Des personnages qui font vivre le quartier

Un petit bout de femme énergique, avec son franc parler, ses expressions bien à elle, et un cœur grand comme çà !  Elle nous reçoit dans son café, Le laboureur,  son domaine, un lieu qui a gardé tout son charme bien bruxellois, un parfum d’antan, une sorte d’anachronisme charmant dans un quartier branché en pleine expansion.

Note de la Rédaction: Cette chère Thérèse nous a quitté.  Mais pas tout à fait, car nous pouvons la réentendre par le truchement de cette rencontre!

 Bonjour Madame …

… Marie Thérèse Dorothée Françoise Vernieuwe  mais tout le monde m’appelle Thérèse !

 Et pourquoi ça?

Parce qu’en 53, j’ai connu les para-commandos et ils ont trouvé Marie-Thérèse trop long.

 Et avec un petit sourire en coin elle ajoute :

Marie à Bruxelles, c’est un peu, drôle on dit ça Mieke, met een dikke miete*, et ainsi de suite, je ne vais pas faire tout un détail, comme j’étais très gênée en ce temps-là, j’ai dit : « Dites Thérèse » et depuis lors,  je m’appelle Thérèse. Tout court.

 Eh bien Thérèse, je suis ravie de faire votre connaissance.

Konijnesaus qu’on dit à Bruxelles !

 Comment ???

Konijnesaus ça veut dire sauce de lapin. Mais konijnesaus, c’est faire connaissance. Connaissance dit à la bruxelloise c’est konijnesaus ! Oui, j’en ai comme çà quelques unes dans ma poche !

J’étais en train de chercher où j’avais mis votre ticket avec votre numéro…

 Je vous ai apporté toute la série des « Carillon de Sainte Catherine » avec les interviews de Mrs Withofs et Bontinckx, spécial d’été avec des rues insolites du quartier et 1° n°du lancement du journal.  Aujourd’hui, j’aimerais que vous nous parliez du Laboureur.  C’est une institution dans le quartier.  

Depuis quand existe-t-il ?

Depuis 1927.

Racontez-nous un peu petit peu son histoire.

Je connais les patrons depuis 48 ans. J’en ai connu un, son père tenait café à la rue Haute à côté du cinéma Carly.  Je ne connais plus le nom exact du café même, mais il était très connu. Moi je tenais café au Marché aux Porcs. C’était en 65. Bébé venait de naître, il avait 6 mois.

 Ce grand bébé-là (en nous désignant son fils) ?

C’est ma faute si on l’appelle Bébé.  Il y a une quinzaine d’années, je tenais café en face et je devais nettoyer la rampe.  Alors je l’ai mis au comte de Flandre. Vous savez quand je nettoie, je nettoie beaucoup et tout en une fois.  Quand j’ai fini, j’ai demandé à la dame du Pays de Liège : « T’as pas trouvé mon fils ? ». « Lequel ? », elle me dit !  Eh oui ! j’en ai trois !  Et moi au lieu de dire « mon plus jeune » ou « Christian », j’ai dit mon « bébé ». Mais le bébé a légèrement commencé à manger et voyez la corpulence qu’il a ! Tout le monde l’appelle Bébé. C’est vrai. Ça lui est resté. Personne ne dit Christian. Personne. Quand on dit Bébé, tout le monde sait de qui on parle !

 Et vous Thérèse, qui êtes-vous ?

Si vous parlez de Thérèse dans toute la ville de Bruxelles, je suis connue partout. Je ne sais pas mettre ma tête quelque part : je tombe sur quelqu’un qui me connait ! Et il m’embrasse ici.  Je suis très étonnée.  Je suis très large d’idées vous savez et je ne vois de mal nulle part.  Mais quand je vois du mal alors… c’est pas pareil.  Après presque 52 ans de bistro, je sens quand ça ne va pas… Ici, c’est un café avec 3 portes.

  Avec trois portes ?

Oui, c’est une entrée avec 3 portes : celle pour les bons, celle de ceux qui pourraient le devenir et celle de ceux que je mets directement dehors. A la nouvelle année, j’en ai mis 6 dehors et j’ai mieux travaillé parce que j’ai mis les mauvais dehors.

 Pour vous, les mauvais, qu’est-ce qu’ils font ?

Les mauvais, ce sont des gens qui demandent pas comme il faudrait !  Moi je suis cool comme on dit aujourd’hui. Je suis de l’ancienne catégorie.  Je ne peux pas dire directement : « Madame, il faut payer votre verre ».  Je ne suis pas comme ça, même si en terrasse je commence à le faire.  Par exemple, j’en ai eu un qui demande 5 verres. Mais Au 5e, je dis : « Tu ne voudrais pas me payer parce que tu en as déjà eu 5 ! ». « Je n’ai pas d’argent » il me dit ! « Eh bien, je préfère que tu me dises je n’ai pas d’argent !  Alors, je vais peut-être te donner  3 verres ».  Je préfère donner que de me faire avoir ! Voilà ! Valise !

 Cela fait combien de temps que vous avez Le Laboureur ?

Depuis le 16 avril 1987.  C’était fermé parce le mari de la patronne était mort. J’ai ouvert et on faisait file pour entrer chez moi. Je fermais quand la coiffeuse ouvrait !  Mais à 10 heures, c’était de nouveau ouvert.  Quand on sait boire, on sait travailler !  Si vous n’allez pas à votre travail, vous n’avez pas de paie. C’est la même chose, vice-versa. Moi je vais à la bonne école.

 Votre établissement fort  est connu dans Bruxelles !

C’est un des meilleurs de Bruxelles.   

 Comment vous définiriez-vous votre café ?

Un endroit où on aime  bien de venir.

 On pourrait dire convivial ?

C’est plus que convivial. Plus que ça. Avant, tous les clients se connaissaient. Maintenant, c’est rare ceux qui se connaissent. Mais moi, j’ai l’approche directe ! Je parle plus vite que mon esprit. Ma langue a été coupée quand j’étais gosse, mon frein plutôt, parce que je ne savais pas parler et pas téter. Mais ils ont coupé trop loin et avec ça, je parle plus vite. Ma mère disait toujours : « Elle ne doit même pas penser ce qu’elle dit, c’est déjà sur le bout de sa langue ! ». C’est vrai. C’est comme ça. Parfois, je dis des bêtises et parfois ces bêtises sont bien, parfois mal.  Mais je suis une enfant très gentille avec tout le monde.  Maintenant c’est lui (en montrant son fils) qui prend ma place, je veux dire en corpulence !!!!

 Vous êtes encore active dans le café?

Je suis encore active.  Le dimanche matin, je suis là. Je ne peux plus faire le soir à cause de mon plus âgé. Il est très strict sur sa mère !  Il faut pas me regarder, pas toucher !  Vous savez, c’est un de l’ancienne école !  Et en plus, je l’élève mon petit-fils déjà depuis 38 ans à la maison !

 Depuis que vous êtes dans le quartier, vous le voyez changer. Pour vous c’est en bien ou en moins bien ?

En bien. Il y a des nouveaux restaurants.  C’est bon pour le commerce !

 Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux jeunes du quartier ou aux jeunes en général pour leur avenir ?

Ce qu’il y a maintenant, comme je dis, c’est la 4e génération. C’est pas des jeunes ça ! Il n’y en a pas beaucoup qui aiment travailler. Et puis, on ne sait rien leur apprendre. Ce sont eux qui veulent nous apprendre.

 Que faudrait-il leur apprendre selon vous ?

La politesse en premier lieu, c’est la première des choses.   J’ai toujours été un numéro à l’école mais j’ai toujours été bien vue par mes professeurs même en faisant la folle, en faisant des co…ries. Mais des co..ries gentilles, rien de méchant.  J’étais brave et polie à l’école !

Quand vous mettez 5 enfants au monde et que vous les avez élevés vous-même financièrement,  et tenir des cafés pendant  50 et des années avec une zattecut * de mari, faut du courage !  Mais je dois dire qu’il  il est devenu brave ces dernières années !

J’ai  aussi 15 petits-enfants et j’en ai juste un qui ne voulait pas travailler parce qu’on lui donnait de l’argent.   Mais il a repris du travail lundi.

 Comment voyez-vous l’avenir ?

J’ai eu la chance de venir ici.  Aussi longtemps que je serai là, ça ira.

 Merci Thérèse

Traduction du Brusseleir au français :

  • Mieke, met een dikke miete* : une « nana » avec une poitrine opulente
  • zattecut *ou encore zattecul selon d’autres versions : personnage du théâtre de Toone, légèrement porté sur la bouteille

Président de l’Association des commerçants et des habitants de la rue de Flandre.   Un adepte de la « politique douce » !

Depuis combien de temps êtes-vous en charge de cette association ?

Depuis 12 ans !  Certaines personnes voulaient animer un peu la rue.  Au départ,  nous étions entre 10 et 15 : j’étais simple trésorier.  Il y avait un président,   une secrétaire, …  mais au bout de 3 ans tout le monde a décroché et nous nous sommes retrouvés seuls.  Une dame m’aide pour faire les lettres et j’assume le reste

Qu’est-ce qui vous amené à prendre une telle responsabilité dans le quartier ?

 Je trouvais un peu bête d’avoir lancé quelque chose et de tout laisser tomber.  Et donc, j’ai continué.

En quoi consiste votre action de Président ?

Je n’ai pas l’habitude de relancer la Ville pour tout ce qui se passe parce que j’ai le sentiment que la plupart du temps cela revient à s’attaquer à un mur qui ne bouge pas !  Aussi notre action consiste à organiser une braderie une fois par an, le samedi et le dimanche de la journée sans voiture pour la 11ème fois cette année.  C’est une activité qui connaît un franc  succès !

A cela s’ajoutent les illuminations de décembre.

Pour la braderie et la brocante, les gens s’inscrivent.  Nous donnons bien-sûr priorité aux gens de la rue.  Certains voudraient qu’on ajoute la rue Lepage ou encore le Marché aux Poissons ou le Marché aux Porcs, la braderie perdra son identité « Rue de Flandres ».  Alors, nous restons dans la rue de Flandres.

Au début cela marchait entre la Place Sainte Catherine et le Marché aux Porcs.  Et il ya 3 ans, on a continué vers le canal.  Chaque année, cela marche de mieux en mieux.

J’imagine que ce genre d’action « solidarise » les gens du quartier en faisant quelque chose tous ensemble ?

La rue de Flandre est vraiment un village !  Surtout la partie entre la place Sainte Catherine et le Marché aux Porcs.  Le reste de la rue un peu moins car elle a été un peu délaissée.  Il n’y avait pas de commerces au début, les gens ne voulaient pas trop participer.  Il y a avait juste un marchand d’oiseaux et de poissons, le Palais du cache poussière et la friture Henri.  C’est tout ce qu’il ya avait.

Je trouve que c’est une aberration de la Ville d’avoir autorisé la fermeture des commerce  pour les remplacer par des garages ou en fermant les vitrines pour les remplacer par des habitations.  Cela a beaucoup dénaturé ce côté de la rue.

Il y a longtemps que vous êtes installé dans la rue ?

Depuis 33 ans !

Vous avez donc vécu de très près les changements que la rue a connus ?

Quand je suis arrivé, il n’y avait pratiquement rien.  Et au fur et à mesure que la rue Dansaert a pris de l’ampleur, la rue de Flandre s’est également développée.   Les gens voulaient venir ici aussi.

Nous avons de la chance dans la rue car il y a une grande diversité.  Au Marché au poisson, vous avez essentiellement des restaurants et des cafés.  Ici, il y a des restaurants,  des magasins de vêtements, des centres culturels (la Maison de la Bellone, la Maison de Roumanie , bientôt un magasin d’articles de cuisine, des coiffeurs, un serrurier,  des épiceries, un lavoir, bref, un peu de tout !

Qu’en est-il des travaux en cours ?  

Il y aura des appartements aux étages et un commerce au rez-de-chaussée.  J’ai connu ces maisons avant qu’elles ne soient abattues.   Cette construction est une bonne chose car elle met fin à un chancre qui existait depuis plus de 40 ans !

Beaucoup de gens ressentent les effets de la crise.  Vous qui connaissez bien la rue, constatez-vous une perte de dynamisme dans l’activité en cours ?

Je ne dirais pas cela.  Je parlerais plutôt d’une perte de moyens : les gens achètent moins, sortent moins au restaurant.  Deux restaurants de la rue sont une sorte de « baromètre » et ils indiquent cette diminution de fréquentation.  D’une façon très simple : vous y trouvez encore des places à midi alors qu’avant, ils affichaient complet !

Qu’est-ce qui vous aimez le plus de votre quartier ?

C’est bien sûr le côté village !  Comme le soulignait Mr Withofs, je traverse la place et je suis arrêté par des tas de gens.

Dans la rue, le gros avantage, c’est d’avoir des commerces avec des gens qui habitent aux étages.  C’est un mélange très vivant : les habitants font leurs courses chez les légumiers de la rue.  

Mais surtout, il y a un réel esprit d’entraide entre les habitants, des jeunes envers les personnes âgées par exemple !  C’est quelque chose que nous essayons de maintenir.  Il y a beaucoup de jeunes qui vivent ici.  Les appartements au dessus du Louvres par exemple  appartiennent au Quartier Latin (*) qui y loge des étudiants.  Nous essayons de développer des relations avec eux. 

Au départ, ils sont un peu réticents : on leur dit bonjour et ils se demandent ce qu’on leur veut ! Mais petit à petit, ils répondent au contact et s’intègrent dans la vie de la rue !

Quels sont les problèmes majeurs auxquels vous êtes confrontés ?

Le plus difficile –  me semble-t-il –  est d’éduquer les gens au niveau de la propreté.  Je ne peux pas dire de la rue soit « sale ».  C’est vrai qu’il y a des endroits, où de manière régulière, des camions viennent déverser des détritus.

A mon sens c’est parce que la Ville ne fait rien: elle ne verbalise pas suffisamment, elle ne trouve pas des solutions.  Au lieu de taxer les gens, il faudrait trouver l’argent là où faut !  Que ceux les pollueurs soient les payeurs !

Nous pensons aussi que l’éducation peut être un « investissement », en amenant les citoyens à plus de conscience.  C’est que nous faisons petit à petit par nos actions dans le quartier.  

Quel type d’action trouvez-vous utile dans la rue pour inciter à plus de conscience ?

Ce serait une bonne idée de rappeler à tous quels sont les jours de ramassage pour les différentes poubelles.  Bruxelles Propreté le fait de temps à autre.  Mais ce n’est pas suffisant.

Parmi d’autres difficultés, nous avons eu les travaux de canalisation d’eau, le quartier a été coupé par la saint Nicolas des étudiants  ainsi que les Plaisirs d’Hiver qui sont un moment difficile pour tous, habitants et commerçants.  J’ai écris une lettre à l’échevin en lui expliquant le problème : on coupe la rue le vendredi soir, le samedi parce qu’il y a trop de gens pour le marché de Noël et plus personne ne sait arriver chez nous !  Je n’ai pas obtenu grand-chose pour changer la situation.  Mais nous avons reçu 2000€ de subsides en plus pour la rue !  C’est ma manière de travailler, et je suis satisfait de ce que j’ai obtenu.

Je suis également secrétaire d’Atrium.  Cela me permet de mieux répondre aux questions et aux besoins des riverains.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie ?

Le contact avec les gens !  Cà me botte !  Aller voir le gens, découvrir ce qui ne va pas, essayer de trouver des solutions aux problèmes, d’arranger « le truc » !

Qu’aimeriez-vous dire à vos voisins, simplement, comme çà de cœur à cœur ?  A tous ceux dont vous vous occupez avec tellement de générosité ?

Que tout le monde s’entende bien !  C’est la base de tout.  Tout le monde s’entend bien dans la rue.  C’est un quartier bien, dans la diversité habitants-commerçants.  C’est une richesse au fond.  Voyez la rue Neuve !  Si tout était habité aux étages, ce serait vraiment super ! A 19h., c’est fini, il ne s’y passe plus rien !  Beaucoup ferment à 18H.  Il n’y a plus de lumières, c’est sinistre. 

Je trouve que c’est le résultat d’une erreur de politique de la Ville à l’époque de Mr Simons.  Je m’explique.

Le problème avec les commerces, c’est la suppression des entrées particulières latérales pour gagner en surface commerciale.  De cette manière, il n’y a plus d’accès aux étages.  Au plus, le premier étage est utilisé comme réserve mais  le reste est complètement abandonné.

Un promoteur  voulait créer  un îlot entre la Place de la Monnaie et  la rue du Pont Neuf (ou par la rue aux Choux ????) pour marier  commerces et habitations avec une entrée par cette rue en construisant  un système de passerelles de façon à ce que les appartements  soient accessibles. Mais Mr Simons n’a jamais donné son accord à ce projet. 

Ce projet à été réalisé rue du Peuplier (juste après l’hôtel Welcome), où il y a un immeuble avec une cours intérieure équipée de ce genre de passerelle. 

Le grand avantage rue de Flandre, c’est que les étages au-dessus de beaucoup de commerces sont habités , soit par les commerçants eux-mêmes, soit par des locataires car les entrées latérales ont été sauvegardées ou aménagées.  Sinon, nous aurions le même problème qu’à la rue Neuve !

Nous avons des café « hip » : le Roskam; le Daring Man,  des endroits où il faut être vus, où il faut aller !!! Le laboureur aussi, le Royal…

Et la maison de la Bellone ?

Bien sûr, bien que je ne comprenne pas la politique de la Communauté française : ils ont mis tellement d’argent là-dedans et quand on voit le nombre de touristes qui viennent le samedi et le dimanche … et la maison n’est pas accessible !

Beaucoup de concorde !

 (*) association qui s’occupe de locations pour les étudiants à Bruxelles

 Ex – Président de l’Association des habitants et des commerçants du quartier du Marché aux Poissons (Vismet)

Homme de cœur et d’action, il a son franc-parler.  Il aime passionnément: son métier d’antiquaire, la mer et son quartier !

En quoi consiste votre action dans le quartier ?

 Il y a près de 10 ans, on m’a demandé de devenir président  (…)

Ce travail me prend une journée et demie à 2 jours par semaine : pour écrire du courrier, pour expliquer ce qui ne va pas dans le quartier, pour traiter les différents problèmes.

 Beaucoup de discussions avec la Ville, surtout en ce moment avec les Plaisirs d’Hiver car il y a pas mal de problèmes à gérer.  (…)

 (…)  Je voudrais surtout améliorer la Place avec de nouvelles terrasses par exemple.  Mon objectif est de parvenir à une certaine homogénéité. (…) Bien sûr, maintenant nous avons des trottoirs plus larges.  C’est beaucoup plus agréable pour tout le monde mais le problème de parking  reste  important. Je comprends le mécontentement des riverains car à la suite aux travaux, 92 places ont été supprimées. (…)

 Avez-vous une équipe pour vous seconder dans votre travail ?

 Non, je n’ai que Michel Smeesters, de l’Hôtel Welcome qui m’aide de temps en temps et une amie à lui qui fait un peu de courrier de manière bénévole.

Il y a des administrateurs de l’Association comme Freddy Devreker du restaurant « La Belle Maraîchère », qui s’occupe très bien de toute la comptabilité et de la partie Trésorerie.

Il est assez rare de trouver des associations qui allient commerçants et habitants

 Effectivement.  Il faut savoir qu’aujourd’hui beaucoup pensent qu’un commerçant ne peut pas s’entendre avec un riverain.  Or, je pars du principe que l’entente et le dialogue sont toujours possibles.  On peut trouver des solutions entre nous, gentiment,  sans devoir passer par des services juridiques, par un Tribunal, par la Ville de BXL. 

 Lors d’une précédente rencontre, vous avez abordé la transformation possible de l’Eglise Sainte Catherine en « Halle Gourmande ».

 (…) Au départ, j’avoue avoir été choqué par l’idée d’en faire une Halle Gourmande.  Mais pourquoi pas : c’est un moyen de renforcer l’identité du quartier où se trouvait le marché matinal dans le temps.  (…)Il y a des tas de petites ruelles fort agréables comme à Paris, des impasses que les gens ne connaissent pas.  Il faut que ce soit agréable de s’y balader, il faut que toute la ville soit propre.

 Mme Lalieux, Echevine de la Propreté fait un gros effort de ce côté-là. Elle n’a pas l’échevinat le plus facile.  Loin de là.  Elle fait un grand travail en multipliant les actions.  Maintenant, il faut sensibiliser les gens, il faut leur donner une éducation! (…)

 En conclusion, que voudriez-vous dire aux habitants et aux commerçants du quartier ?

(…) Il faut garder cette image du village au centre-ville. (…)

Je discutais hier avec le fils d’un restaurateur qui vient habiter le quartier.  Il me disait : «(…)

quand je traverse tout le marché aux Poissons, je serre la main à 10 personnes ».  Vous connaissez beaucoup d’endroits à BXL où vous pouvez faire cela ? (…)

 Le Noordzee est une très bonne initiative : (…)  tout le monde s’y rencontre et se parle.  On y règle énormément de problèmes, devant un verre de vin (…)

Il y a beaucoup à faire dans le quartier. Les gens sont réceptifs et ils accueillent les bonnes choses et les voient d’un bon œil.  Ils regardent et se disent : « Tiens ! Il y a d’autres personnes que les employés de la ville qui nettoient le quartier ! ».  Ça se remarque quand vous (*) passez.  Il y a une sympathie qui se crée et un dynamisme qui s’installe et je crois que progressivement les gens respecteront leurs trottoirs, et continueront à les nettoyer et c’est comme cela que nous aurons une ville propre.  Et j’ai toujours dit que « Propreté = Sécurité ».  C’est essentiel !

(*) : Les équipes de Nouvelle Acropole/Philo Cité

L’équipe atelier CYCLO rue de Flandres à Bruxelles

Bonjour Luben ! Êtes-vous l’initiateur du projet « ATELIER CYCLO » ?

Non ! Pas du tout !

En fait, vous êtes Ici dans le premier atelier officiel de l’ASBL « CYCLO », une initiative dans l’économie sociale qui promeut le vélo à BXL via la technique vélo, le recyclage, la culture et l’innovation. Cet endroit a été le tout premier créé par le coordinateur du projet initial à l’époque.

Quand je suis arrivé en 2004, nous étions plus ou moins 8 personnes pour la coordination, l’équipe engagée à temps plein, ainsi que le projet de formation à la technique cyclo qui existe depuis toujours.

En quoi consiste le travail de l’ASBL ?

C’est un projet de formation pour des personnes qui ont peu d’acquis culturel, linguistique, de scolarisation, de culture du travail et de culture en général, et qui ont besoin de mettre un pied dans le métier en Belgique, de manière à pouvoir poursuivre un parcours professionnel. Je suis entré dans CYCLO par ce principe-là. Par la suite, j’ai été engagé et depuis ce moment, je suis là ! J’ai pu bénéficier du poste de Chef d’atelier. Je me charge de faire fonctionner les différents lieux, car nous avons encore 8 autres ateliers, plus le bureau, plus des petites choses qui sont en collaboration avec le quartier. Il n’y a pas que cet Atelier à BXL Ils fonctionnent tous simultanément.

Quelle est votre fonction actuelle dans l’Atelier ?

Quand je suis devenu chef d’atelier en 2005, je me suis occupé de différentes choses. D’abord, de l’atelier de réparation. J’ai toujours voulu donner aux gens la possibilité de réparer eux-mêmes, le « Do it Yourself » comme on dit ! Mais le gros du travail consistait en la réparation « pure » des vélos », les entretiens, l’accompagnement des stagiaires en formation, ainsi, bien sûr, que toute la logistique qui tourne autour ! Plus tard, sans entrer dans le détail, la coordination a changé. Le projet a grandi ! Il n’y a pas moins de 70/80 personnes qui y travaillent. La création d’emploi est un des buts de CYCLO, à travers la mobilité et le vélo bien sûr, au sein de CYCLO, mais aussi former les gens pour qu’ils puissent trouver du travail ailleurs, ou créer du travail eux-mêmes. L’aspect d’accompagnement des stagiaires reste primordial.

L’Atelier Cyclo rue de Flandre a une spécificité propre ?

Depuis cette année, cet atelier est devenu un atelier participatif entièrement consacré au Do it Yourself. Les gens viennent travailler ici eux-mêmes avec différentes options : si ils sont capables de se débrouiller seuls  pour réparer, ils peuvent profiter de toute l’infrastructure pour un tarif très bas: les pièces, l’outillage,… Il y a également le système « accompagné » pour apporter de l’aide quand il y a des lacunes. Là le tarif est un peu plus élevé. Ensuite, il y a la formule d’apprentissage pur, c’est-à-dire pour des personnes qui n’ont aucune connaissance, avec des modules de cours du soir. Vous pouvez vous rendre sur notre site cyclo.org où vous trouverez la description complète et bien plus large de notre activité de ce que je peux dire ici. Ce que nous proposons est énorme !

Vous pouvez développer ?

Notre but principal est de développer cette ville pour qu’elle soit meilleure ! C’est le grand « bénéfice » que nous recherchons. Nous sommes une ASBL Le but n’est pas lucratif ! Une ville meilleure avec plus d’outils pour une mobilité meilleure et durable, dans un esprit qui améliore la mobilité et la vie des gens ! Nous essayons de proposer cela dans tous les aspects.

L’atelier de réparation n’est que la partie visible de l’iceberg ! Beaucoup de gens travaillent dans de nombreuses directions : le développement des parkings vélo, le travail avec les différents représentants du gouvernement pour améliorer l’infrastructure urbaine, jusqu’au tri et la récupération des écrous …. Au niveau conception, nous essayons de toucher à tous les aspects du développement du vélo. Mais notre but n’est pas de vendre des vélos. Nous ne sommes pas en concurrence avec le monde du privé mais bien complémentaires. Nous souhaitons que le monde privé continue, que les gens continuent à travailler, à gagner leur vie. Le bénéfice n’est pas quelque chose de criminel ! Les gens doivent travailler.

Nous sommes limités au niveau des accessoires : nous avons de quoi dépanner un ou deux modèles avec des petites choses : un pneu, un phare, une sonnette. On ne partira pas à pieds d’ici !

Si on veut du choix, des gammes, des catalogues, … on va diriger les gens vers le privé, de manière à travailler ensemble.

Ici, le but est que les gens travaillent eux-mêmes. Nous visons un développement « primaire »  pour donner cette richesse d’être indépendants, d’être plus forts, pas seulement en pédalant mais en acquérant la culture vélo ! Cela va de la biologie de l’homme qui est le « moteur » du vélo jusqu’à l’acier, le métal, le caoutchouc, ce qui constitue le vélo lui-même, son utilisation en milieu urbain, en voyage, en activité lucrative ou en sport extrême. On arrive à aider un peu tout le monde !

Votre gamme d’action est très large !

Une autre chose que je souhaite mentionner : le grand dépôt de vélos trouvés. On les publie des photos avec description sur velosretrouves.be pendant 3 mois, de manière à permettre aux gens de les récupérer. Dans le cas où ils ne le sont pas, ils sont réparés et revendus à des organismes d’utilité publique : écoles, maisons des jeunes, tous ceux qui ont besoin de se déplacer ou d’avoir une flotte de vélos.

Nous avons également un atelier mobile pour nous rendre dans les entreprises. Bref, une fourmilière de fonctionnement ! C’est important pour les lecteurs de savoir qu’il y a beaucoup plus d’endroits qu’ici. Il est courant aussi que des gens qui viennent chez nous ne savent pas tout ce qu’il y a derrière Cyclo car on n’a pas toujours le temps de faire tout un discours. L’important, c’est de s’occuper des gens et des vélos ! Je précise que je ne représente que l’Atelier Cyclo de la rue de Flandre. C’est très difficile de parler de tous les centres et de tous les projets en cours !

Nous avons une responsable de la Communication, Caroline Demonck, que je vous invite à rencontrer car elle va avoir un discours encore plus correct et global que le mien ! (caroline@cyclo.org) .

On offre de plus en plus de place au vélo dans la ville. Avec votre expérience, que pensez-vous de ce qui pourrait se faire mieux ?

Je ne vais pas inventer des choses car je ne suis pas ingénieur dans l’aménagement du territoire. Mais il y a des exemples visibles, concrets chez nos voisins très proches : Hollande, Danemark, et tous les pays nordiques. Prenons donc exemple, et amenons cela dans un territoire qui est tout à fait roulant et aménageable pour le vélo ! Les bosses qu’il y a sont « courtes », 500 m, 1 km maximum. Cà avance, avec des choses qui se construisent mais avec notre « surréalisme » national, nous avons des pistes cyclables qui ne commencent nulle part et qui ne s’arrêtent nulle part ! Même peintes en rouge, avec des tas de lignes, ce ne sont pas de vraies pistes cyclables ! Une piste, c’est pour aller d’un point à un autre et pas de « nulle part » à « nulle part ». Il y a de la bonne volonté derrière. Mais il y a un tel micmac administratif, des pouvoirs divers sur un même territoire que la prise de décision devient difficile. On ne doit pas s’étonner que les choses aillent si lentement. Mobilité globale et durable avec vision globale ! C’est ce qu’il faut. Mais les choses avancent peu à peu !

Et que pensez-vous du quartier ?

C’est un quartier que j’aime depuis toujours. Il évolue avec le temps. Il s’urbanise de plus en plus, mais il reste toujours « bruxellois », un aspect que j’aime beaucoup. J’ai toujours habité un peu partout, mais ici, cela reste mon deuxième quartier, et finalement c’est ici que je passe le plus de temps vu que j’y bosse !

Amoureux de son quartier,
un dynamisme fou
un grand savoir-faire au service de tous

Alexis devant la fameuse voiture

Depuis combien de temps es-tu dans le quartier ?

De mémoire, je dirais 1992/1993


Pourquoi as-tu choisi ce quartier ? Comment y es-tu arrivé?

Mon père avait repris un restaurant en 92/93 qui s’appelait« le Jardin de Catherine » à l’époque, qui est ensuite devenu « le Jaloa », et puis« La Brasserie Van Gogh ». Cela fait un moment déjà : je dirais 2007 ! Après, il a eu « le Fourneau Ibérique » pendant 2 ans. Ce restaurant a été ensuite repris par 2 autres personnes encore avant que cela devienne « le Kip Kot ». Moi-même, je suis ici depuis 2006 avec le magasin.

Un magasin comme le tien avec une si belle vaisselle n’est pas si courant ! Comment t’es venue l’idée d’offrir cela au quartier ?

Je suis né dans un milieu de restaurateurs et j’ai fait des études de commerce. J’ai travaillé dans l’import-export. Avant le magasin, j’ai travaillé à l’étranger avant de revenir en Belgique avec 2 ou 3 idées. Et j’ai donc lié ce que je connaissais de la restauration et l’import-export. Et le magasin est né !

D’autre part, tu es également fort investi dans le Comité de Quartier. Comment es-tu arrivé à cette fonction ?

Je ne me considère pas « fort » investi. Cela fait un an que j’ai avancé dans ce domaine parce que je trouvais qu’il y avait des choses à faire bouger, moderniser certaines choses dans le quartier, notamment par la création d’un site, afin d’avoir une meilleure visibilité. J’étais venu avec quelques idées. Marc Withofs, qui en était le président à ce moment là, m’a accueilli les bras grands ouverts ! On a lancé le projet et on continue à être assez actifs.

Ici, c’est un quartier, c’est un village même, qui est riche d’histoire et qui, à mes yeux est « inexploité » ! Il y a énormément de touristes. J’ai encore eu 2 touristes ce matin avant ton arrivée qui me demandaient des infos parce qu’il n’y a rien pour les guider. Il faut savoir que la Ville a toujours utilisé cette place comme lieu d’événements car c’est l’une des plus grandes de Bruxelles. Je pense que la Ville n’a pas envie de s’encombrer avec des panneaux et préfère garder la zone dégagée !

Mais on va y arriver petit à petit car il y a de plus en plus de touristes. Et l’une des raisons pour lesquelles je voulais aller dans le Comité, c’est pour faire découvrir ce quartier aux Bruxellois surtout ! Je suis Bruxellois dans l’âme. Je ne suis pas né ici-même. Mais je suis né à seulement 500m à vol d’oiseau. Je connais bien ce quartier que j’affectionne particulièrement et qui évolue bien !

Au niveau familial, vous êtes très intégré dans le lieu !

Oui ! On peut dire que c’est un petit peu mon territoire, même si j’ai grandi en dehors par après. Mais je revenais toujours ici ! Je suis un Ket de Bruxelles ! (dans un grand éclat de rire !)

Alexis au DISHES FACTORY

Tu es donc le Maître d’œuvre du site stcath.be ! (site à consulter sans modération ! –Ndlr)

J’ai surtout donné la marche à suivre à une société qui a fait cela pour nous. La Ville nous a aidé pour ce site parce que financièrement, c’est un gros budget.

Bien sûr il y a de petites erreurs. Ce n’est jamais au top comme on le voudrait. Ce n’est pas mon métier non plus. On a fait ça du mieux qu’on pouvait. On a voulu quelque chose qui soit intemporel parce qu’on ne voudrait pas devoir tout changer dans 5 ans. Il y a des gens qui peuvent critiquer cela parce que ce n’est pas assez moderne à leurs yeux. Nous, ce que nous voulons, c’est que ce soit un site qui reste et qui vive !

Nous avons expliqué le projet lors de la dernière réunion de quartier . Maintenant, c’est principalement aux commerçants de le dynamiser. On a mis une voiture à disposition. L’essence, c’est eux : il faut que tout le monde se bouge un peu !

Pourrais-tu évaluer le nombre d’heures que tu as investies dans ce projet ?

Infaisable !!! Je sais que tout l’été dernier, je rentrais à la maison vers 19/20h. Et je bossais jusqu’à 23h00 à collecter les données, etc … Car – bien entendu – je ne les ai pas reçues de la part de 99, 99% des commerçants (dit-il avec un large sourire !). Et donc, j’ai dû beaucoup bosser bénévolement. C’est pour cela que maintenant, j’ai demandé que quelqu’un s’occupe de la Com. Parce que je n’ai plus le temps de faire ça !

Tu as largement prouvé être impliqué dans la vie du quartier. As-tu des souhaits particuliers pour son avenir ? Quels sont tes rêves pour le quartier ?

Je suis un peu un utopiste dans l’âme !!! Je pense que le quartier pourrait se développer d’une très belle manière, que ce soit sur le plan écologique, ou encore dans l’interrelation entre habitants et commerçants. A mes yeux, là où le bât blesse actuellement, c’est au niveau de la communication avec la Ville. Il y en a une, bien sûr, mais elle n’est pas toujours évidente. Les responsables de la Ville sont là pour une certaine durée alors que nous, nous sommes là pour très longtemps. C’est le milieu politique qui veut cela : chacun souhaite marquer de son empreinte le peu de temps où il est présent. Ils viennent chacun avec des idées qui – pour moi – ne sont pas toujours adaptées et qui sont souvent en retard avec la réalité du terrain.

On nous demande, à nous, de nous gérer en « bon père de famille », sous menace de faillite. Et personnellement, je trouve que la Ville et les décisions qui sont prises ne le sont pas « en bon père de famille » ! Pour rester politiquement correct, je vais dire ça comme ça (autre large sourire !).

Maintenant, voilà : je suis indépendant et le Bourgmestre est du PS. Ce n’est pas pour autant qu’on ne s’entende pas ou que l’on ne se comprenne pas. C’est quelqu’un qui a des idées. Mais tous restent des politiciens. Il faut voir dans tous cela ce que l’on peut « obtenir » ! C’est vraiment le mot clé !

Mon souhait est que les gens se sentent bien dans le quartier, que les Bruxellois se le réapproprient. Il y a de plus en plus de touristes mais je trouve ça bien quand je vois des familles bruxelloises, avec des langues « mélangées », français, néerlandais, anglais, de voir des « nouveaux Bruxellois » qui se sont installés. Cela amène une dimension « multiculturelle ». Je trouve que le métissage culturel fait la richesse d’un peuple. C’est important.

J’adore ton « image de marque » : une Fiat 500 jaune absolument craquante !!! D’où t’es venue l’idée ?

En fait, l’ idée n’est pas de moi ! Elle est de mon père : via un des patrons du Latini de l’époque, un de ses amis italiens, il l’a faite venir de Naples. Cela fait plus de 13 ans qu’elle est là. On l’a faite restaurer et elle est devenue l’emblème du magasin. Et les gens sont un peu inquiets quand elle n’est pas là ! Il y a peu, j’ai dû lui faire refaire tout le bas de caisse qui était complètement rouillé, et les gens venaient me voir en me disant : « Il paraît que vous fermez ??? », « Vous faites faillite ???? », « Vous l’avez vendue ??? » ! J’ai donc mis une banderole avec sa photo pour rassurer le public. Et j’étais content quand elle est revenue parce qu’une vielle dame, qui devait avoir dans les 80 ans, est venue dans le magasin et elle m’a dit : «  Monsieur, cela fait 45 ans que je suis ici. Je fais partie des meubles et votre voiture aussi maintenant !  Elle est de nouveau là et tout va bien !».

Elle fait partie du décor et c’est chouette !

Je ne peux m’empêcher de m’exprimer directement à Alexis pendant l’interview par ces quelques paroles :  J’aime beaucoup cet aspect de « voyage dans le temps », de passer des images du passé au présent et vice versa parce que cela donne effectivement la notion de « durée » !

« Capitaine » du Noordzee, le tout nouveau Président de quartier du Vismet. Dynamisme, énergie et sens des responsabilités au service de tous !

Monsieur WOUTER VERMEULEN

Vous succédez à Mr Withofs comme Président de quartier : comment voyez-vous votre nouvelle mission ?

J’ai déjà un peu réfléchi à ce que je veux faire. Une fois que le transfert des responsabilités sera terminé, j’expliquerai comment je vois ma nouvelle fonction !

Vous êtes vraiment un pionnier dans le quartier

Oui, c’est qu’on dit. Je ne sais pas si c’est vrai ! Ce n’est pas parce que je suis installé depuis longtemps que je suis un pionnier !

J’aimerais que vous nous rappeliez votre parcours ! Vous aviez été parmi les premiers à accepter d’être interviewé par le Carillon. Mais cela fait un moment déjà. Il y a des tas de nouveaux habitants dans le quartier. Ce serait bien qu’ils fassent un peu plus connaissance avec vous !

Je suis arrivé ici (au Noord Zee) fin 1989 ! 30 ans déjà ! Au départ, c’était une toute petite poissonnerie qui appartenait à un copain. J’y suis arrivé un peu par hasard. Nous avions convenu d’un accord pour que je l’aide tout en continuant à chercher un autre boulot car mon but n’était pas de rester travailler ici ! Mais quand j’ai commencé à travailler, j’ai tout de suite aimé le boulot. Et aussi à aimer le quartier qui, à l’époque, était plus « bruxellois » que maintenant ! Maintenant, il est devenu beaucoup plus international que bruxellois !

J’ai donc travaillé pendant 2 ans pour mon patron, et après ces 2 ans, j’ai repris le commerce. Petit à petit, on a changé la façon de travailler. On a évolué avec le temps, avec les exigences des clients.

Il y a eu aussi beaucoup de changements dans le quartier. Quand je suis arrivé, il y avait un parking sur la Place Sainte Catherine. Ensuite il y a eu des travaux, après quoi on a fermé la place pour les voitures. Puis, c’est le Vieux Marché aux Grains qui a changé. Et encore de nouveaux travaux pour dans la rue et la place Sainte Catherine. Tout cela pendant 10 à 15 ans. Pour vous dire que cela à fortement changé !

Ce que j’ai remarqué, c’est qu’au fil du temps, les « vrais » Bruxellois disparaissaient, qu’il y avait une grosse clientèle qui venait du haut de la ville en voiture. C’est ainsi que nous avons toujours essayé de nous adapter aux nouvelles situations. Cela n’a pas toujours été évident ! Mais nous avons réussi à le faire.

M WOUTER VERMEULEN devant le Noordzee

Les changements ne s’arrêtent pas pour autant, avec le piétonnier, le parking 58 qui est en démolition/transformation. Et tout cela pèse assez lourd sur le quartier, pour les commerces, mais aussi pour les résidents. Ce n’est pas toujours évident pour les gens qui habitent ici.

C’est là que je vois mon boulot comme Président du Comité de quartier : suivre de près tous les changements pour aider les commerçants et les habitants sur le plan pratique. J’habite aussi ici depuis 30 ans déjà. C’est vraiment là que je vois mon devoir comme président : guider un peu la Ville de Bruxelles dans les décisions pour que tous – habitants et commerçants – soient satisfaits.

Et dans un bel éclat de rire, il ajoute : « Ce qui est déjà pas mal comme boulot ! »

Ce que j’ai compris de tous les changements en ville, c’est qu’ils ne sont pas toujours très « structurés » ! Ce n’est pas toujours réfléchi. Et je pense que là, je peux faire quelque chose !

J’aimerais aussi travailler plus avec les autres quartiers. Il me semble que Dansaert et rue de Flandre forment un tout avec notre quartier. Nous avons 3 Comités pour une zone qui ne compte pas plus que 300 ou 400 m de l’un à l’autre ! Et là, si nous pouvions dialoguer entre nous, nous pourrions coordonner nos actions et avoir un peu plus de poids pour les futurs changements dans la zone !

Lors de la dernière AG du Vismet, celle de votre nomination (!), j’ai entendu qu’il était question d’agrandir le piétonnier !

C’est dans ce domaine que je trouve qu’il manque de structure. Il semble qu’une idée n’est pas liée à la suivante. J’ai le sentiment que la Ville elle-même ne sait pas très bien dans quelle direction elle veut aller. Je ne comprends pas toujours clairement le plan qui est derrière les décisions.

Peut-être n’y en a-t-il pas (avec une pointe de sarcasme de ma part !) ???

Réponse prudente de Mr Vermeulen : Cà je ne sais pas ! Et je ne vais jamais le dire !!! Mais il n’empêche que pour nous – résidents et commerçants – ce n’est pas toujours évident d’anticiper par rapport aux changements mis en place. Par exemple, d’un jour à l’autre, on ferme une rue pour des travaux mais nous ne sommes pas toujours mis au courant. Depuis les élections, avec le nouveau Collège, c’est une équipe très jeune qui est en place. Et j’ai l’impression qu’il y a une volonté de changer tout cela ! D’écouter et de communiquer plus !

J’ai aussi entendu que vous compter organiser quelque chose pour la passation des responsabilités entre Mr Withofs et vous ?

Nous souhaitons faire un drink pour les habitants et les commerçants car j’ai le sentiment que les uns et les autres ne se connaissent pas vraiment. Avec le fait aussi que beaucoup de commerçants n’habitent pas dans le quartier. Je trouve cela un peu dommage. C’est pour cela que je souhaite organiser un « Drink de l’amitié » pour faire connaissance. Il y a encore pas mal de démarches administratives pour finaliser la passation des responsabilités. Mais je compte voir cela avec Marc Withofs pour fin février, au plus tard début mars.

Vous restez un grand créateur dans le domaine de la restauration : manger debout dehors, c’est un concept « pionnier » que vous avez lancé. Je suis à BXL depuis 40 ans et avant vous, je n’avais jamais vu cela !

Il y a eu le Comptoir des Armes de BXL, qui était un peu similaire à ce que nous faisons, mais je n’ai jamais connu cela. C’était dans les années 80/90 !

Cela n’a jamais pris l’ampleur du Noordzee ! Et beaucoup vous ont imité !

Bien sûr !! Tout le monde a le droit de le faire !

Vous avez ajouté une aile supplémentaire à votre établissement : comment vous est venue l’idée des  smørrebrød, d’origine danoise ???

Cette partie de l’immeuble m’appartient. Avant, il y avait un bistrot ici. Il y avait pas mal de soucis avec les personnes qui exploitaient ce café. A un moment donné, je n’ai plus voulu de tous ces soucis. J’ai repris l’endroit pour faire quelque chose en plus de la poissonnerie. J’ai rencontré un Danois justement, qui est toujours là d’ailleurs ! Il était fort intéressé par les huitres, et nous avons combiné cela avec des spécialités danoises.

Avez-vous encore d’autres projets en tête ?

J’ai toujours des projets ! Mais pour le moment, je vais un peu freiner mon dynamisme. Nous avons beaucoup de boulot comme çà. J’ai de la chance d’avoir une équipe formidable qui travaille dans la poissonnerie et dans le bar à huitres. Trouver les bonnes personnes avec qui travailler, qui sont sur la même longueur d’onde que vous ce n’est pas toujours évident !

A découvrir : des vêtements proposés avec de belles valeurs dans le respect et la durabilité, par une équipe dynamique et créative !

La devanture de Wonderloop
devant Wonderloop

Quel a été votre parcours jusqu’à votre boutique ?

J’ai fait mes études en sciences politiques et relations internationales à Lille. Je suis venue à Bruxelles il y a 7 ans pour me spécialiser en migration et droits de l’homme. J’ai travaillé dans ce domaine pendant 3 ans dans des ONG. Ensuite, dans le développement durable : je rédigeais des articles sur la production et la consommation responsables dans le textile et l’électronique. Cela m’a sensibilisée à la Fastfashion et à la Slow fashion. Les vêtements que j’achetais alors n’étaient pas en accord avec mes valeurs. Il y a tout un monde secret dont on n’a pas conscience derrière les vêtements qu’on achète. J’ai cherché des marques qui correspondaient à mes valeurs. Mais elles n’étaient vendues qu’en ligne. En octobre 2016, j’ai découvert une boutique à Paris qui en vendait. Je me suis dit qu’il fallait une boutique comme çà à BXL. Et il y a un peu plus d’un an, je me suis lancée!

Etre entrepreneuse correspond plus à mon tempérament : j’aime prendre des décisions, j’ai un bon sens des responsabilités. La variété me plait ! J’aime le fait d’arriver le matin et de faire un peu de ménage, de me faire plaisir en mettant les vêtements en rayon, ensuite un peu de communication en ligne, un peu de stratégie en passant les commandes, un peu de compta… En gros 10 casquettes ! C’est à la fois exaltant car j’adore tout faire, et épuisant car on a besoin de 10 cerveaux !

Une fois l’idée « apparue », je me suis rendue compte que je n’avais pas les compétences pour ! J’ai donc fait des formations pendant le 1° semestre 2017 : accès à la gestion, bases de comptabilité, accompagnement avec CREDAL, une structure de micro crédit pour particuliers et jeunes entrepreneurs, avec 2 ans de suivi par un coach pour savoir ce qu’est un chef d’entreprise, comment développer un business plan et s’équiper dans ce domaine.

Ensuite j’ai suivi le programme du Greenlab – une agence bruxelloise pour le développement des structures durables. Ils m’ont donné un vrai coup de boost en disant : « On peut avoir la meilleure idée du monde mais à un moment donné il faut la tester ! ». Alors, nous – Selene et moi – avons fait un premier test en sept. 2017. Elle est Suisse avec une formation en design textile. Notre relation dépasse largement le cadre employée/gérant : elle est ma conseillère. Nous prenons beaucoup de décisions ensemble !

En un an, les choses se sont accélérées. D’abord, les pop up, pour tester le concept et les quartiers où on voulait s’implanter : Marolles, Dansaert ou Bailly. Les Marolles en septembre, la rue de Flandre en octobre et en fait … on ne l’a jamais quittée ! Premier test : dans un café pendant 2 jours, avec 5 marques et créateurs. Ensuite, 4 jours chez Alice Gallery en octobre. Les gens étaient enthousiastes, le concept marchait bien. On est y restées jusqu’en janvier.

Nous n’avons pas choisi la rue de Flandre par facilité – j’habite Boitsfort et Selene, Gare du Midi – mais parce qu’on s’y sent bien, avec ses petites boutiques indépendantes qui correspondent bien à nos valeurs. En plus, nous sommes toutes les deux très gourmandes ! Et on est bien entourées par des restaurants de qualité même si nous n’avons pas beaucoup le temps d’en profiter ! Mais c’est très agréable de pouvoir prendre une pause autour des bassins ou Place Sainte Catherine !

En mars, nous avons trouvé ce local, avec un très bon contact avec la propriétaire. On a ouvert rapidement en avril. On a préparé les travaux à faire avec un cabinet d’architecte bruxellois en juin, juillet, août pour les réaliser en septembre. La « vraie » ouverture a donc eu lieu le 9 octobre 2018 Ici, tout est « durable ». Les architectes ne travaillent qu’en économie circulaire : 95% des matériaux sont de réemploi. Maintenant, nous avons un cadre et un aménagement intérieur, tel un écrin à la hauteur de la beauté des pièces proposées, dans le même esprit et avec les mêmes valeurs.

En quoi consiste le concept « Wonderloop » ?

C’est une boutique « slow fashion » qui privilégie la qualité sur la quantité. La « slow » food, c’est le bio, le local, le circuit court. Je pose d’abord la question : comment on utilise nos vêtements, comment les choisir, les porter en respectant au mieux l’environnement et les personnes qui les ont fabriqués. C’est très en rapport avec l’idée de la Pyramide de Maslow. Mon premier conseil : portez tout ce que vous avez, peu importe d’où cela vient ! Ensuite, pour de nouvelles choses, ce n’est pas nécessaire de passer par l’achat en premier : on peut emprunter, échanger, louer, transformer, réparer. Si on doit acheter, on peut le faire en seconde main. Une fois ces étapes épuisées, se pose la question de l’achat du neuf et c’est là que Wonderloop arrive ! Une boutique slow fashion qui propose des vêtements neufs à la vente pour homme et femmes, une gamme d’articles et d’accessoires assez complète, qui va de la tête au pied : bonnets, chaussures, gants, sous-vêtements. Et même des sacs à dos. Et plus d’articles encore pour la période de Noël. Sans oublier que nous prévoyons des soldes éthiques pour janvier !

Nous avons une combinaison de marques et de petits créateurs : Wear a story, Alice et Coulemelle, 3 créatrices bruxelloises, tous choisis en fonction de critères de durabilité sociale et environnementale. On fait attention aux matières utilisées et aux conditions de production (label Fair Trade ou Gots). Nous voulons que ce que les gens achètent corresponde à leurs valeurs. Pour le style, nous voulons rester dans le « Casual chic », des basiques simples et élégants pour tous les jours, mais aussi des pièces plus habillées et festives. On veut s’éloigner des 2 clichés extrêmes dans la mode éthique : des choses ternes et hors de prix ou des vêtements excentriques, hippies (sans connotations négatives de ma part !).3ème critère : le prix. Des articles abordables, avec des gens bien rémunérés du début à la fin de la chaîne de production et parfois même faits à Bruxelles. Expliquer le prix des vêtements est une démarche « d’éducation » : payer 25€ pour un T-shirt c’est normal, surtout pour un article qui va durer 5 ans.

Qu’apporteriez-vous de plus à ce quartier ?

Plus de verdure !!!!! J’adore ce qui a été fait rue des Eperonniers : des suspensions végétales ! Je trouve cela trop bien ! J’ai hâte de participer à la prochaine réunion des commerçants pour savoir un peu plus ce qui est déjà en place. Ce que j’aime ici, c’est l’ambiance d’entraide et de solidarité. Nous avons choisi nos heures d’ouverture en fonction de nos voisins. Une nocturne est prévue le 13 décembre. Pourquoi pas ouvrir ensemble un jeudi soir ou un dimanche de temps en temps ou le 15 août ? Et la Brocante, c’est super chouette. Et à tous les touristes, je dis : allez-voir la Bellone !!! Je ne dis pas qu’il faut la mettre plus en valeur. C’est bien aussi que ce soit un peu un « secret » mais c’est un beau secret que j’adore partager !!!