la place aux vélos  mais aussi aux voitures.

Imaginez : tu vas  à la Maison du Monde et  tu achètes un abat-jour : comment tu vas le transporter ? En métro??  Et les  6 bouteilles d’eau que ta femme te demande ??? Tout le monde n’a pas un accès facile.   On va mettre trois fois plus de temps pour venir au boulot.   Ce n’est pas encore grave.  Mais les gens qui veulent venir se faire coiffer chez nous, comment ils vont faire ?  Et les commerçants autour ?  On ne sait plus se garer nulle part.  Les taxis sont coupés dans leurs trajets !  On nous a  demandé de voter et les trois quart des gens ont dit non !  On ne sait pas parler avec ces gens-là ! 

Qu’espérez-vous pour l’avenir de votre quartier ?

Un peu plus d’hygiène avant toute chose.  Il  faut punir les gens fautifs!  500€ si on ne sort pas les poubelles le bon jour ! Ensuite, la sécurité.  Il n’y a pas assez de policiers.  La police n’a pas les moyens suffisants.  Aussi, planter un peu plus d’arbres en ville.  Et enfin faire en sorte que les gens puissent venir en ville, y vivre,  donner l’envie de venir à Bruxelles !  Et pas seulement à vélo !

Il y en a qui disent : « Oui mais à Bordeaux on l’a fait ! ».  Ok!  Mais à Bordeaux, il y a 300 jours de soleil sur 365 !  Tout le monde a envie de prendre son vélo.  Ici c’est 300 jours de pluie et 65 de beau temps !  J’ai quelques politiciens qui viennent ici !  Je deviens fou à parler avec eux !  On compare l’incomparable ! 

Il est clair que si ça ne va pas, on va se réunir et aller au Conseil d’Etat pour enlever tout cela !

Si les gens n’ont plus accès à nous, comment on va faire?  J’ai fait des sacrifices dans ma vie pour avoir la clientèle que j’ai : je suis coiffeur attitré des Diables Rouges, j’ai tout fait pour avoir une bonne conduite.  On peut être ami et pas d’accord sur un problème.  C’est ça qu’il y a eu.  Je ne veux pas de mal à Y. Mayeur, mais il a agi, sans tenir compte de la concertation.  Je n’ai rien contre l’homme mais je ne suis pas d’accord avec sa politique.  Il faut être à l’écoute.  On doit construire la ville ensemble.  On devrait pouvoir parler d’homme à homme, en mettant la politique de côté et mettre tous les points sur la table et m’expliquer le pourquoi des décisions prises !

A bon entendeur…

A l’heure où nous écrivons ces lignes, d’énormes engins s’attaquent à la structure du Parking 58. Le paquebot de verre et de béton s’effondre peu à peu sur ses bases, laissant au sol des milliers de tonnes de gravats et de structures métalliques qui se tordent vers le ciel. 

L’espace se libère. Une nouvelle perspective s’ouvre peu à peu entre des façades d’immeubles qu’on a l’impression de découvrir. Bientôt, le nouveau centre administratif de la ville remplacera ce qui fut pourtant, à sa construction, une vision avant-gardiste de la ville moderne, ouverte à la circulation automobile toute puissante. 

Profitons de cet espace qui s’offre à nous pour quelques mois. Nous sommes, rappelons-le, à l’emplacement exact du premier port de Bruxelles sur la Senne, avant la construction des canaux, au 16èmesiècle. Laissons vagabonder notre imagination : les bateaux qui se balancent au gré du vent dans le grincement de leur gréement, les cris des mariniers, la foule qui se presse vers les étals de poissons, les marchandises qu’on charge et décharge,… Difficile, dans notre ville trépidante, de cerner ce qui y fut la vie d’antan. Les vagues de l’oubli ont tôt fait de laver les plages du passé. Qui se souvient encore, aujourd’hui, de ce qu’il y avait à cet endroit avant la construction du parking 58 ? 

Le déménagement du port laissa la place au « Vismet », le marché aux poissons. Dans sa première version, le marché se composait d’une enceinte carrée à ciel ouvert assez rudimentaire, à l’intérieur de laquelle les échoppes étaient réparties contre les murs, une fontaine siégeant au centre de la place. En 1825, il fut remplacé par un nouveau marché, plus grand et plus fonctionnel, étalé en demi-cercle face à la Senne. Entre celle-ci et les étals, sur une large place, la ville érigea un bâtiment, la Minque, qui faisait office de criée aux poissons. Construit d’après les plans de Nicolas Roget, l’architecte de la Ville de Bruxelles, ce marché était considéré comme l’un des plus beaux du royaume. Très vite, il commencera à se diversifier et on y trouvera à acheter du gibier et des volailles en plus des poissons, grâce à l’ajout d’un petit complexe sur la parcelle adjacente. En 1870, lors du voûtement de la Senne, le marché déménagea près de la place Ste Catherine, entre le Quai aux Briques et le Quai au Bois à Brûler. 

C’est alors, dans la foulée des grands travaux, qu’un projet ambitieux voit le jour, celui de regrouper sur cet espace libéré l’ensemble des marchés dispersés dans la capitale. L’architecte L. Suys réalisa deux grands bâtiments de 5.000 mètres carrés chacun, séparés par une allée couverte de 12 mètres de large. La charpente de fer se voit agrémentée de nombreux ornements en fonte évoquant les denrées proposées sur les étals. Hélas, la concurrence des grands magasins va nuire au développement du projet, à tel point que le Collège des Bourgmestre et échevins va décider de la reconversion du pavillon nord en espace de divertissement, en 1893. Ainsi, celui-ci est transformé en patinoire en hiver, dénommée Pôle Nord, et en lieu de spectacles dès le retour du printemps, le Palais d’Eté. Le programme de ce dernier est très varié et propose tant des concerts que des bals et des combats de boxe. Victime d’un incendie en 1894, le bâtiment est réaménagé par l’architecte A. Chambon. Dans l’entre deux guerres, la patinoire est remplacée par un espace théâtral permanent. Après le second armistice, l’espace perd sa vocation culturelle pour se transformer en cynodrome jusqu’en 1953. L’ensemble sera définitivement détruit lors de la construction du parking en 1957. 

Oui, laissons-nous porter au rêve devant cette vaste esplanade qui se dégage ; que de desseins, d’entreprises, de réalisations, de créativité se sont succédés ici. Le magnifique projet de cité administrative que la ville ambitionne d’y construire s’inscrit bien dans la perspective d’une ville vivante et humaine mais l’Histoire, nous l’avons vu, nous invite à prendre en compte l’éphémère, en toute humilité.