Des personnages qui font vivre le quartier

Le MEDUSA, toute l’élégance et le savoir de l’Italie aux Bassins !

A découvrir de toute urgence !

Note de la Rédaction: Hommage à Ricardo qui nous a quittés mais qui a laissé ce petit bijou qu’est le Medusa, excellemment maintenu par son épouse!

Dites-nous tout !  Qui est-vous « Monsieur Medusa » ?!

Je m’appelle Angelo Incardona.  Je suis né en Sicile dans la province de Caltanissetta.  Je suis arrivé en Belgique à l’âge de 7 ans, directement à Bruxelles. Cela  a été une chance.  Je pense que pour les Italiens qui ont connu l’émigration à travers les mines, le chemin de la reconnaissance a été plus dur ! Nous sommes en Belgique depuis 1968.

Quel a été votre itinéraire pour ouvrir votre établissement, ici, aux Bassins ?

Le chemin a été « facile » car je suis issu d’une famille qui pratique le négoce du vin depuis 5 générations, tour à tour en tant que producteur et négociant.

Mon arrière grand-père partait du village de Sommatino, avec le « carretto » (charrette sicilienne typique) chargé de grands fûts.  Il se rendait  à Vittoria, dans la province de Ragusa, pour aller chercher le vin, le Nero d’Avola à l’époque.  Ensuite, il le redistribuait chez-nous au village et dans les villages avoisinants.  J’ai toujours été habité par la passion du vin.

Au début, c’était plus un hobby qui a pris de plus en plus de temps jusqu’à devenir une vraie passion !

Ensuite, mon épouse et moi nous sommes posés la question : « Que fait-on ?  On se « professionnalise » ou bien on continue notre hobby qui était quand même un peu professionnel ? ».

Puis, finalement, comme j’aime bien faire les choses à fond, nous nous sommes lancés.

Et je dois préciser que si Medusa existe, c’est par notre étroite collaboration !  Sans l’aide de mon épouse, Medusa ne serait pas ce qu’elle est !

Pourquoi le nom de Medusa (Méduse en français) ?

 Parce que le symbole de la Sicile est la « Trinacria »(1).  La Trinacria comporte la tête de la Méduse, fille de la Gorgone en son milieu.  Alors, pour sortir un peu des clichés, de l’image un peu kitch, nous avons fait  une recherche un peu plus poussée pour proposer un graphisme plus moderne, donner un sens un peu nouveau.

Ensuite, il y a un lien avec le vin.  Sur notre logo, le calice avec les 3 verres représente les 3 jambes de la Trinacria.

Que souhaitez-vous apporter au quartier ?  il n’y a pas beaucoup d’établissements italiens par ici !

Comme vous avez pu le constater, nous n’avons que des produits italiens.  Nous voulons justement faire découvrir aux gens du quartier ce que sont les produits italiens originaux !  Bien sûr, il y a les grands distributeurs comme, Delhaize, Colruyt, GB !  Mais nous venons avec des produits typiques, avec une vraie culture italienne.  Je dois avouer que je reproche un peu à beaucoup de restaurateurs italiens de s’être adapté au goût local !  Ce qui est selon moi une grave erreur.  Et aujourd’hui on le voit parce que les gens voyagent beaucoup.  Ils ont l’occasion d’aller en Italie et de découvrir le vrai goût des choses.  Ce que je me propose, c’est de faire découvrir la diversité et la qualité de la production italienne, à travers différentes formules !

Vous avez toute l’Italie en bouteille sur vos étagères mais aussi …

… mais aussi quelques spécialités de pâtes fabriquées dans la région de Naples, le berceau des pâtes italiennes.  Nous avons choisi des produits vraiment originaux.  Par exemple des pâtes « trafilate al bronzo » (2), avec une cuisson particulière.  Barilla, c’est très bien, mais il faut apporter le petit plus !  Le format aussi est « original » : les paccheri (3) par exemple (NDLR : prononcez ‘ pakéri’).  Les Italiens connaissent bien sûr, mais Monsieur et Madame Tout le monde ne connaissent pas forcément !

Nous avons trouvé aussi des artisans qui font les « antipasti », les condiments, les sauces, les légumes « sottoglio » (4) qui sont une grande spécialité italienne !  Des sauces prêtes à l’emploi, du pesto, de l’huile d’olive bio, originale, gorgée de soleil, qui vient évidemment du terroir sicilien. 

Et aussi du café, car vous savez bien qu’en Italie on ne termine jamais un repas sans un bon « caffè ristretto » !.  Nous avons également de la grappa, des variétés qui sortent un peu de l’ordinaire.

Je vois que vous proposez également des plats préparés !

Effectivement !  L’offre rencontre beaucoup de succès.  Nous offrons des plats typiquement siciliens comme les lasagnes avec des petits pois et des œufs durs très très appréciées par nos clients.  Les « arancini » (5)  bien entendus, sans parler des « penne », des « cannelloni » ou encore des pizzas.  Le tout fait maison et à emporter !

Mais il n’y a pas que le magasin !

Vous avez à la fois la partie magasin et le salon de dégustation, pour découvrir et déguster un bon vin dans une atmosphère agréable !  Ce dont nous sommes le plus fiers, c’est d’avoir réussi à « partager » avec les gens du quartier.  Très souvent, quand vous allez dans un établissement, les gens ne se parlent pas d’une table à l’autre! Ici, on a réussi à créer cette atmosphère où les gens – au contraire – se parlent d’une table à l’autre.  C’est devenu une famille !  Comme l’est la place Sainte Catherine !  Et cela me plaît beaucoup.

Nous sommes de Laeken et de Jette, pas très loin au fond de la Place Sainte Catherine, et ce qui me plaît le plus dans ce quartier, c’est son aspect « village ».  Autour de cette place est venue se greffer une vie villageoise !  Je trouve cela formidable et je trouve que notre proposition s’intègre bien dans l’esprit de l’endroit !  Nous ne sommes pas venus avec la grosse artillerie.  Nous sommes arrivés tout en douceur mon épouse Rosalie et moi.  Et j’ai la chance d’avoir de magnifiques voisins.  Walter (6) est quelqu’un de formidable.  A l’époque, il y a avait Michel Mignon qui a remis ses affaires, et les nouveaux exploitants sont des gens charmants aussi !

(1)  Trinacria : nom de la Sicile pour les Grecs anciens, qui signifie les 3 pointes et emblème de l’île, avec la tête de la Méduse (une des 3 Gorgones) ailée et coiffée d’un nœud de serpents et d’épis de blé, d’où rayonnent trois jambes fléchies, comme saisies en pleine course.

(2)  Procédé de fabrication artisanale des pâtes avec des moules en bronze, ce qui les rend rugueuses afin de retenir mieux la sauce.

(3) Grosses pâtes courtes en forme de tube, originaires de Naples

(4)  conservés à l’huile

(5)  recette typique de boulettes de riz farcies

(6)  Walter B., librairie, Havanes et alcools de qualité !

Ricardo

On connaît très bien votre camionnette rouge … mais qui êtes-vous plus précisément ?

Je m’appelle Ricardo. Et cela fait 7 ans que je suis ici sur la Place Ste Catherine.

Comment vous est venue l’idée tout à fait géniale d’une camionnette « adaptée » ?

A la base je suis … ????. J’ai choisi de faire l’Horeca.  J’ai ouvert mon premier restaurant à 18 ans et je suis resté restaurateur pendant 46 ans.  Après 46 ans, je me suis dit « Ricardo, il faut continuer à donner du bonheur aux gens, mais d’une autre manière ! ».  Et j’ai trouvé une façon intelligente et très sympathique : revenir, au monde de la rue, aux gens du « peuple », c’est-à-dire aux citoyens du monde et  à la simplicité! Voilà !! C’est ainsi que j’ai créé cet événement depuis 7 ans ici mais en réalité, j’ai créé le concept il y a 15 ans.  Le plus difficile a été de pouvoir travailler avec des alcools.  Pour cela, j’ai choisi de m’inspirer du Brésil.

Pourquoi le Brésil ?

Je suis né à Tournai, de papa ambassadeur.  Et son dernier poste a été le Brésil en 1976!

De là votre amour pour le Brésil !

A cause des femmes, du football et de la samba !

Et pourquoi la Ste Catherine ?

Parce que j’ai eu l’opportunité de rencontrer des gens adorables, exceptionnels, qui ont une joie de vivre et un bonheur de la vie.  J’ai fait beaucoup d’événements dans ma vie : quand on m’a proposé de venir ici, j’ai dit oui du jour au lendemain.  Et un amour est né !  Et que ce soit avec la commune, ou dans l’amitié, les gens me disent : « Tu fais partie du patrimoine de la Place Ste Catherine ! ».  On apporte ce qui manque un peu à la personnalité des gens : des moments de bonheur, de voyage.  Et si on ne peut pas voyager, il faut venir ici car la Place apporte ces moments de joie !  C’est tout simple : donner du bonheur aux gens !

Philippe, notre fleuriste

Comment vous est venue cette passion pour les fleurs ?

C’est une passion que j’ai depuis ma jeunesse.  Je n’ai pas toujours été dans le secteur de l’art floral.  Mais un jour, je me suis lancé.

Dans quel domaine étiez-vous avant ?

Avant, je travaillais dans le secteur social !

Et pourquoi les fleurs tout d’un coup ?

J’aimais bien depuis toujours : déjà rien que pour moi, j’achetais mes fleurs chez les grossistes.  J’ai toujours aimé ce métier et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu en faire une petite entreprise !

Et pourquoi avoir choisi la place Sainte Catherine ?

A mes débuts, je ne venais ici que le jeudi.  J’allais à la criée aux fleurs le jeudi matin,  Je cherchais un emplacement le plus proche et j’y suis depuis 20 ans.  Et naturellement je suis venu dans ce quartier que je connaissais déjà pour venir y faire quelques courses moi-même.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce quartier.

Un peu de tout.  C’est un endroit très vivant.  Il y a de bons restaurants, on y mange bien, on y trouve de bonnes choses : des fruits, des légumes, du poisson…  C’est un chouette quartier

Quelle est votre fleur préférée ?

J’aime bien toutes les fleurs mais j’aime particulièrement les chrysanthèmes par exemple.  Peut-être parce que je suis scorpion !!!

… termine-t-il dans un grand éclat de rire jovial !

David, producteur de fruits et légumes bio

  Vous proposez des fruits et des légumes bio.  Cela fait longtemps que vous travaillez dans ce domaine ?

J’ai commencé dans le métier vers 19 ans.  J’ai d’abord fait mon apprentissage en travaillant dans des fermes.  J’ai travaillé pendant 3 ans dans une ferme sociale, avec des personnes qui avaient des difficultés pour avoir un travail « normal », pour qu’ils puissent s’intégrer à nouveau dans la société.

Ensuite, j’ai travaillé pendant 3 ans avec un associé, un membre de la famille.  Ensuite, pendant un an, j’ai fait beaucoup de marchés.  Et cela fait maintenant 5 ans que je cultive moi-même sur un terrain que je possède près de Braine et que je viens ici.

Ainsi, en grande partie vous produisez vous-même les légumes que vous vendez ?

J’ai un petit hectare, je ne cultive pas tout moi-même.  Ce sont aussi des terres tardives : j’ai beaucoup de choses en été, en automne.  Au début de l’année, c’est un peu plus difficile.  Je cultive surtout le frais comme les salades, les « petites feuilles : cressonnettes, feuilles de navet, petits oignons, …  Puis viennent le fenouil, les mange-tout, les petits pois, …

En été, j’ai aussi du basilic, des spécialités italiennes :  radicchio rouge, cavolo nero (chou noir) cime di rape. Je fais aussi du potimarron, des carottes spéciales, …

Que conseillez-vous à nos lecteurs pour cet été ?

Du début juillet à fin août : tomates (des « bonnes tomates » !), salades, bettes, haricots princesse.

Je travaille aussi avec des collègues de ma région, ou près de Bruxelles, avec quelqu’un qui a une grande serre.  Sinon, je me fournis auprès grossiste Bio Fresh de Malines.  Je vais chercher mes produits moi-même le matin, le samedi pour compléter avec les oranges, les produits de la Méditerranée.  Mais pas que cela car je veux offrir des produits de saison.

Qu’est-ce qui vous plaît ici Place Ste Catherine ?

Le matin, c’est comme un village, calme, avec beaucoup de gens locaux.  L’après midi, cela change complètement, c’est très touristique.  Une bonne ambiance aussi, mais très différente.

Les gens viennent pour les spécialités de poisson, les magasins spécialisés et ils viennent me voir !

L’église maintenant est toute propre, c’est agréable pour travailler.

Venez voir David  régulièrement pour profiter d’une production qui évolue au fil des saisons !

Elodie et Jean-Louis : jeunes, dynamiques, stimulateurs de talents belges, et très sympa !

Aux commandes  de  Bel’arte – Concept store de créateurs belges : parce qu’on en avait assez qu’ils se cachent !

Présentez-vous à nos lecteurs !

Elodie, photographe de formation, et plutôt la plus « créative » des 2 !  Le projet est né plus de moi que de Jean-Louis.  Mais on a décidé de se « greffer » ensemble.

Et Jean-Louis ?

J’ai fait culture physique, dans l’enseignement et en salles de fitness.  Mais j’avais envie d’être indépendant.  Elodie aussi.  Alors, de fil en aiguille, on est arrivé à travailler ensemble et à faire le magasin, avec ce projet.  Puis, à un moment donné, on s’est  lancés.

Comment vous définissez-vous : créateurs, rassembleurs de talents, managers?

E : un peu de tout ! On doit pouvoir gérer des vitrines : c’est un peu de la création.  On est administrateur à plein temps.  Cà ne s’arrête jamais !

JL : il y a aussi le côté marketing qui demande un minimum de réflexion pour être un peu originaux !

E : il faut être assez polyvalent !  Pour le moment, nous préférons mettre en avant d’autres créateurs.  Mais nous envisageons de développer un jour notre propre produit.

Vous avez un très grand choix de bijoux et un tas d’autres choses ! 

JL : déjà 90 créateurs différents dans la boutique avec pas mal de bijoux.  La boutique étant assez petite, nous avions besoin de petites créations.  A côté de cela, il y a de la déco, des accessoires de mode, nœuds papillon, bretelles, foulards, sacs et  pochettes en tissu, … tout sauf des vêtements.

Comment trouvez-vous les artistes ?

E : on a fait beaucoup de salons, de foires.  On a passé des nuits sur Internet.  Mais maintenant, comme le cercle est assez petit, les créateurs parlent entre eux, nous avons de plus en plus de demandes sur notre boîte mail, ou directement en magasin. 

JL : on ne cherche quasi plus par nous-mêmes.  On a assez de demandes pour sélectionner dans ce qu’on reçoit tous les jours.  Au début, comme la boutique n’était pas connue, nous allions voir les créateurs sur base d’un projet en cours.  Ils nous ont fait confiance !  Nous avons commencé avec 15 créateurs !

E : quand on regarde les photos de l’ouverture, on se dit qu’il n’y avait rien dans le magasin !

JL : avec 90 créateurs, nous arrivons au maximum en termes de place

Vos créateurs sont belges ?

Réponse en chœur : uniquement belges !

JL : c’est le concept du magasin.  A la base, on avait envie d’avoir un commerce local où l’on sait ce qu’on achète !  Et puis on a senti que la « belgitude » se développait avec une sorte de mouvance « nationale », une équipe de foot,…

E : on n’a pas accès au « Made in Belgium » car il y a des artistes qui font faire ailleurs, dans le textile ou autre.  Certains pays sont meilleurs pour certaines choses.  C’est difficile d’avoir du 100% « Made in Belgium » mais la création est bien belge !

C’est magnifique de stimuler ainsi les talents !

E : Oui !  D’autres magasins se sont développés.  Et la création en a bénéficié.  Il y a de plus en plus de gens qui osent se lancer.  Dans la période actuelle, en termes de boulot,  c’est une bonne chose de permettre à certaines personnes « cachées » de s’exprimer et de se mettre en avant !

Depuis combien de temps êtes-vous dans le quartier ?

JL : on a ouvert en 2014.  Bientôt 2 ans !

Une belle réussite !

E : beaucoup de travail en amont pendant une année pour être sûrs d’avoir pensé aux plus grosses questions avant de nous lancer.  On a bien planché au départ !

JL : vraiment à fond de 3 à 6 mois mais 1 an en tout!

E : on n’avait jamais vu ce genre de concept, et du coup on a vraiment du réfléchir à tout.

JL : à ce moment-là, il n’y avait pas de boutique du style … et après, il y en a eu plein !  On lance une idée, après on a des concurrents !

Pourquoi avoir choisi rue de Flandre ?

JL : on aussi a bien réfléchi au quartier en fonction du projet de création.  Ce  quartier avec Dansaert a toujours été connu pour çà.  Sainte Catherine est plus tournée vers la restauration.  Les 2 activités attirent des touristes.  On s’est dit que les gens qui viennent à Bruxelles, au lieu d’aller chercher des petits Manneken-Pis, pourraient enfin repartir avec des choses bien d’ici et offrir un bijou ou autre chose, beau et bien belge, plutôt que made in China!

Votre vécu du quartier depuis que vous êtes ?

E : Cà bouge !  Il se dynamise plutôt bien depuis qu’on est là et même avant.

JL : On nous a dit au départ, que c’était un peu « Chicago », d’où le nom du café à côté !  Il y avait plein de surfaces vides. Puis la rue a fort changé.  Il n’y a pratiquement plus de surfaces vides. Comme c’est une rue de passage, avec la Pl. Ste Catherine, Dansaert, on sentait qu’il y avait du potentiel. 

E : il y a aussi un chouette Comité de Commerçants, dynamique, avec de jeunes projets qui se sont installés !

Avez-vous ressenti l’impact du piétonnier sur le quartier ?

E : on ne peut pas vraiment comparer car on n’a pas beaucoup de recul.   Nous avons fait une chouette année 2015.  On ne peut donc pas se plaindre.

JL : ceux qui sont là depuis plus longtemps sentent une baisse, mais cela dépend sans doute de l’activité.

Comment souhaitez-vous contribuer à la vie de votre quartier ?

JL : déjà avec une belle boutique !  Et dynamique.  Ensuite être actif dans l’association de quartier : cotiser pour dégager du budget pour embellir la rue, organiser des événements aussi.  La Braderie fonctionne très bien.  On aimerait peut être en faire une 2° au printemps.  La dernière activité, c’était la Journée des Voisins (1).  On essayera de faire plus la prochaine fois.  Malheureusement on n’a pas eu de chance avec le temps !  Mais on donne rendez-vous pour la prochaine activité !

53 rue de Flandre – www.bel-arte.be

Mr Figares, pendant 7 ans le Centre Aurélia a ouvert ses portes au 15 rue Melsens.  Parlez-nous des nombreuses activités offertes : culture, philosophie, citoyenneté, … ?

Le Centre Aurélia était un espace qui hébergeait les différents cadres d’action que propose Nouvelle Acropole Belgique, la branche nationale de l’Organisation Internationale Nouvelle Acropole (OINA). Nousavons été présents dans le quartier depuis 7 ans mais nous sommes actifs en Belgique depuis 1978.

Les principes de l’OINA sont inspirés de la charte de droits fondamentaux de l’homme qui peuvent se résumer ainsi :

Promouvoir un idéal de fraternité, basé sur le respect de la dignité humaine au-delà des différences ethniques, culturelles, religieuses, sociales, …

Éveiller l’amour de la sagesse par l’étude comparée des philosophies, des religions, des sciences et des arts, pour « se connaître soi-même, la nature et les dieux »…

Promouvoir une éducation de  l’homme pour extraire le meilleur de son potentiel et permettre la relation avec autrui fondée sur les valeurs humaines propres à toute l’humanité.

Dans tous les centres de l’OINA (plus de 400 dans le monde), nous proposons trois lignes  d’actions communes : philosophiques, culturelles et de volontariat.

Notre ligne philosophique est fondamentalement à « la manière socratique», c’est-à-dire que le discours et les enseignements sont fortement orientés vers un « vivre ensemble » philosophique.

Pour nous, la pratique de la philosophie consiste à renforcer les valeurs intérieures que nous possédons tous, ce qui génère chez nous une inépuisable capacité à résoudre les difficultés de la vie avec un esprit positif et une intelligence ouverte.  Nous n’inventons rien : notre enseignement se base sur le patrimoine de l’humanité toute entière. Il s’ouvre sur tous les aspects : religions, cultures, sciences, arts, sans aucuns préjugés.

Quant à la  culture, elle est également pratique, et enracinée dans le patrimoine de l’humanité. Nous entendons par « culture » l’ensemble de domaines artistiques, scientifiques, religieux ou politique,  des  approches différentes qui mènent au développement et à la pratique  de valeurs humaines fondamentales.

Et, enfin,  le volontariat qui est le prolongement naturel de la proposition philosophique, le résultat de la solidarité et l’engagement que nous ressentons en tant que idéalistes pour faire face aux problèmes et aux besoins de notre temps. N. A. favorise la création de projets et de groupes de volontaires dans le monde entier, au niveau local et international, en promouvant également la collaboration avec les organisations bénévoles à caractère public ou privé comme l’UNICEF, la Croix-Rouge, etc.

Diriger un projet de ce type demande une préparation particulière.  Quel a été votre parcours ?

A  64 ans, je risque de vous ennuyer avec un parcours si long mais soit… Je pense, tout d’abord que je suis un idéaliste engagé depuis mes premières années à la fac et que je le suis toujours  malgré quelques os qui craquent après tant d’années… Cela me rappelle une très belle phrase de  Jorge Angel Livraga – fondateur de l’OINA – lui aussi un idéaliste engagé au long parcours.  Il a dit un jour que sa  plus grande joie était semblable à celle que pouvaient ressentir les randonneurs ou les alpinistes après la conquête d’un sommet : « Les efforts font craquer les os mais ils illuminent le visage ! ».

Les outils de ma préparation ont été ceux que N.A. propose, tout simplement. Je les ai utilisés avec ténacité et persévérance sans épargner les efforts. Et je suis tombé comme tout le monde, maintes fois,… mais je me suis relevé et je reste debout pour le moment, malgré quelques « bricolages » au niveau du cœur et ailleurs. Avec ma « boîte à outils » philosophiques,  culturels, …, quelques pays du monde où j’ai mis en marche de projets proposés par l’OINA, en Europe surtout, mais aussi en Amérique du Sud.

Dans ce que vous exprimez, j’ai le sentiment que l’éducation tient une place fondamentale.  Que proposez-vous dans ce domaine ?

La question fondamentale de l’éducation « à la manière socratique » ne peut pas se comprendre sans la définition d’un cadre plus large défini par la production de « biens métaphysiques ». Nos sociétés ont oublié que l’essentiel ne consiste pas à de produire des biens « à consommer », mais d’engendrer d’abord des biens métaphysiques pour produire ensuite des biens physiques, condition indispensable pour que ceux-ci ne corrompent pas l’individu et la société. Je m’explique : un bien métaphysique n’est pas du pain, du vin, une voiture… Mais plutôt la bonté, la sérénité, la solidarité, la dignité, l’engagement….Ces biens permettent de dépasser le rapport de force, de transcender une société basée sur le pouvoir, presque l’instinct animal !

L’éducation que propose N.A. a pour but de faire en sorte que les gens parviennent à aimer « faire le bien », ou si vous préférez, aimer la production et la consommation  de biens métaphysiques comme la vertu  le comportement éthique, la justice, l’éducation, la sagesse …

La Belgique, l’Europe, ont vécu des heures sombres.  Qu’aimeriez-vous exprimer aux citoyens que nous sommes pour mieux faire face à ce monde en mutation ?

Je pense sincèrement que mes propos peuvent offrir quelques éléments de réponses à cette question.

Portrait tout en nuances d’un homme sensible et d’un artiste plein de talent

 Comment es-tu arrivé à la photo ?

C’est une belle histoire. La photo m’a toujours accompagné, mais comme quelque chose de secondaire, un hobby.  Mon premier appareil, pas du tout professionnel appartenait à un ami et je lui ai demandé de bien vouloir me le prêter, un numérique à faible résolution mais avec un très bel objectif et de belles couleurs.  C’était déjà très intéressant de pouvoir l’employer.

Par contre, mon père possédait un superbe Canon argentique, très ancien, avec tous ses objectifs impeccables.  J’étais fasciné par son design, son étui en cuir très bien fait.  Je ne l’ai jamais utilisé mais je le prenais souvent en main.

Peu à peu, j’ai appris des choses avec des amis et mon intérêt pour la photo a grandi.  L’Italie – où j’ai vécu pour mes études – fut une période très enrichissante dans beaucoup de domaines, entre autre, la sensibilité à l’image.

Il y a 2 ans, je travaillais encore au Parlement Européen.  J’ai demandé un conseil à 2 collègues, sensibles à la photo, car je cherchais un appareil argentique.  L’un d’eux me dit : « Si tu trouves quelque chose d’intéressant, dis-le moi, je te conseillerai ».  Un jour, nous prenions un café.  Il avait un paquet en main, il le posa sur la table et me dit : « C’est pour toi Mohammed ! ». Je ne comprenais pas.  En ouvrant le paquet, j’ai découvert un splendide appareil Canon Ftb des années 70 qui marchait à la perfection, une pièce de sa collection! Je ne savais que dire.  Devais-je donner mon opinion ???« Non– dit-il –c’est pour toi ! ».  Je suis resté sans voix !  A partir de ce moment, ma vie a un peu changé.Je dois avouer que j’avais peur de l’utiliser.  Je ne savais pas quoi faire.  La technique de l’argentique est totalement différente du numérique !J’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancé.  Depuis lors, mon regard photographique a changé.

Quand j’ai cet appareil en main, je me sens déjà professionnel, je le sens, je le sais !

Je n’ai pas fait d’école d’art ni de photo.  C’était mon point faible.  Je me demandais comment faire face à des étudiants en photo ?  « Je n’aurai même pas le courage de leur parler ! » pensais-je !

Alors, j’ai retourné la situation en défi ! J’ai donc appris seul : des cours on line, suivre des amis photographes en balade ou dans leur studio.  Ils m’ont expliqué comment cela marche. Ainsi, un film après l’autre, j’ai appris et trouvé ce qui me convient, pour un portrait ou autre chose.

Mon « regard » s’élargit.  Je l’ai remarqué aussi avec ce Yashica, avec négatif moyen format.  C’est une autre école, une autre expression photo qui grandit en moi !.  Avec le premier appareil, j’ai réalisé ma première expo à « La fin de siècle ».

Depuis 2 ans, j’étudie le dessin dans un atelier avec un enseignant qui devenu un ami. Je découvre un autre monde.  Ce que j’apprends dans un domaine enrichit l’autre, comme la relation entre l’ombre et la lumière.

Au départ, ton parcours professionnel n’a rien à voir avec la photo ?

Effectivement.  Je me suis licencié en physique à Naplouse (Palestine).  J’ai été enseignant.  Ensuite, j’ai fait diverses choses, du volontariat, …Je me suis qualifié dans le domaine des rapports internationaux, ce qui m’a permis de travailler dans divers bureaux et mon intérêt pour étudier les relations internationales a grandi.  La chose n’était pas simple.  Après 2 ans, j’ai décroché une bourse d’étude pour un Master à l’Université Catholique de Milan.  Un autre changement dans ma vie !  Ensuite, un Master de politique européenne à Parme.  C’est ce qui m’a amené à Bruxelles où j’ai travaillé pour les Institutions européennes à différents postes.  Pour des raisons de nationalité, les contrats sont temporaires, limités à 6 mois.  Entretemps, la photo m’a ouvert de nouveaux horizons.

Ces expériences variées ont « ouvert » ton regard sur les choses ?

Je suis chaque fois plus sensible aux reflets que j’essaie de capter dans mes photos.  Parfois je m’arrête.  Les gens me regardent : « Qu’est-ce qui lui arrive ? ».  Je vois un très beau tableau dans la vitre d’un restaurant ou un café : le reflet de l’extérieur qui se mêle à l’image de l’intérieur !  Nous passons tous les jours devant ces vitrines mais sans rien remarquer.  J’essaye de montrer et de faire comprendre cela à travers mes photos.  La beauté est autour de nous : nous devons seulement regarder.  Je ne voudrais pas servir un discours utopiste car la vie n’est pas simple.  Elle est truffée de difficultés dont je souffre aussi.  Mais j’essaie d’ouvrir un peu les yeux.

Mon séjour en Italie a été très important.  Il a éveillé un tas d’émotions, il m’a fait découvrir beaucoup de chose en moi : ce qui me plaît ou non, ce que je préfère.  J’ai aussi eu la chance d’avoir quelques amis véritables qui m’ont aidé à « voir » des émotions très variées, de l’amitié à l’amour, la fascination pour une personne ou un lieu.  Tous ces sentiments sont bien entendu venus avec moi en Belgique !

Quand je suis rentré à la maison, ma famille a été la première à remarquer le changement.  Parfois j’essaie d’expliquer.  Certaines choses peuvent se comprendre, d’autres pas.  Beaucoup d’amis restés au pays n’ont pas changé de contexte de vie.  Ce n’est pas facile pour eux de saisir ce que j’explique.

La Belgique : un choix ou le hasard ?

Un choix !  Pendant un temps, j’ai fait des allers-retours entre ici, la Palestine et l’Italie pour des raisons de travail et autre.  J’ai également travaillé à Jérusalem pour la Commission Européenne.  Ensuite je suis venu ici avec des contrats temporaires.  Ainsi, je suis resté lié à Bruxelles.  J’ai d’abord vécu à Saint-Josse près du quartier européen.  Puis je suis resté dans ce quartier-ci, une fois même place Sainte Catherine !

Qu’aimes-tu à Bruxelles ?

Bruxelles a créé un lien que je ne sais pas encore interpréter.  Par exemple, le temps peut être gris et ennuyeux au point de flétrir les pensées les plus belles, et  tout d’un coup, le soleil pointe et tout change : les couleurs, l’expression des gens. Sous le ciel bleu, la ville sourit !  Cela arrive aussi ailleurs, mais ici, il y a quelque chose de différent ! Ces temps-ci, les nuages m’inspirent.  Ces créatures immenses, si légères me fascinent.  C’est peut être le physicien qui parle mais certainement le photographe.  Peu de gens regardent vraiment.  Et c’est là que vient le rôle de l’artiste, peintre ou photographe, poète ou écrivain, capable de fixer les images avec des mots.

D’autre part, je vis un moment difficile pour des raisons administratives.  Je suis toujours un étranger, un numéro dans un « château » administratif un peu kafkaïen : personne n’est intéressé de voir qui est ce numéro, ce qu’il fait, si il a travaillé ici pendant un bon moment.  Cela m’affecte,mais je ne suis pas le seul dans le cas !

Ce sentiment d’« amour-désamour » que je ressens pour la ville est très spécial.

J’aimerais pouvoir retourner en Italie ou j’espère pouvoir faire mon travail de photographe, mais je ne sais pas quand, ni même si ce sera possible.  Bruxelles est une partie importante de mon parcours.

En vivant ici, quelle est ta contribution à l’ensemble ?

Avant tout, une contribution personnelle : être correct envers moi-même et mon entourage, pour vivre bien avec le reste de la société, sans créer de conflits.  J’ai ma culture mais elle s’est élargie avec les cultures des divers pays où j’ai vécu.  J’aime autant partager un peu de ma culture que de m’enrichir des autres.

Ensuite, ma contribution par la photo, l’art en général.  Faire progresser et partager ma passion avec les gens, montrer ce que je fais.  J’aimerais exposer mon travail partout, dans des endroits très différents : galeries, restaurants, grandes ou petites salles.

J’aimerais aussi ne pas perdre l’expérience que j’ai auprès des Institutions européennes et les études faites.  Cependant, je me rends compte que c’est un travail un peu éloigné de la société où je vis.  Alors que la photo a un impact plus direct.

Michel Hair Fashion, rue van Artevelde,

Le dernier des Mohicans … qui ne mâche pas ses mots !!!

Un regard sans concessions !

Nous connaissons le coiffeur, mais qui est l’homme ?

Je suis d’origine tunisienne.  Je suis arrivé seul, livré à moi-même,  le 31 mai 1969.  J’ai toujours habité le quartier.  J’ai vécu un moment Chaussée de Wavre, puis au 72 avenue des Chartreux.   Je louais la chambre la moins chère : 1400fb à l’époque : personne n’en voulait parce que le tram passait dans la rue et faisait trembler toute la maison !

J’avais 18 ans et demi.  J’étais inscrit à l’Ecole de Coiffure d’Ixelles, rue du Trône.  Je suis venu pour un stage.  A ce moment-là, c’était plus facile.  Il n’y avait pas autant de démarches administratives comme aujourd’hui.  Le stage durait un an mais j’avais la possibilité de le prolonger  de 6 mois.  Je travaillais rue du Pont Neuf chez le coiffeur Mario qui n’existe plus aujourd’hui.  A l’époque, le boulevard Anspach était superbe.  Il y a avait des grands magasins comme Tits, Hamelot,  les Jackson, la haute couture française, …

Parlez-nous de votre carrière !

J’ai eu le bonheur de coiffer pas mal de gens comme Cudell, le père Simonet.  Ils venaient tous chercher leurs costumes chez Mr Tits qui était le président de la Chambre de Commerce.

Quand ils arrivaient au salon, ils voulaient toujours que je les coiffe.  On était dans le quartier de « la Dernière Heure », du « Het Et je lui explique mon cas.  Là-dessus, il me dit : « Mais enfin !  La Belgique ne peut pas se passer d’un talent pareil !!!  Il faut absolument que vous restiez ! ».   A l’époque, les politiciens pouvaient beaucoup.  Aujourd’hui,  ils sont surveillés par les médias, etc, …  Ils n’ont plus le même pouvoir pour aider les gens.  Il a écrit à son copain, Ministre du Travail, et au bout de quelques semaines, j’ai reçu mon permis B.  A l’époque, il fallait rester 3 ans chez le même patron pour avoir le permis A qui permettait de changer de métier. 

Grâce à cela, je suis resté.  J’ai continué l’école.  Ensuite, j’ai travaillé pendant 17 ans chez Men’s Coiff, rue de la Vierge Noire. Après quoi, je me suis installé rue des Poissonniers dans l’ancienne boucherie.  Tout le bloc de l’Îlot Bourse qui appartenait à la famille Delyck a été vendu à une société anversoise.  Ils nous ont invités à partir.  Ce que j’ai refusé car cela ne faisait que quelques mois que j’étais là.  Au départ, j’étais seul à résister.    Le dernier des Mohicans !  Par la suite, Adel s’est joint à moi (Restaurant de la Bourse –  Voir Carillon n°9).  Avec l’aide du Beursschouburg, du BRAL, nous avons entamé une procédure judiciaire.  Tout a été très médiatisé.  TV Brussel est même venu.   On a fait pas mal d’interventions et nous avons eu gain de cause et gagné tous nos procès.

Entre temps, l’îlot a été vendu plusieurs fois.  Il a été finalement acheté par City Hôtel.  Des gens extrêmement compétents, très professionnels. Il ne restait plus que Adel et moi.

Finalement, l’îlot a été vendu à Vangasteel Invest.  Mais nous avons perdu le procès contre eux et nous nous sommes installés ailleurs.  J’étais persuadé que nous ne pouvions pas perdre car un jugement de loi avait été prononcé.  Ils ont fait  beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas faire !  C’est Merkir (à qui j’en veux toujours) qui  a autorisé tout cela !  On n’a pas respecté le plan d’affectation des sols.  Nous avons été « arrangés » devant le tribunal du Commerce.

Il n’y a plus de vie dans ce coin maintenant.    Mayeur aurait mieux fait de commencer par réhabiliter le tronçon Rogier-De Brouckère pour relancer l’économie dans ce coin : des bâtiments entiers et des magasins sont vides, c’est lugubre.   Le quartier va être livré au vandalisme et à la dégradation, …

Il a des choses que j’ai vraiment du mal à accepter quand on voit l’évolution du quartier.

Mais quand c’est décidé, c’est comme ça !  On ne revient pas en arrière.  Pourquoi nous inviter à des discussions pour agir comme  cela ?  Mayeur a promis des parkings : on ne les voit pas.   De la sécurité : il n’y en pas.  De la propreté : il n’y en n’a pas.  Un arbre ou des fleurs sur le boulevard : il n’y en a pas !  Les transports en communs ont-ils été vraiment été pensés ?  Non !  Il n’y a rien.  Cà va être le chaos!  Il a une vision tout à fait différente de celle des commerçants.

Il pense « touristes ».  Mais qui paye les taxes régionales, fédérales,  provinciales et communales ? Plus la taxe de solidarité!  Les touristes ou les locaux ?  C’est normal de payer des taxes mais on n’en voit pas les fruits ! 

J’ai des clients qui viennent de Londerzeel,  Wolvertem,  Gand, Aloost, Asse, Zellik , Dilbeek, Anderlecht.  Mais c’est très très difficile d’arriver jusqu’ici !  Cela veut dire que les gens vont éviter d’entrer dans BXL et donc aller ailleurs.   Tous les sens giratoires changent, le piétonnier s’installe.  D’accord, il faut donner la place aux vélos  mais aussi aux voitures.

Imaginez : tu vas  à la Maison du Monde et  tu achètes un abat-jour : comment tu vas le transporter ? En métro??  Et les  6 bouteilles d’eau que ta femme te demande ??? Tout le monde n’a pas un accès facile.   On va mettre trois fois plus de temps pour venir au boulot.   Ce n’est pas encore grave.  Mais les gens qui veulent venir se faire coiffer chez nous, comment ils vont faire ?  Et les commerçants autour ?  On ne sait plus se garer nulle part.  Les taxis sont coupés dans leurs trajets !  On nous a  demandé de voter et les trois quart des gens ont dit non !  On ne sait pas parler avec ces gens-là ! 

Qu’espérez-vous pour l’avenir de votre quartier ?

Un peu plus d’hygiène avant toute chose.  Il  faut punir les gens fautifs!  500€ si on ne sort pas les poubelles le bon jour ! Ensuite, la sécurité.  Il n’y a pas assez de policiers.  La police n’a pas les moyens suffisants.  Aussi, planter un peu plus d’arbres en ville.  Et enfin faire en sorte que les gens puissent venir en ville, y vivre,  donner l’envie de venir à Bruxelles !  Et pas seulement à vélo !

Il y en a qui disent : « Oui mais à Bordeaux on l’a fait ! ».  Ok!  Mais à Bordeaux, il y a 300 jours de soleil sur 365 !  Tout le monde a envie de prendre son vélo.  Ici c’est 300 jours de pluie et 65 de beau temps !  J’ai quelques politiciens qui viennent ici !  Je deviens fou à parler avec eux !  On compare l’incomparable ! 

Il est clair que si ça ne va pas, on va se réunir et aller au Conseil d’Etat pour enlever tout cela !

Si les gens n’ont plus accès à nous, comment on va faire?  J’ai fait des sacrifices dans ma vie pour avoir la clientèle que j’ai : je suis coiffeur attitré des Diables Rouges, j’ai tout fait pour avoir une bonne conduite.  On peut être ami et pas d’accord sur un problème.  C’est ça qu’il y a eu.  Je ne veux pas de mal à Y. Mayeur, mais il a agi, sans tenir compte de la concertation.  Je n’ai rien contre l’homme mais je ne suis pas d’accord avec sa politique.  Il faut être à l’écoute.  On doit construire la ville ensemble.  On devrait pouvoir parler d’homme à homme, en mettant la politique de côté et mettre tous les points sur la table et m’expliquer le pourquoi des décisions prises !

A bon entendeur…

Pourquoi vous avez choisi ce métier ?

J’ai fait des études d’architecture d’intérieur, à Saint Luc à Gand.  Je ne voulais pas faire des études universitaires, être tout le temps dans les livres.  J’ai grandi dans un magasin.  Ma mère vendait de la peinture, du papier peint, des produits de droguerie et mon père était peintre.  Il allait chez les clients.  J’ai toujours travaillé avec elle : petite, je rangeais les étagères, plus tard, je servais les clients.  J’ai toujours aimé la réalité de tous les jours.

Quand j’ai fini mes études, je suis allée à Paris apprendre le français.  J’y ai travaillé dans 2 bureaux d’architecture pendant 6 ans dont 3 au Louvre.   L’architecte qui m’employait réaménageait une aile du musée.  Là, j’ai été en contact avec de belles choses : matériaux, meubles anciens.  Cela m’a donné envie de continuer à travailler avec des choses « existantes » plutôt que d’en inventer  de nouvelles.  Les objets anciens peuvent nous apprendre beaucoup : matériaux,  typologies, couleurs, proportions.  J’avais de nouveau envie de travailler avec les mains, d’avoir les matériaux en main,  plutôt que de passer beaucoup de temps dans la paperasse, les réunions, … Je n’aime pas tout cela !  J’aime le contact et le travail direct avec l’objet et avec le client.  A Paris, j’ai donc suivi un cours privé de restauration de mobilier.

Je vois des meubles,  un immense encadrement sur votre établi, …

La plupart du temps, c’est du travail de restauration du bois.  Du mobilier surtout, mais cela peut aussi être un morceau de sculpture cassé ou un présentoir pour une exposition. Pour les encadrements, il y a la structure elle-même, mais également la dorure.  Je me suis formée à la dorure à la feuille d’or.  On peut aussi parler de réparation, comme recoller un pied qui a lâché. Certains restaurateurs ne veulent pas utiliser le mot mais parfois, ce n’est pas plus compliqué que cela !  D’autre fois, c’est un problème de construction à renforcer et il faut être créatif pour trouver une solution esthétique.  Ensuite,  il y a la finition : couleur, cire, vernis, poli à l’ancienne…  Il faut trouver l’aspect conforme à la partie existante. J’adore faire cela : chercher la bonne couleur, matière, texture, brillance !

Je vous ai vue restaurer un encadrement.  Le travail semblait parfait alors que pour vous ce n’était pas encore au point ! 

C’est dans le « finishing touch », les derniers détails, que le plaisir est total !  Cela se passe entre l’objet et moi !  La base doit y être mais pour moi, tout est dans le détail. 

Un jour, je parlais avec un garçon qui est dans la rénovation de façades en stuc.  Les maisons sont souvent très hautes.  Le client ne va jamais voir s’il y a un défaut près des corniches à 18 m du sol !   Pour moi çà doit être bon là-haut aussi ! disait-il.  Pour moi c’est pareil.  Si le client n’a pas les moyens de voir la différence,  quelqu’un d’autre le verra peut-être : son voisin, un membre de la famille.  Et je crois que c’est ma publicité.  Je ne fais pas exprès (grand éclat de rire !) !

Pourquoi votre atelier s’appelle « Le cabinet » ?

Un cabinet c’est plusieurs choses : un meuble, un espace, ou encore un groupe de personnes.  Il y a aussi un côté un peu « médical ». Ici on vient avec un « malade ».  Il faut faire de la chirurgie esthétique ou une vraie opération, donner des soins.  Il y a également le cabinet des curiosités, comme  les cabinets anversois anciens dans lesquels on collectionnait les objets précieux ramenés de voyage.   On étalait ainsi ses richesses quand on invitait des gens, fiers de ce que l’on avait !  Pronkmeubel  en néerlandais.  

Je voulais un lieu où on peut à la fois travailler et montrer, un « workshop ».  C’est une idée ancienne. Mon grand-père menuisier parlait de son  « werkwinkel » il y a certainement 80 ans !  A l’époque tout le monde disait cela !  Pour moi, il y a une énorme dynamique entre le côté « travailler » et « montrer ».  J’aime qu’on me voit travailler.  Pas devant la vitrine, mais pour que l’on sache que la pièce ne vient pas tout d’un coup de derrière un rideau, sans savoir qui l’a restaurée.  Je trouve cela très important.

Pourquoi avoir choisi ce quartier ?

Je suis grandi à Ettelgem, à 12 km d’Ostende où je suis née et où j’ai fait mes humanités. Après 4 ans à Gand et 6 à Paris, je suis venue à Bruxelles pour 3 mois, à Schaerbeek, en 1994.  J’ai tout de suite senti que je voulais rester plus longtemps !  A Paris, j’étais entourée de personnes de toutes sortes de nationalités et j’ai retrouvé cela à Bruxelles.   Autre chose très importante, quand je suis arrivée à Bruxelles, j’ai rencontré mon mari dans le quartier, au Beursschouwburg.  Nous avons loué un appartement au Quai au Foin et après au bd d’Ypres.  Après 15 ans à Laeken, nous sommes maintenant revenus en ville car tous les deux nous aimons la mixité.  Ce que j’aime dans ce quartier c’est qu’on y habite, on y sort, on y travaille, il ya des touristes, des jeunes, des écoles, des personnes âgées, …   Ceci est important pour mon travail aussi.  Je n’ai pas envie de travailler pour une élite.  J’aime le mélange et j’apprends de tous, de toutes les origines, …  

Votre regard sur le quartier depuis que vous y êtes ?

Les choses s’améliorent, et cela se voit.  Déjà rien qu’ici devant nous, il y a 3 chantiers de rénovation de maisons.  Cela bouge, les réactions sont positives.  Mais c’est toujours à soi-même de faire l’effort et d’essayer d’être bien avec ce que l’on fait.  Certains disent qu’il n’y a pas assez d’événements dans la rue.  Il faut bouger un peu soi-même !

Qu’est-ce que vous aimeriez apporter au quartier ?

Je dirais un service, comme un cordonnier : certaines chaussures sont moins belles ou moins bien faites, c’est à moi d’expliquer au client quoi faire et pourquoi, trouver un compromis entre 2 solutions !  D’autre part, je n’habite pas dans la rue et donc  je ne connais pas les nuisances de bruit la nuit par exemple.  Un jour, j’ai mis un petit pot de fleurs pour le planter le lendemain… mais le lendemain matin, il était parti !  J’avais également planté une vigne contre la façade.  Elle est restée 5 jours.   Maintenant la ville a posé une grille et une voisine m’a apporté un houblon et un chèvrefeuille ! Il faut rester vigilant, être curieux sans être naïf ! Je peux ainsi apporter un esprit positif. 

Qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans la vie ?

Je pense pouvoir dire « l’équilibre ».  On ne peut pas toujours être belle ou être dans le bon.  Il faut tout mettre dans la balance  et être curieux tous les jours.  Ne pas trop attendre, et quand on le peut, profiter de ce qui se présente.  J’ai la chance de travailler seule et je peux me permettre de travailler à l’aise, de décider au fur et à mesure ce que je fais.  Quand je travaille et que je suis bloquée, je prends un autre objet, de manière naturelle.  J’aime aller voir des expositions car ainsi je peux profiter de tout ! Des caractéristiques et des idées des autres, de la richesse de ce que la vie nous donne.

Michel Smeesters et son épouse, un couple dynamique, créatif et attachant, des projets plein la tête. Ils aiment  leur quartier. Ils s’investissent y rendre la vie plus agréable !  Une aventure passionnante à découvrir à deux pas de chez nous !

Qui êtes-vous Mr Smeester !

Je suis un multinational.  Si on regarde  mon parcours et ma généalogie, je suis ce qu’on appelle un produit totalement « européen »…  Ceci dit, ça n’empêche pas que je suis bien né  de deux parents bien belges.  Si on remonte un tout petit peu – et pas de beaucoup – là on s’aperçoit que je le suis déjà beaucoup moins ! (…)

D’abord un restaurant … ensuite, le pari fou du Welcome

En  1988, j’ai repris la succession du restaurant. (…).  En 90, on a transformé les 6 petites chambres avec des salles de bain.  On s’est rendu compte qu’il y a avait une attente à Bruxelles qui est devenue  une plaque tournante européenne,  une ville de congrès.  Il  faut dire que les autorités ont développé les choses de façon remarquable : quand quelque chose est bien fait, il faut dire aux politiques : « bravo, vous êtes dans la bonne ligne ! » (…)

Du plus petit hôtel de Bruxelles au tour du monde en … chambre !

Au départ, l’idée était bonne : être le plus petit hôtel de Bruxelles, c’était génial ! (…)  A partir de ce moment- là, je me suis dit que nous pouvions être quelque chose de plus que le plus petit hôtel de Bruxelles : quelque chose comme un « unic hotel » ou « funny hotel ».  Nous cherchons encore toujours la bonne formule ! (…)

Nous partions – ma femme et moi – pratiquement qu’avec un sac à dos : nous avons ramené énormément de trucs d’un peu partout,(…).  Nous avons alors décidé de mettre tous ces objets dans les chambres et de proposer un tour du monde dans un hôtel !  Tout simplement !  C’est un truc barjo, un peu original ! (…)

Le défi incroyable : 2 étages de l’hôtel amenés par … camion avec la technique du légo !

Nous avions 6 chambres avec l’espoir de doubler, voire tripler leur nombre (…)  La ville de Bruxelles m’a laissé faire mais à 1 condition : tout construire en un « one shot », et rien que le samedi,  pas en semaine, sinon vous allez boucher toute la circulation dans le quartier.  Et en plus, il ne fallait pas faire de bruit !  Donc construire de manière « classique » était exclu.  Par conséquent, les 2 étages de l’hôtel ont été construits à Gand par société flamande. On les a amenés en camion et montés en un jour ! (…)

On a construit ces deux étages intégralement : les blocs arrivaient complètement finis, avec les salles de bain où tout était collé : carrelages, miroirs,…! (…)

Un hôtel « écologique » ! avec un projet en cours !

De plus,  aujourd’hui nous sommes entrés dans une phase verte.  l’hôtel s’inscrit dans un contexte d’hôtel « green key » (…) : nous produisons notre électricité à plus de 60 pour cent de nos besoins.  (je suis le seul hôtel à le faire à ce niveau), nous plantons 10 arbres à Madagascar chaque fois qu’un client vient.  Nous ne nous contentons pas de montrer le monde à travers nos chambres : nous le préservons aussi.  Petit pas par petit pas… (…)

Il nous reste un projet en cours : je me suis dit : « Pourquoi tu n’as pas fait une chambre belge, surréaliste ? ».  Un peintre est en train d’en réaliser la déco. (…).Elle sera bientôt prête !

Vous êtes également un acteur du quartier !

Au milieu de tous ces projets, je me suis un peu impliqué dans la vie de quartier, en apportant mon soutien et une aide autant que possible, Tout bouge énormément dans le quartier : les petites rues voisines sont en train de se reconstruire.  Et pour venir en voiture, cela devient difficile.   J’ai deux reproches à faire à la ville de Bruxelles.

Le premier … concerne le trafic. Il n’y a pas deux fois plus de voitures mais deux fois plus de difficultés  pour arriver au centre ville.

Et le second, … les boîtes de nuit !  (…).  Je ne suis pas seulement un « exploitant commerçant », je suis aussi un citoyen.  J’habite dans ma commune et dormir dans ma ville aujourd’hui est un enfer, en tout cas pour la place Ste Catherine. (…)

Maintenant, mon coup de chapeau à la Ville !

Le travail de rénovation de la place a été fait de façon remarquable (…).  Je ne manque pas de dire à nos politiques où il y a un problème et où on peut beaucoup mieux faire!  Mais je leur tire mon chapeau pour avoir redonné à la ville un très beau visage ! Quand on compare avec le passé, le travail accompli est valable, il faut être juste.

Bonjour Adel !  Tout ce que je connais de vous, c’est : Adel et « Le restaurant de la Bourse ».

Et si nous  faisions plus ample connaissance !

Je suis d’origine tunisienne.  Je suis arrivé à Bruxelles dans les années 70.  Mon père travaillait au « Restaurant de la Bourse »  à la Bourse même.   Il s’est présenté un jour, avec son petit sac et il a demandé s’il pouvait travailler ?  Il a été pris et il n’a plus bougé de là !

A l’âge de 13 ans, j’ai commencé à apprendre le métier avec lui après l’école, ce qui lui tenait à cœur.  Ensuite, j’ai continué à travailler avec lui.  Il a eu des moments « bas », d’autres plus hauts.  C’est ainsi qu’il a fait son chemin dans ce restaurant.

Malheureusement, dans les années 80, il y a eu de grosses spéculations à Bruxelles.  L’immeuble où se trouvait le restaurant a été racheté.  Il y a eu projet sur projet pour le réaménagement.  Nous avons dû nous battre pour rester sur place.  Mais au bout du compte, nous avons quand même dû quitter les lieux.

La situation n’a pas été simple à ce moment-là ?

Nous étions restés 2 commerçants dans l’îlot qui est devenu aujourd’hui l’ensemble de l’hôtel Marriott.  Michel, le coiffeur, qui est maintenant installé sur le coin de la rue Van Artevelde et moi.Nous avons essayé de tenir le plus longtemps possible.  Des Comités de quartiers nous ont rejoints et soutenus, Beurschouburg, Pied de biche, BRAL, Inter Environnement, et aussi les habitants du quartier, etc.

Nous voulions éviter que ce bâtiment ne soit démoli car le  premier projet, c’était la démolition complète pour reconstruire 360 chambres d’hôtels et 60 flathotel !  Heureusement que tous les acteurs et  la Ville ont tenu bon !

Vous avez fait de la résistance pendant combien d’années ?

Une bonne dizaine d’années  pendant lesquelles nous sommes vraiment restés ensemble, avec des actions chaque année, le 12 janvier, date anniversaire de la première action.

A l’époque ce n’était pas seulement l’îlot de la Bourse qui était en danger.  Beaucoup d’îlots ont abandonnés car les habitants ont été chassés par une spéculation immobilière féroce en laissant les immeubles abandonnés pour pouvoir les détruire et reconstruire. Et Bruxelles s’est  vraiment « désertifiée ».  Il a fallu un bout de temps avant que des projets reprennent vie.

En ce qui me concerne, c’est le groupe City Hôtel qui a repris le projet, mais en maintenant les façades.  Ces gens nous entendus.  Ils ont sauvés les belles façades.  Ils ont remis des appartements dans le projet de réaménagement – une soixantaine – avec des commerces tout autour de l’îlot, et évidemment le Marriott qui a remplacé l’ancien Hôtel Central.  (…)

Quand on prend du recul et qu’on regarde l’hôtel aujourd’hui, c’est magnifique !  Vous vous rendez-compte : détruire un tel immeuble, avec les appartements et les petits commerces !!!  C’est formidable de l’avoir sauvé !

Heureusement que vous étiez là !!Vous avez ouvert le chemin !  Vous êtes une sorte de « chevalier éclaireur » !

Un jour, un journal a dit que nous étions Astérix et Obélix, Michel le coiffeur et moi !  Nous étions les derniers à résister dans le petit « village » !  Et Michel s’est aussi fort investi dans cette résistance !  On s’est battu avec nos avocats qui étaient aussi des gens formidables.  Ils étaient plus des amis que des avocats.  Ils se sont vraiment battus avec nous.  Des gens qui ont aussi l’amour de Bruxelles, du patrimoine bruxellois et des gens !

Vous êtes vraiment un amoureux du patrimoine bruxellois !  Et un fervent défenseur !

Pour moi, Bruxelles, c’est ma vie !  Autant je suis content de partir deux ou trois semaines pour me reposer un peu en Tunisie autant je suis content de revenir pour retrouver ma vie quotidienne !

La rue de Flandres, c’est pour moi mon petit village !

Heureusement qu’il y a eu un Tunisien pour défendre le patrimoine bruxellois !

Je suis « moitié moitié » : je me sens Tunisien ET Belge !  Je me sens « être humain » !  Tunisien, Belge ou Français, ce qui compte, c’est vivre ensemble !  L’amour de l’autre, comprendre l’autre, parler avec l’autre, c’est une richesse !  Plus de haine, plus de différences.  J’ai découvert cela depuis quelques années.  Je me suis dit : « Non d’une tarte ! On est bien.  On a la chance extraordinaire de vivre ici.  La vie est belle ! ».

Elle est belle ou bien on peut la rendre belle ?

Elle est belle et on peut la rendre encore plus belle !  C’est simple : un bonjour, s’intéresser à l’autre.  Le mercredi, quand le restaurant est fermé, je mets ma petite table dehors, je prends mon petit café, je parle avec les gens.  C’est ça la richesse.  Bien sûr on doit vivre, on doit gagner sa vie.  Mais il n’y a pas que cela.  La petite richesse, c’est de pouvoir s’assoir, d’accueillir les gens, là simplement dehors.  On n’a pas besoin de plus.  Et quand je veux aller en ville, je vais … place Sainte Catherine !!  (dit-il avec un grand éclat de rire !).  Je fais mon tour jusqu’à la Bourse.  J’ai mon petit village et ma ville juste à côté. (…)  J’aime tout.  Mon quartier est magnifique !  Les gens, les maisons, le bruit ambiant, les gens qui sont heureux, qui discutent ensemble, avocats, médecins, ouvriers,  quelle que soit la couleur de peau, la croyance ou autre chose : on se retrouve tous, entre « êtres humains »

Vous me faites pensez à un merveilleux philosophe que j’aime beaucoup, qui s’appelle Socrate et qui se considérait « Citoyen du monde » !

Oui, voilà, c’est ça ! Citoyen du monde !  Ça n’a pas d’importance d’où tu viens.  Quand tu te coupes, c’est du sang qui coule ! Pour tout le monde !  Quand ça fait mail, on a tous mal pareil.

(…) Je crois qu’on ne se rend pas compte : il faudrait perdre ce que l’on a pour se rendre compte.  A Bruxelles, on a vraiment beaucoup de chance !  Pour moi, c’est un exemple pour beaucoup de pays : une ville où on peut vivre ensemble. (…)

Pour conclure Adel, qu’aimeriez-vous voir de mieux dans votre quartier ?

Ecoutez : moi je ne vois que du bien.  Je souhaite que tout continue comme ça !  Tout se passe bien.  Il y a bien sûr des petits trucs qui ne vont pas.  Mais on les règles par la discussion.  Tout le monde s’écoute et on essaye de trouver des solutions ensemble et on trouve toujours.  Parfois ça ne convient pas à tout le monde, mais c’est ça aussi vivre ensemble : accepter sans se rendre malade !  Il faut se lever et sourire.  La vie est beaucoup trop courte pour s’en faire !  Il faut vivre la vie « sport », ouvrir son cœur.  Une fois qu’on a eu le déclic, tu comprends.  Quand tu dis toujours « Moi Moi » ça ne va pas !  Il faut regarder l’autre, quel qu’il soit.  Avoir l’amour de l’autre !  Tout le monde a le droit de vivre ! Alors tout va bien !  On n’a pas besoin de plus.Ici, avant d’être un restaurant, c’était mon salon !  Je suis ici chez moi et je reçois mes amis chez moi !

Et pour conclure, un merveilleux éclat de rire, chaleureux et très humain !

L’Herboristerie DESMECHT, une histoire de famille !  

Dites-nous tout Mr Desmecht !

Cette histoire commence même avant la famille. C’est une histoire « d’indépendants » au départ.  Il y avait ici 2 magasins.  La Maison Fuhr, qui était un magasin de diététique avant la lettre.  En 1897, à côté, on a ouvert la droguerie Verlinden.  Mes parents arrivent après la deuxième guerre mondiale.  Mon père reprend la droguerie.  Les droguistes en fait, étaient les herboristes de l’époque.  Ils vendaient à la fois les produits chimiques d’entretien et les plantes.  Petit à petit, les fonctions ont été scindées.  Les pharmaciens ont repris la partie « plantes » et ils ont commencé à se spécialiser pour la médecine. Au fil du temps, l’herboristerie a commencé à se développer de manière « scientifique » et aujourd’hui la science confirme à 99% ce que le gens connaissaient il y a bien longtemps par expérience, des associations qu’on ne sait pas encore améliorer à l’heure actuelle.

Mon père a donc repris la droguerie Verlinden où il a travaillé.  Dans les années 70, nous avons aussi repris le magasin diététique où ma maman travaillait.  Ici (ndlr : les locaux actuels de l’herboristerie) le magasin était plus petit.  On vendait des aliments de diététique et tout ce qui est oriental : nourriture chinoise, …  Il y a une quinzaine d’années, nous avons fermé la droguerie et mon père a pris sa retraite.Et quelque part, j’étais content car je préférais les produits naturels.  J’ai fait des études de naturopathe.  Je suis « Heilpraktiker ».  C’est un diplôme allemand.

Nous avons développé les plantes et mes idées sur les plantes: comment mettre à la disposition des gens de la ville des produits naturels dans un contexte sérieux ! 

Notre slogan est « natural solutions » : donner des solutions naturelles avec l’idée qu’il faut que cela marche !!!

Notre recherche est axée là-dessus: quand on vend quelque chose, cela doit donner des résultats.

Beaucoup de gens pensent et disent que les plantes, ça ne marche pas !  Nous voulons qu’il y ait des résultats.  Nous avons des dizaines de médecins et de pharmaciens qui sont clients chez nous justement parce que nous sommes sérieux.  Les médecins nous envoient des clients, les pharmaciens aussi.  Ce n’est pas notre créneau principal car ils restent souvent dans leur monde « pharma-médecin ».  Il faut aussi dire que fort heureusement, beaucoup de pharmaciens ont aussi développé les plant es dans leurs officines, et la cosmétique naturelle, etc. Mais notre caractéristique est d’avoir une approche tout à fait naturelle et holistique (1).  C’est ce qui fait la différence.Ici, nous avons un laboratoire avec une production propre : pommades, certains produits cosmétiques, mélanges de plantes,… 

Comme on a toujours vendu les plantes dans la droguerie, il nous reste d’anciens manuscrits d’origine où l’on trouve encore tous les vieilles recettes. Nous restons bien sûr toujours dans l’alimentaire. Au fil du temps, les lois ont évolué.  Les plantes ne sont plus considérées comme médicaments mais elles sont tolérées comme compléments alimentaires.  Mais la ligne entre les deux n’est pas très précise.  Où s’arrête le médicament, où commence l’alicament comme on dit maintenant, ou la nourriture proprement dite ?  C’est une zone un peu floue.

Comment pourriez-vous définir cette limite ?

Pour ma part, la limite, c’est la toxicité qui détermine ce qui est autorisé.  Le premier principe c’est de ne pas nuire ! Nous ne faisons que ce qui est autorisé.  Ce que nous vendons est agréé par le Ministère comme aliment : vitamines, minéraux, plantes.  Il existe des listes positives de choses que nous pouvons vendre et des listes de produits qu’on ne peut plus vendre car trop toxiques.

Ce que nous donnons à nos clients, c’est la connaissance que nous avons.  Quand vous venez chez nous, nous sommes capables de dire le vrai et souligner le faux.  Nous savons jusqu’où nous pouvons aller.  Il y a des gens qui viennent chez nous en disant : j’ai une maladie grave.  Notre réponse est claire : ne vous faites pas d’illusions...  Nous expliquons bien les dangers des médecines naturelles : on peut utiliser des remèdes naturels mais il ne faut pas perdre du temps précieux car la maladie peut évoluer et s’aggraver.  Nous essayons de conseiller les gens de la manière la plus sérieuse possible. Sans être trop commercial.

Vendre oui, mais avec éthique !

D’autre part,Il est clair que nous sommes aussi des commerçants.  Nous ne sommes pas une asbl.  Nous nous inscrivons cependant dans la lignée du commerçant « ancien », avec éthique tout en voulant quand même gagner notre vie.  Cela ne nous empêche pas de dire – comme les pharmaciens d’ailleurs : nous ne vendons pas tel type de produit, vous pouvez trouver une meilleure réponse ailleurs.  Nous conseillons également aux clients d’aller en pharmacie où ils auront un remède beaucoup plus efficace car nous n’avons pas chez nous la réponse pour le problème qu’ils présentent. Mais il est clair que nous savons faire beaucoup de choses.  Nous ne sommes pas du tout contre les médicaments.  Je pense qu’il y a une synergie entre les deux.  Tout dépend du cas.  Mais je suis convaincu que la première chose à faire est de soigner d’abord de façon naturelle et de prévenir au lieu de guérir.  Et si ça ne marche pas, on va voir plus loin.

Qu’aimez-vous le plus dans votre métier ?

J’aime la variété des approches.  En fait, nous touchons à tout : à la vie elle-même, parfois à des choses graves.  Nous voyons les gens comme ils sont, dans leur souffrance.  En général, l’action est préventive pour rester en bonne santé.Nous regroupons beaucoup de compétences.  Ma fille et mon gendre ont fait Solvay, une psychologue travaille ici aussi, des biologistes, nutritionnistes,… mais tout le monde est herboriste.  On essaye de faire une approche scientifique mais avec nos propres idées : comment fonctionne le corps, …On suit le double regard comme le disent les Indiens (Lakota Sioux): « MetakuyeOyasin » qui veut dire que tout est lié et interconnecté.  C’est mon approche.  Il faut penser plus loin qu’on ne voit !  On regarde le problème que l’on traite avec des plantes, des produits actifs, mais aussi avec des nutriments. On fait toujours deux choses : nourrir le corps et donner des produits actifs pour diriger le corps dans une direction.  Par exemple, si vous venez pour de l’arthrose, il faut voir l’ensemble, conseiller de la kiné le cas échéant.  Par ailleurs, les symptômes sont aussi souvent l’expression d’un terrain déficient.  Il faut regarder plus loin.  Et toujours réfléchir deux fois, une fois d’un côté, une fois de l’autre.  La dualité en toute chose ! Il est fondamental de regarder toujours plus loin, de réfléchir.

Nous sommes également une entreprise, nous devons gérer aussi le côté économique et pouvoir gagner notre vie.  Ce n’est pas toujours facile car nous faisons un métier du Moyen Age qui demande beaucoup de personnel mais avec les contraintes du monde d’aujourd’hui !

Il n’en reste pas moins que c’est un métier passionnant, complet et très riche que nous voulons pratiquer avec éthique.

(1)Du grec holos,  » le tout « , ce terme désigne toutes les approches de la vie, ou toutes les techniques thérapeutiques qui prennent en compte la globalité de l’individu. Par exemple, une vision holistique de l’être humain tient compte de ses dimensions physique, mentale, émotionnelle, familiale, sociale, culturelle, spirituelle.

http://www.psychologies.com