Des personnages qui font vivre le quartier

responsable de l’Atelier participatif Cyclo, rue de Flandre

Bonjour Luben ! Êtes-vous l’initiateur du projet « ATELIER CYCLO » ?

Non ! Pas du tout !

En fait, vous êtes Ici dans le premier atelier officiel de l’ASBL « CYCLO », une initiative dans l’économie sociale qui promeut le vélo à BXL via la technique vélo, le recyclage, la culture et l’innovation.  Cet endroit a été le tout premier créé par le coordinateur du projet initial à l’époque.

Quand je suis arrivé en 2004, nous étions plus ou moins 8 personnes pour la coordination, l’équipe engagée à temps plein, ainsi que le projet de formation à la technique cyclo qui existe depuis toujours.

En quoi consiste le travail de l’ASBL ?

 C’est un projet de formation pour des personnes qui ont peu d’acquis culturel, linguistique, de scolarisation, de culture du travail et de culture en général, et qui ont besoin de mettre un pied dans le métier en Belgique, de manière à pouvoir poursuivre un parcours professionnel.  Je suis entré dans CYCLO par ce principe-là.  Par la suite, j’ai été engagé et depuis ce moment, je suis là ! J’ai pu bénéficier du poste de Chef d’atelier.  Je me charge de faire fonctionner les différents lieux, car nous avons encore 8 autres ateliers, plus le bureau, plus des petites choses qui sont en collaboration avec le quartier.  Il n’y a pas que cet Atelier à BXL.  Ils fonctionnent tous simultanément.

Quelle est votre fonction actuelle dans l’Atelier ?

Quand je suis devenu chef d’atelier en 2005, je me suis occupé de différentes choses.  D’abord, de l’atelier de réparation.  J’ai toujours voulu donner aux gens la possibilité de réparer eux-mêmes, le « Do it Yourself » comme on dit !  Mais le gros du travail consistait en la réparation « pure » des vélos », les entretiens, l’accompagnement des stagiaires en formation, ainsi, bien sûr, que toute la logistique qui tourne autour !  Plus tard, sans entrer dans le détail, la coordination a changé. Le projet a grandit !  Il n’y a pas moins de 70/80 personnes qui.  La création d’emploi est un des buts de CYCLO, à travers la mobilité et le vélo bien sûr, au sein de CYCLO, mais aussi former les gens pour qu’ils puissent trouver du travail ailleurs, ou créer du travail eux-mêmes.  L’aspect d’accompagnement des stagiaires reste primordial.

L’Atelier Cyclo rue de Flandre a une spécificité propre ?

Depuis cette année, cet atelier est devenu un atelier participatif entièrement consacré au Do it Yourself.  Les gens viennent travailler ici eux-mêmes avec différentes options : si ils sont capables de se débrouiller seuls  pour réparer, ils peuvent profiter de toute l’infrastructure pour un tarif très bas: les pièces, l’outillage,…  Il y a également le système « accompagné » pour apporter de l’aide quand il y a des lacunes.  Là le tarif est un peu plus élevé.  Ensuite, il y a la formule d’apprentissage pur, c’est-à-dire pour des personnes qui n’ont aucune connaissance, avec des modules de cours du soir.  Vous pouvez vous rendre du notre site cyclo.org où vous trouverez la description complète et bien plus large de notre activité de ce que je peux dire ici.  Ce que nous proposons est énorme ! 

Vous pouvez développer ???

Notre but principal est de développer cette ville pour qu’elle soit meilleure !  C’est le grand « bénéfice » que nous recherchons. Nous sommes une ASBL.  Le but n’est pas lucratif !  Une ville meilleure avec plus d’outils pour une mobilité meilleure et durable, dans un esprit qui améliore la mobilité et la vie des gens !  Nous essayons de proposer cela dans tous les aspects.

L’atelier de réparation n’est que la partie visible de l’iceberg !  Beaucoup de gens travaillent dans de nombreuses directions : le développement des parkings vélo, le  travail avec les différents représentants du gouvernement pour améliorer l’infrastructure urbaine,  jusqu’au petit le tri et la récupération des écrous, ….  Au niveau conception, nous essayons de toucher à tous les aspects du développement du vélo. Mais notre but n’est pas de vendre des vélos.  Nous ne sommes pas en concurrence avec le monde du privé mais bien complémentaires.  Nous souhaitons que le monde privé continue, que les gens continuent à travailler, à gagner leur vie.  Le bénéfice n’est pas quelque chose de criminel !  Les gens doivent travailler.

Nous sommes limités au niveau des accessoires : nous avons de quoi dépanner un ou deux modèles avec des petites choses : un pneu, un phare, une sonnette.  On ne partira pas à pieds d’ici !

Si on veut du choix, des gammes, des catalogues, … on va diriger les gens vers le privé, de manière à travailler ensemble.

Ici, le but est que les gens travaillent eux-mêmes. Nous visons un développement « primaire »  pour donner cette richesse d’être indépendant, d’être plus forts, pas seulement en pédalant mais en acquérant la culture vélo ! Cela va de la biologie de l’homme qui est le « moteur » du vélo jusqu’à l’acier, le métal, le caoutchouc, ce qui constitue le vélo lui-même, son utilisation en milieu urbain, en voyage, en activité lucrative ou en sport extrême.  On arrive à aider un peu tout le monde !

Votre gamme d’action est très large !!!

Une autre chose que je souhaite mentionner : le grand dépôt de vélos trouvés.  On les publie des photos avec  description sur velosretrouves.be pendant 3 mois, de manière à permettre aux gens de les récupérer.  Dans le cas où ils ne le sont pas, ils sont réparés et revendus à des organismes d’utilité publique : écoles, maisons des jeunes, tous ceux qui ont besoin de se déplacer ou d’avoir une flotte de vélos.

Nous avons également un atelier mobile pour nous rendre dans les entreprises.  Bref, une fourmilière de fonctionnement ! C’est important pour les lecteurs de savoir qu’il y a beaucoup plus d’endroits qu’ici !!  Il est courant aussi que des gens qui viennent chez nous ne savent pas tout ce qu’il y a derrière Cyclo car on n’a pas toujours le temps de faire tout un discours ! L’important, c’est de s’occuper des gens et des vélos !  Je précise que je ne représente que l’Atelier Cyclo  de la rue de Flandre.  C’est très difficile de parler de tous les centres et de tous les projets en cours !!! 

Nous avons une responsable de la Communication, Caroline Demonck, que je vous invite à rencontrer car elle va avoir un discours encore plus correct et global que le mien ! (caroline@cyclo.org) . 

On offre de plus en plus de place au vélo dans la ville.  Avec votre expérience, que pensez-vous de ce qui pourrait se faire mieux !

Je ne vais pas inventer des choses car je ne suis pas ingénieur dans l’aménagement du territoire.  Mais il y a des exemples visibles, concrets chez nos voisins très proches : Hollande, Danemark, et tous les pays nordiques. Prenons donc exemple, et amenons cela dans un territoire qui est tout à fait roulant et aménageable pour le vélo !  Les bosses qu’il y a sont « courtes », 500 m, 1 km maximum. Cà avance, avec des choses qui se construisent mais avec notre « surréalisme » national, nous avons des pistes cyclables qui ne commencent nulle part et qui ne s’arrêtent nulle part ! Même peintes en rouge, avec des tas de lignes, ce ne sont pas de vraies pistes cyclables !  Une piste, c’est pour aller d’un point à un autre et pas de « nulle part » à « nulle part ». Il y a de la bonne volonté derrière.  Mais il y a un tel micmac administratif, des pouvoirs divers sur un même territoire que la prise de décision devient difficile.  On ne doit pas s’étonner que les choses aillent si lentement. Mobilité globale et durable avec vision globale !  C’est ce qu’il faut. Mais les choses avancent peu à peu !

Et que pensez-vous du quartier ?

C’est un quartier que j’aime depuis toujours.  Il évolue avec le temps.  Il s’urbanise de plus en plus, mais il reste toujours « bruxellois », un aspect que j’aime beaucoup.  J’ai toujours habité un peu partout, mais ici, cela reste mon deuxième quartier, et finalement c’est ici que je passe le plus de temps vu que j’y bosse !

Amoureux de son quartier

Un dynamisme fou,

Un grand savoir-faire au service de tous

Depuis combien de temps es-tu dans le quartier ?

De mémoire, je dirais 1992/1993

Pourquoi as-tu choisi ce quartier ?  Comment y es-tu arrivé?

Mon père avait repris un restaurant en 92/93 qui s’appelait« le Jardin de Catherine » à l’époque, qui est ensuite devenu « le Jaloa », et puis« La Brasserie Van Gogh ».  Cela fait un moment déjà : je dirais 2007 !  Après, il a eu « le Fourneau Ibérique » pendant 2 ans.  Ce restaurant a été ensuite repris par 2 autres personnes encore avant que cela devienne « le Kip Kot ».  Moi-même, je suis ici depuis 2006 avec le magasin.

Un magasin comme le tien avec une si belle vaisselle n’est pas si courant !  Comment t’es venue l’idée d’offrir cela au quartier ?

Je suis né dans un milieu de restaurateurs et j’ai fait des études de commerce.  J’ai travaillé dans l’import-export.  Avant le magasin, j’ai travaillé à l’étranger avant de revenir en Belgique avec 2 ou 3 idées.  Et j’ai donc lié ce que je connaissais de la restauration et l’import-export. Et le magasin est né !

D’autre part, tu es également fort investi dans le Comité de Quartier.  Comment es-tu arrivé à cette fonction ?

Je ne me considère pas « fort » investi.  Cela fait un an que j’ai avancé dans ce domaine parce que je trouvais qu’il y avait des choses à faire bouger, moderniser certaines choses dans le quartier, notamment par la création d’un site, afin d’avoir une meilleure visibilité.  J’étais venu avec quelques idées.  Marc Withofs, qui en était le président à ce moment-là, m’a accueilli les bras grands ouverts !!  On a lancé le projet et on continue à être assez actifs.

 Ici, c’est un quartier, c’est un village même, qui est riche d’histoire et qui, à mes yeux est « inexploité » !  Il y a énormément de touristes.  J’ai encore eu 2 touristes ce matin avant ton arrivée  qui me demandaient des infos parce qu’il n’y a rien pour les guider.  Il faut savoir que la Ville a toujours utilisé cette place comme lieu d’événements car c’est l’une des plus grandes de Bruxelles.  Je pense que la Ville n’a pas envie de s’encombrer avec des panneaux et préfère garder la zone dégagée!

Mais on va y arriver petit à petit car il y a de plus en plus de touristes !  Et l’une des raisons pour lesquelles je voulais aller dans le Comité, c’est pour faire découvrir ce quartier aux Bruxellois surtout !!  Je suis Bruxellois dans l’âme.  Je ne suis pas né ici-même.  Mais je suis né à seulement 500m à vol d’oiseau.  Je connais bien ce quartier que j’affectionne particulièrement et qui évolue bien !

Au niveau familial, vous êtes très intégré dans le lieu !

Oui !  On peut dire que c’est un petit peu mon territoire, même si j’ai grandi en dehors par après.  Mais je revenais toujours ici !  Je suis un Ket de Bruxelles ! (dans un grand éclat de rire !)

Tu es donc le Maître d’œuvre du site Stcath.be !

 (Ndlr – Site à consulter sans modération ! )

J’ai surtout donné la marche à suivre à une société qui a fait cela pour nous.  La Ville nous a aidé pour ce site parce que financièrement, c’est un gros budget.

Bien sûr il y a de petites erreurs.  Ce n’est jamais au top comme on le voudrait.  Ce n’est pas mon métier non plus.  On a fait ça du mieux qu’on pouvait.  On a voulu quelque chose qui soit intemporel parce qu’on ne voudrait pas devoir tout changer dans 5 ans.  Il y a des gens qui peuvent critiquer cela parce que ce n’est pas assez moderne à leurs yeux.  Nous, ce que nous voulons, c’est que ce soit un site qui reste et qui vive !

Nous avons expliqué le projet lors de la dernière réunion de quartier (1).  Maintenant, c’est principalement aux commerçants de le dynamiser. On a mis une voiture à disposition.  L’essence, c’est eux : maintenant, il faut maintenant que tout le monde se bouge un peu !!

Pourrais-tu évaluer le nombre d’heures que tu as investies dans ce projet ?

Infaisable !!!  Je sais que tout l’été dernier, je rentrais à la maison vers 19/20h.  Et je bossais jusqu’à 23h00 à collecter les données, etc, … Car – bien entendu – je ne les ai pas reçues de la part de 99, 99% des commerçants (dit-il avec un large sourire !).  Et donc, j’ai dû beaucoup bosser bénévolement.  C’est pour cela que maintenant, j’ai demandé que quelqu’un s’occupe de la Com. Parce que je n’ai plus le temps de faire ça !(2)

Tu as largement prouvé être impliqué dans la vie du quartier.  As-tu des souhaits particuliers pour son avenir ?  Quels sont tes rêves pour le quartier ?

Je suis un peu un utopiste dans l’âme !!! Je pense que le quartier pourrait se développer d’une très belle manière, que ce soit sur le plan écologique, ou encore dans l’interrelation entre habitants et commerçants.  A mes yeux, là où le bât blesse actuellement, c’est au niveau de la communication avec la Ville.  Il y en a une, bien sûr, mais elle n’est pas toujours évidente.  Les responsables de la Ville sont là pour une certaine durée alors que nous, nous sommes là pour très longtemps.  C’est le milieu politique qui veut cela : chacun souhaite marquer de son empreinte le peu de temps où il est présent.  Ils viennent chacun avec des idées qui – pour moi – ne sont pas toujours adaptées et qui sont souvent en retard avec la réalité du terrain.

On nous demande, à nous, de nous gérer en « bon père de famille », sous menace de faillite.  Et personnellement, je trouve que la Ville et les décisions qui sont prises ne le sont pas « en bon père de famille » !  Pour rester politiquement  correct, je vais dire çà comme ça (autre large sourire !).

Maintenant, voilà : je suis indépendant et le Bourgmestre est du PS.  Ce n’est pas pour autant qu’on ne s’entende pas ou que l’on ne se comprend pas.  C’est quelqu’un qui a des idées. 

 Mais tous restent des politiciens. Il faut voir dans tout cela ce que l’on peut « obtenir » !  C’est vraiment le mot clé !

Mon souhait est que les gens se sentent bien dans le quartier, que les Bruxellois se le réapproprient.  Il y a de plus en plus de touristes mais je trouve ça bien quand je vois des familles bruxelloises, avec des langues « mélangées », français, néerlandais, anglais, de voir des « nouveaux Bruxellois » qui se sont installés.  Cela amène une dimension « multiculturelle ».  Je trouve que le métissage culturel fait la richesse d’un peuple.  C’est important.

J’adore ton « image de marque » : une Fiat 500 jaune absolument craquante !!! D’où t’es venue l’idée ?

En fait, l’idée n’est pas de moi !  Elle est de mon père : via un des patrons du Latinide l’époque, un de ses amis italiens, il l’a faite venir de Naples.  Cela fait plus de 13 ans qu’elle est là.  On l’a faite restaurer et elle est devenue l’emblème du magasin.  Et les gens sont un peu inquiets quand elle n’est pas là !  Il y a peu, j’ai dû lui faire refaire tout le bas de caisse qui était complètement rouillé, et les gens venaient me voir en me disant : « Il paraît que vous fermez ??? », « Vous faites faillite ???? », « Vous l’avez vendue ??? » !  J’ai donc mis une  banderole avec sa photo pour rassurer le public.  Et j’étais content quand elle est revenue parce qu’une vieille dame, qui devait avoir dans les 80 ans, est venue dans le magasin et elle m’a dit : «  Monsieur, cela fait 45 ans que je suis ici.  Je fais partie des meubles et votre voiture aussi maintenant !   Elle est de nouveau là et tout va bien !».

Elle fait partie du décor et c’est chouette !

(1)   Voir rubrique page 2 : Cela s’est passé près de chez vous 

(2)   Je ne peux m’empêcher de m’exprimer directement à Alexi  pendant l’interview par ces quelques paroles : J’aime beaucoup cet aspect de « voyage dans le temps », de passer des images du passé au présent et vice versa parce que cela donne effectivement la notion de « durée » !

« Capitaine » du Noordzee, le tout nouveau Président de quartier du Vismet.

Dynamisme, énergie et sens des responsabilités au service de tous !

 Vous succédez à Mr Withofs comme Président de quartier : comment voyez-vous votre nouvelle mission ?

J’ai déjà un peu réfléchi à ce que je veux faire.  Une fois que le transfert des responsabilités sera terminé, j’expliquerai comment je vois ma nouvelle fonction !

Vous êtes vraiment un pionnier dans le quartier

Oui, c’est qu’on dit.  Je ne sais pas si c’est vrai !  Ce n’est pas parce que je suis installé depuis  longtemps que je suis un pionnier !

J’aimerais que vous nous rappeliez votre parcours !  Vous étiez été parmi les premiers à accepter d’être interviewé par le Carillon.  Mais cela fait un moment déjà. Il y a des tas de nouveaux habitants dans le quartier.  Ce serait bien qu’ils fassent un peu plus connaissance avec vous !

Je suis arrivé ici (au Noordzee) fin 1989 !  30 ans déjà !  Au départ, c’était une toute petite poissonnerie qui appartenait à un copain.  J’y suis arrivé un peu par hasard.  Nous avions convenu d’un accord pour que je l’aide tout en continuant à chercher un autre boulot car mon but n’était pas de rester travailler ici !  Mais quand j’ai commencé à travailler, j’ai tout de suite aimé le boulot.  Et aussi à aimer le quartier qui, à l’époque, était plus « bruxellois » que maintenant !  Maintenant, il est devenu beaucoup plus international que bruxellois !

J’ai donc travaillé pendant 2 ans pour mon patron, et après ces 2 ans, j’ai repris le commerce.  Petit à petit, on a changé la façon de travailler. On a évolué avec le temps, avec les exigences des clients.

Il y a eu aussi beaucoup de changements dans le quartier.  Quand je suis arrivé, il y avait un parking sur la Place Sainte Catherine.  Ensuite il y a eu des travaux, après quoi on a fermé la place pour les voitures.  Puis, c’est le Vieux Marché aux Grains qui a changé.  Et encore de nouveaux travaux pour dans la rue et la place Sainte Catherine.  Tout cela pendant 10 à 15 ans.  Pour vous dire que cela à fortement changé !

Ce que j’ai remarqué, c’est qu’au fil du temps, les « vrais » Bruxellois disparaissaient, qu’il y avait une grosse clientèle qui venait du haut de la ville en voiture.  C’est ainsi que nous avons toujours essayé de nous adapter aux nouvelles situations.  Cela n’a pas toujours été évident !  Mais nous avons réussi à le faire.

Les changements ne s’arrêtent pas pour autant, avec le piétonnier, le parking 58 qui est en démolition/transformation.  Et tout cela pèse assez lourd sur le quartier, pour les commerces, mais aussi pour les résidents.  Ce n’est pas toujours évident pour les gens qui habitent ici.

C’est là que je vois mon boulot comme Président du Comité de quartier : suivre de près tous les changements pour aider les commerçants et les habitants sur le plan pratique. J’habite aussi  ici depuis 30 ans déjà.  C’est vraiment là que je vois mon devoir comme président : guider un peu la Ville de Bruxelles dans les décisions pour que tous – habitants et commerçants – soient satisfaits.

Et dans un bel éclat de rire, il ajoute : Ce qui est déjà pas mal comme boulot !

Ce que j’ai compris de tous les changements en ville, c’est qu’ils ne sont pas toujours très   « structurés » !  Ce n’est pas toujours réfléchi.  Et je pense que là, je peux faire quelque chose !

 J’aimerais aussi travailler plus avec les autres quartiers.  Il me semble que Dansaert et rue de Flandre forment un tout avec notre quartier.  Nous avons 3 Comités pour une zone qui ne compte pas plus que 300 ou 400 m de l’un à l’autre !  Et là, si nous pouvions dialoguer entre nous, nous pourrions coordonner nos actions et avoir un peu plus de poids pour les futurs changements dans la zone !

Lors de la dernière AG du Vismet, celle de votre nomination (!),  j’ai entendu qu’il était question d’agrandir le piétonnier !

C’est dans ce domaine que je trouve qu’il manque de structure.  Il semble qu’une idée n’est pas liée à la suivante.  J’ai le sentiment que la Ville elle-même ne sait pas très bien dans quelle direction elle veut aller.  Je ne comprends pas toujours clairement le plan qui est derrière les décisions.

Peut-être n’y en a-t-il pas (avec une pointe de sarcasme de ma part !) ???

Réponse prudente de Mr Vermeulen : Cà je ne sais pas ! Et je ne vais jamais le dire !!!  Mais il n’empêche que pour nous – résidents et commerçants – ce n’est pas toujours évident d’anticiper par rapport aux changements mis en place.  Par exemple, d’un jour à l’autre, on ferme une rue pour des travaux mais nous ne sommes pas toujours mis au courant.  Depuis les élections, avec le nouveau Collège, c’est une équipe très jeune qui est en place.  Et j’ai l’impression qu’il y a une volonté de changer tout cela !  D’écouter et de communiquer plus !

J’ai aussi entendu que vous comptez  organiser quelque chose pour la passation des responsabilités entre Mr Withofs et vous ?

Nous souhaitons faire un drink pour les habitants et les commerçants car j’ai le sentiment que les uns et les autres ne se connaissent pas vraiment.  Avec le fait aussi que beaucoup de commerçants n’habitent pas dans le quartier.  Je trouve cela un peu dommage.  C’est pour cela que je souhaite organiser un « Drink de l’amitié » pour faire connaissance.  Il y a encore pas mal de démarches administratives pour finaliser la passation des responsabilités.  Mais je compte voir cela avec Marc Withofs pour fin février, au plus tard début mars.

Vous restez un grand créateur dans le domaine de la restauration : manger debout dehors, c’est un concept « pionnier » que vous avez lancé.  Je suis à BXL depuis 40 ans et avant vous, je n’avais jamais vu cela !

Il y a eu le Comptoir des Armes de BXL, qui était un peu similaire à ce que nous faisons, mais je n’ai jamais connu cela.  C’était dans les années 80/90 !

Cela n’a jamais pris l’ampleur du Noordzee !  Et beaucoup vous ont imité !

Bien sûr !! Tout le monde a le droit de le faire !

Vous avez ajouté une aile supplémentaire à votre établissement : comment vous est venue l’idée des  smørrebrød d’origine danoise ???

Cette partie de l’immeuble m’appartient.  Avant, il y avait un bistrot ici.  Il y avait pas mal de soucis avec les personnes qui exploitaient ce café.  A un moment donné, je n’ai plus voulu de tous ces soucis.  J’ai repris  l’endroit pour faire quelque chose en plus de la poissonnerie.  J’ai rencontré un Danois justement, qui est toujours là d’ailleurs !  Il était fort intéressé par les huîtres, et nous avons combiné cela avec des spécialités danoises.

Avez-vous encore d’autres projets en tête ?

J’ai toujours des projets !  Mais pour le moment, je vais un peu freiner mon dynamisme.  Nous avons beaucoup de boulot comme ça.  J’ai de la chance d’avoir une équipe formidable qui travaille dans la poissonnerie et dans le bar à huîtres.  Trouver les bonnes personnes avec qui travailler, qui sont sur la même longueur d’onde que vous ce n’est pas toujours évident !

Quel a été votre parcours jusqu’à votre boutique ?

J’ai fait mes études en sciences politiques et relations internationales à Lille. Je suis venue à Bruxelles il y a 7 ans pour me spécialiser en migration et droits de l’homme.  J’ai travaillé dans ce domaine pendant 3 ans dans des ONG.Ensuite,dans le développement durable :je rédigeais des articles sur la production et la consommation responsables dans le textile et l’électronique.  Cela m’a sensibilisée à la Fast Fashion et à la  Slow fashion.  Les vêtements que j’achetais alors n’étaient pas en accord avec mes valeurs.  Il y a tout un monde secret dont on n’a pas conscience derrière les vêtements qu’on achète.  J’ai cherché des marques qui correspondaient à mes valeurs. Mais elles n’étaient vendues qu’en ligne.  En octobre 2016, j’ai découvert une boutique à Paris  qui en vendait.  Je me suis dit qu’il fallait une boutique comme çà à BXL.  Et il y a un peu plus d’un an, je me suis lancée!

Être entrepreneuse correspond plus à mon tempérament : j’aime prendre des décisions, j’ai un bon sens des responsabilités.  La variété me plait ! J’aime le fait d’arriver le matin et de faire un peu de ménage, de me faire plaisir en mettant les vêtements en rayon, ensuite un peu de communication en ligne, un peu de stratégie en passant les commandes, un peu de compta. …En gros 10 casquettes !  C’est à la fois exaltant car j’adore tout faire, et épuisant car on a besoin de 10 cerveaux !

Une fois l’idée « apparue », je me suis rendue compte que je n’avais pas les compétences pour ! J’ai donc fait des formations pendant le 1° semestre 2017 : accès à la gestion, bases de comptabilité, accompagnement avec CREDAL, une structure de micro crédit pour particuliers et jeunes entrepreneurs, avec 2 ans de suivi par un coach pour savoir ce qu’est un chef d’entreprise, comment développer un business plan et s’équiper dans ce domaine.

Ensuite j’ai suivi le programme du Green Lab – une agence bruxelloise pour le développement des structures durables.  Ils m’ont donné un vrai coup de boost en disant : « On peut avoir la meilleure idée du monde mais à un moment donné il faut la tester ! ».  Alors, nous – Selene et moi – avons fait un premier test en sept. 2017.  Elle est Suisse avec une formation en design textile.  Notre relation dépasse largement le cadre employée/gérant:  elle est ma conseillère.  Nous prenons beaucoup de décisions ensemble !

En un an, les choses se sont accélérées. D’abord, les pop up, pour tester le concept et les quartiers où on voulait s’implanter : Marolles, Dansaert ou Bailly. Les Marolles en septembre, la rue de Flandre en octobre et en fait … on ne l’a jamais quittée !  Premier test : dans un café pendant 2 jours, avec 5 marques et créateurs.  Ensuite, 4 jours chez Alice Gallery en octobre. Les gens étaient enthousiastes, le concept marchait bien.  On est y restées jusqu’en janvier.

Nous n’avons pas choisi la rue de Flandre par facilité – j’habite Boitsfort et Selene, Gare du Midi – mais parce qu’on s’y sent bien, avec ses petites boutiques indépendantes qui correspondent bien à nos valeurs.  En plus, nous sommes toutes les deux très gourmandes ! Et on est bien entourées par des restaurants de qualité même si nous n’avons pas beaucoup le temps d’en profiter !  Mais c’est très agréable de pouvoir prendre une pause autour des bassins ou Place Sainte Catherine !

En mars, nous avons trouvé ce local, avec un très bon contact avec la propriétaire.  On a ouvert rapidement en avril.On a préparé les travaux à faire avec un cabinet d’architecte bruxellois en juin, juillet,août pour les réaliser en septembre. La « vraie » ouverture a donc eu lieu le 9 octobre 2018  Ici, tout est « durable ».  Les architectes ne travaillent qu’en économie circulaire : 95% des matériaux sont de réemploi.  Maintenant, nous avons un cadre et un aménagement intérieur, tel un écrin à la hauteur de la beauté des pièces proposées, dans le même esprit et avec les mêmes valeurs. 

En quoi consiste le concept « Wonderloop » ?

C’est une boutique «  slow fashion » qui privilégie la qualité sur la quantité.  La « slow » food, c’est le bio, le local, le circuit court.  Je pose d’abord la question : comment on utilise nos vêtements, comment les choisir, les porter en respectant au mieux l’environnement et les personnes qui les ont fabriqués.   C’est très en rapport avec l’idée de la Pyramide de Maslow.  Mon premier conseil : portez tout ce que vous avez, peu importe d’où cela vient ! Ensuite, pour de nouvelles choses, ce n’est pas nécessaire de passer par l’achat en premier : on peut emprunter, échanger, louer, transformer, réparer.  Si on doit acheter, on peut le faire en seconde main.  Une fois ces étapes épuisées, se pose la question de l’achat du neuf et c’est là que Wonderloop arrive !  Une boutique slow fashion qui propose des vêtements neufs à la vente pour homme et femmes, une gamme d’articles et d’accessoires assez complète, qui va de la tête au pied : bonnets, chaussures, gants, sous-vêtements.  Et même des sacs à dos.  Et plus d’articles encore pour la période de Noël.  Sans oublier que nous prévoyons des soldes éthiques pour janvier !

Nous avons une combinaison de marques et de petits créateurs : Wear a story, Alice et Coulemelle, 3 créatrices bruxelloises, tous choisis en fonction de critères de durabilité sociale et environnementale.  On fait attention aux matières utilisées et aux conditions de production (label Fair Trade ou Gots).  Nous voulons que ce que les gens achètent corresponde à leurs valeurs.Pour le style, nous voulons rester dans le « Casual chic », des basiques simples et élégants pour tous les jours, mais aussi des pièces plus habillées et festives.  On veut s’éloigner des 2 clichés extrêmes dans la mode éthique : des choses ternes et hors de prix ou des vêtements excentriques, hippies (sans connotations négatives de ma part !).3ème critère : le prix. Des articles abordables, avec des gens bien rémunérés du début à la fin de la chaîne de production et parfois même faits à Bruxelles.  Expliquer le prix des vêtements est une démarche « d’éducation » : payer 25€ pour un T-shirt c’est normal, surtout pour un article qui va durer 5 ans.

Qu’apporteriez-vous de plus à ce quartier ?

Plus de verdure !!!!!  J’adore ce qui a été fait rue des Eperonniers : des suspensions végétales !  Je trouve cela trop bien !  J’ai hâte de participer à la prochaine réunion des commerçants pour savoir un peu plus ce qui est déjà en place. Ce que j’aime ici,  c’est l’ambiance d’entraide et de solidarité.  Nous avons choisi nos heures d’ouverture en fonction de nos voisins.  Une nocturne est prévue le 13 décembre.Pourquoi pas ouvrir ensemble un jeudi soir  ou un dimanche de temps en temps ou le 15 août ?  Et la Brocante, c’est super chouette.  Et à tous les touristes, je dis : allez-voir la Bellone !!!  Je ne dis pas qu’il faut la mettre plus en valeur.  C’est bien aussi que ce soit un peu un « secret » mais c’est un beau secret que j’adore partager !!!

Un jour, en discutant avec Mr Withofs, il m’a chaleureusement conseillé de venir vous rencontrer !

Marc est un grand ami.  Nous nous sommes connus il y a 35 ou 40 ans ! Nous avons évolué avec le quartier !  A l’époque, j’avais une petite librairie Quai au Foin.  J’avais 20 ans quand j’ai commencé !  Mon épouse et moi avons travaillé là pendant 10 ans.  Puis, j’ai eu envie de reprendre autre chose : le Quai au Foin commençait à s’éteindre avec le départ du marché aux fruits alors que le Vismet était en évolution !

On s’est installé ici petit à petit.  C’était une très vieille maison mais le commerce était excellent.

Vous avez commencé avec tous les articles que je vois ici ?

En fait, on a commencé avec la librairie « pure ».  Mais j’étais aussi un passionné de cigares !  A l’époque, je voyais un de mes fournisseurs qui fumait toujours le cigare.  Cela m’a interpellé, bien que je n’étais pas fumeur à la base !!  Mais il m’en a donné envie !  De fil en aiguille, j’ai commencé à y goûter, à m’orienter vers ce secteur.  A l’époque, c’était un produit de luxe, et ça l’est toujours au niveau de la qualité!  L’endroit s’y prêtait bien.  On a commencé avec une toute petite armoire, avec quelques marques connues : Montecristo, Roméo et Juliette, Partagas, etc.  De fil en aiguille, il y en a eu deux, puis trois !Puis, nous avons changé la disposition du magasin : le comptoir est passé au fond avec une plus grande vitrine pour les cigares à l’arrière.

On a fait également des transformations dans la maison puisqu’on y habite.  Nous avons fait beaucoup de travaux à commencer par le toit.  La maison date de 1747 !  Nous avons tout refait de A à Z !  Et enfin, en 2006, nous avons fait de grandes modifications dans le magasin.  On a tout enlevé : des sols au mobilier, aménagé une cave à cigares, pour les amateurs.  Elle est climatisée avec température constante, la juste hygrométrie (70/80%)pour l’entretien des cigares afin que les clients soient satisfaits !

Vendre des cigarettes et offrir des cigares, ce n’est pas le même métier ?

Le but principal est de conseiller les clients.  Le cigare est une passion que j’essaie de transmettre. Le cigare est quelque chose de convivial, un point de communication avec les gens, un moment de plaisir aussi.  On ne fume pas un cigare comme on fume une cigarette.  L’endroit est cosy.  Ce qui permet de réunir une certaine clientèle, et offre l’occasion de tisser des amitiés.  Cela rassemble vraiment un bon flux de gens !

Il y a peu, nous avons également aménagé un fumoir dans ce qui était notre bureau.  Là, les gens peuvent s’installer et fumer leur cigare à l’aise, ce qui permet encore plus de proximité.

Et il y a 4 ou 5 ans, on a introduit également l’alcool.  Au niveau de la librairie, le marché s’est tari : le Net, les abonnements, les jeunes qui sont moins adeptes de la lecture, plus branchés Facebook, infos en ligne… Tout cela a fait qu’il fallait se rediriger et trouver d’autres choses.  Goûter des produits avec un cigare rend la chose plus intéressante.

Les alcools proposés sont également des produits de luxe.  Nous sommes surtout orientés vers les spécialités qu’on ne trouve pas en grandes surfaces.Nous nous sommes beaucoup documentés, et avons étudié le marché. 

Maggy, l’épouse de Walter éclaire le sujet pour nous :

Autant les cigares que les alcools sont des produits nobles car ils demandent du travail humain.  Il s’agit de produits qui ont 10, 20 voire 40 ans d’âge.  Des produits très travaillés.  Les cigares aussi : ils sont roulés à la main.  C’est ce que nous aimons : des produits d’artisans. Pour les gins, ou certains whiskies, nous recevons les artisans qui nous expliquent leurs produits.  C’est vraiment très très chouette.  Cela me permet de faire connaître le produit et pouvoir en discuter.  Et finalement, tout le monde se connaît.

W : à cela, il faut ajouter le bouche à oreille, qui est la meilleure publicité.  C’est un beau contact  humain.

C‘est un endroit qui compte dans le quartier, qui permet aux gens de se rencontrer, et souvent de traiter des petits soucis de manière très conviviale (paroles de Marc Withofs)

Quand on rencontre quelqu’un en librairie, ça dure 1 minute, 2 maximum.  Ici, on peut dire que nous avons une mission « sociale » : on parle avec les gens, on les écoute, on les conseille aussi parfois, pour les aider.  C’est notre approche : un travail humain avant tout.  Il y a également le côté commercial car nous devons gagner notre vie aussi, mais ce qui est bien, c’est que nous faisons ce que nous aimons faire !  C’est notre passion !  Offrir aux gens un moment où ils se relaxent.  C’est notre but final.  Nous avons 60 ans.  Mon épouse et moi  avons créé tout cela ensemble, et au début nous avons pas mal galéré, en partant de moins que zéro, avec des taux de 17% pour les emprunts !

De plus, il fallait vraiment « voir » le futur, car à nos débuts le quartier n’était pas comme aujourd’hui ! La voirie n’était pas refaite, beaucoup de maisons étaient vides, à l’abandon.  Mais on y a cru, avec une bonne petite étoile au-dessus de nous.

Mais surtout beaucoup de courage !

Ca c’est sûr !!!  Quand on est indépendant, on ne regarde pas les heures prestées !  Il faut y croire et aller jusqu’au bout des choses.

Comment voyez-vous l’avenir du quartier, vous qui aviez pressenti son futur ?

Le quartier a bien évolué, c’est clair.  Il y a encore beaucoup de choses que l’on pourrait faire, mais je trouve que tout est vraiment positif !  On est vraiment dans un village, les gens se connaissent.  Nous connaissons tous les commerçants, mais aussi les riverains puisque nous habitons aussi ici.  Et ce qui est bien, c’est nous pouvons aller faire nos courses à pied.  Nous sommes des petits indépendants et il faut sauvegarder ce type de commerce parce que cela fait vivre la ville, ce qui n’est pas toujours le cas des politiques …  Il est vrai qu’on ne se révolte pas beaucoup en Belgique.  On devrait le faire plus, mais bon … Mais avec tout ce que nous avons vécu, il faut dire qu’il y a beaucoup de points positifs.

M : je trouve qu’il devrait y avoir beaucoup plus d’activités sur la place, un marché d’artisans par exemple une fois par semaine, cela ferait non seulement vivre tous les commerçants mais cela animerait également la place.D’autre part, la place rassemble maintenant énormément de monde et une surveillance policière serait nécessaire.  Les gens ne sont pas disciplinés.  Ils manquent d’éducation et font absolument ce qu’ils veulent.  Et quand il se passe quelque chose, ce sont les commerçants qui en payent le prix.

W : une surveillance accrue, et un effort au niveau des nuisances.  C’est un quartier avec beaucoup d’Horeca, des cafés, chacun doit travailler mais il manque de la discipline et du respect pour les riverains, et… réprimander les gens qui se croient tout permis.  Il y a un minimum de respect à garder les uns vis-à-vis des autres.  On peut parler aussi un peu de la propreté.  Il faut travailler ensemble à cela.

M : c’est un endroit qui le permet !  Il faut cesser d’être égoïstes !

Stéphane AISBINDER du « Seymour Kassel Records »

Co-président de l’association de quartier Rue de Flandre ! Passionné et discret … et amoureux de son quartier !

Quand avez-vous lancé votre magasin de disques ?

En octobre 2016.  Je vendais des disques de chez moi sur Internet depuis quelques années déjà. Et vu le développement de l’activité, je me suis dit qu’il me fallait un point de vente, surtout pour rencontrer des gens. Dans le cadre de la musique, comme il y a beaucoup d’échanges, c’est important de parler avec les gens.  La musique est une question d’échanges !

Vous avez un vrai petit trésor de vinyles dans votre magasin ! 

Je ne vends que des disques originaux.  Ni des rééditions ni des disques neufs, seulement des disques anciens rassemblés au fil des années, via des chaînes de fournisseurs et d’autres disquaires qui me vendent leurs belles pièces.  Je suis plus un « antiquaire musical » qu’un disquaire en fait !!

Depuis quand est-ce votre métier ?

J’ai travaillé pendant 20 ans dans l’internet.  Et puis, j’ai décidé d’arrêter de faire des choses que je n’aimais pas pour faire des choses que j’aime !  Je suis entré dans le monde de la musique par passion.  Cela s’est fait assez naturellement et sans calcul: quand il n’y a pas d’attente, les choses fonctionnent !  C’est plutôt intéressant !

Quels sont vos artistes préférés ?

Ca c’est la question piège pour un disquaire (dit-il avec un grand sourire !)!!!  Cela dépend des moments, en fait.  Pour l’instant, je suis plus dans la musique concrète, musique contemporaine.  Puis, avec l’âge, je m’aperçois que j’aime aussi la musique classique.  Mais en fait, j’aime tous les styles, toute la musique !

Pourquoi la rue de Flandre ?

Je suis Bruxellois et je connais le quartier  depuis longtemps.  Ensuite la proximité de belles enseignes, le fait que je connais pas mal de gens dans la rue !  Et l’opportunité d’avoir trouvé cette maison.  Dénicher  un lieu commercial n’est pas si simple.  La maison était en très mauvais état.  J’y ai beaucoup travaillé.  La maison n’avait pas été rénovée depuis les années 50.  Elle était en très piteux état ! C’est très valorisant !  Une manière aussi de s’approprier les lieux ! Cela fait partie du plaisir en fait.  Tout cela s’est fait sans trop réfléchir et sans trop de calcul.  Quand on sait ce que l’on veut, les choses arrivent !

Qu’est-ce que vous aimez dans le quartier ?

L’aspect multi-social, multiculturel, et ce côté typiquement bruxellois.  Pour moi, c’est le plus chouette quartier de la ville !  Je connais bien Bruxelles : ici c’est vraiment à part.  Unique !  Je pense que le quartier des Marolles devait être comme ça il y a quelques années.  Les choses ont un peu changé.  Sans doute parce que les gens se connaissent moins bien !

Ici les gens se connaissent !  Ils se disent bonjour ! En un an et demi,  j’ai pu connaître tout le monde.  Ce sont presque des amis !  Cela paraissait improbable.  Je n’aurais jamais pensé que mon voisin commercial deviendrait un ami !  Il y a ici une vraie bienveillance !

C’est un très beau mot !!

On se sent très en sécurité.  Il ya quelque chose d’étonnant.  Pourtant, il y a des caractères dans le quartier !  Mais ce sont toutes des personnes gentilles, bienveillantes !

Si je suis bien informée, vous êtes « co-président » de l’association de quartier ?

Nous sommes 3 ou 4 à nous en occuper.  Puis à un moment donné, il a bien fallu mettre un nom de responsable, et c’est moi qui m’y suis mis !  Mais nous travaillons en équipe.  Fouad fait toujours partie de l’association (NDLR : Chicago Café Interview Carillon n° 22).  Nous avons un peu modifié l’association qui était organisée jusque là par les commerçants.  Maintenant, elle est devenue l’Ass. des commerçants ET des habitants de la rue de Flandre qui va de la place Sainte Catherine jusqu’au Canal.  C’est maintenant inscrit dans notre Charte.  Et nous en tiendrons compte davantage dans nos futures actions.

Nous avons voulu aussi qu’elle soit un peu plus « transparente », ce qui n’est en rien une critique.  Tout le monde est débordé, avec beaucoup de travail et peu de temps au final à consacrer à cela et en conséquence, beaucoup de décisions se prenaient sans être collégiales !   Alors, les choses prendront sans doute un peu plus de temps, elles seront peut être moins dynamiques mais au moins tout le monde sera intégré dans le processus.

Comment voyez-vous l’évolution du quartier ?

La situation était un peu complexe car pas mal de commerçants ont souvent l’impression que les intérêts des habitants et des commerçants sont différents.  Je suis également un habitant du quartier.  J’ai un peu la double casquette ! 

Avec le temps, je pense que tout le monde va se rendre compte que nos intérêts sont liés.  Il faut que le quartier reste charmant, propre, accueillant, convivial et créatif !  Il y a des gens qui ne sont ici que pour le commerce, et peut être moins attachés émotionnellement au quartier.  D’autres y habitent seulement et sont parfois un peu crispés par les effets de l’horeca, des poubelles, des nuisances sonores le soir.

Mais cette mixité fait partie du charme de la rue, et on doit la préserver absolument sinon elle va devenir une rue « que » de commerces ou « que » d’habitants !

Autre facteur de charme : le bilinguisme !  Il y a beaucoup de Flamands ici, et jamais aucun problème.

Et nous-mêmes, nous devons éviter que ce quartier se « boboïse *» trop, qu’il ne « monte trop en gamme » ! Car la mixité sociale est une richesse.  C’est un des rares quartiers où on peut croiser autant les gens qui dorment dans la rue,  que l’on connaît et qui font partie du quartier, que des gens très riches !  Il n’y a pas de barrières sociales.  Tout le monde se parle.  Et c’est rare !  Nous voulons sauvegarder cela.

Vous maintenez vos activités phare comme la Brocante ?

Bien sûr !!! La première a lieu les 9 et 10 juin et la seconde le jour de la journée sans voiture, le 22 septembre.  Priorité est donnée aux riverains.  Mais cela demande beaucoup de gestion car il y a souvent des commerces au rez-de-chaussée mais aussi des habitants à l’étage !!!  C’est une problématique humaine intéressante à gérer !

*NDLR : Les Bobos : terme associé à une chanson de Renaud, les Bourgeois Bohèmes. Et 10 ans plus tard, friands de jouets éducatifs en bois et de marchés bio.

Happy Flower nous ouvre ses portes avec le sourire d’Isabelle, la maîtresse des lieux, un prénom tout à fait de circonstance pour cette boutique qui se distingue par son esthétique et son authenticité !

Comment êtes-vous venue au métier de fleuriste ?

J’ai toujours aimé les fleurs.  C’est devenu mon métier depuis 12 ans.  Avant cela, j’ai travaillé avec mon mari dans le secteur Horeca.  J’en ai eu assez de cette vie stressante. J’avais envie de changer d’orientation et d’être plus en harmonie avec mes aspirations. Les fleurs, les odeurs, les couleurs mais aussi les plantes, voilà ce qui me passionne. 

Vous êtes entourée de fleurs et de plantes magnifiques.  Quelles sont vos préférées ?

Je les aime toutes ! J’adore les pivoines, les freesias, les tulipes aussi.  Mais c’est vrai que j’aime particulièrement la pivoine, pour son parfum, ses couleurs.  C’est pareil pour la renoncule : elle est toute petite au départ, et quand elle s’épanouit, elle offre une grande quantité de pétales !  Je trouve cela très beau !  Elle est belle et raffinée en même temps !

Depuis quand êtes-vous installée dans le quartier ?

Un an et 5 mois.  J’ai commencé en octobre 2016.

Pourquoi ici ?

J’adore Bruxelles et surtout ce quartier.  Je voulais être guide touristique et c’est ici que j ai suivi mes études. J’aimais trop la vie ici.  J’ai grandi à la campagne, plus précisément à Flobecq près de mes grands-parents qui étaient agriculteurs.  Les terres et les paysages qui entourent ce village sont magnifiques. J’y ai de bons souvenirs mais j’étais attirée par la ville et son activité. J’habite actuellement à Baulers, près de Nivelles.  Avant d’ouvrir ma boutique, je venais d’office tous les 15 jours prendre  un bain de foule, un « bain de ville » comme je disais !!

J’ai logé dans ce quartier pendant mes études il y a plus de 25 ans: rue Antoine Dansaert, où je partageais un kot avec ma cousine !    Mon mari est également originaire du quartier. Ses parents avaient un commerce dans la rue Sainte Catherine : j’achetais ma viande là où mon futur mari travaillait ! !!!

Et lui aussi  est resté dans le coin puisqu’il travaille au Noordzee !  Mon fils, quant à lui, travaille au Bar des Amis situé dans la même rue. Je suis fort attachée à ce quartier que je connais bien et que j’ai vu évoluer.  A l’époque, c’était un quartier un peu sombre, ce que je regrettais.  Il n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui et j’espérais vraiment le voir changer pour devenir ce qu’il est devenu !!

J’avais envie de travailler pour moi-même et je sentais avoir les capacités pour ouvrir mon propre commerce.  J’ai donc naturellement cherché dans le quartier.

Cet établissement m’a interpellée.  Je me suis renseignée : il y avait déjà une option et il était normalement déjà loué.  Finalement ça n’a pas abouti et il m’est revenu !

On dit beaucoup de choses sur le quartier.  Pour vous, quelles sont ses qualités qui vous touchent le plus ?

D’abord, toutes les petites boutiques, échoppes, bars et petits restos qui ouvrent rue de Flandre ainsi que sur le Marché aux Poissons. Cela montre beaucoup de dynamisme !

Mais surtout la mentalité des gens : le quartier est un village dans la ville.  A Sainte Catherine, on ne fait pas 10 mètres sans rencontrer quelqu’un que l’on connaît, qu’on a déjà vu.  On se salue, on se parle.  C’est ce que j’aime ici !

D’autre part, j’ai beaucoup de clients néerlandophones.  Au début de mon activité, j’avais une appréhension parce que je ne pratiquais plus le néerlandais depuis longtemps.  J’avais tout oublié.  Et au réel, l’accueil et la gentillesse que tous mes clients m’ont témoignés m’ont beaucoup touchée ! La connaissance de la langue est revenue sans problèmes !  Je suis contente de cette mixité et de cette belle entente. Tout se passe très bien !

Et les côtés plus « difficiles » ?  

Je ne sais pas trop comment c’était « avant » le piétonnier puisque je n’avais pas encore mon magasin dans le quartier. Pour ma part, il n’a pas eu une grande influence.  Ma clientèle est composée essentiellement de gens qui habitent ici, dans les rues adjacentes.  Mais il est vrai que lorsque je passe dans le piétonnier, je trouve regrettable l’état « d’abandon » dans lequel il est.  Le projet n’est pas si mal en lui-même, mais les travaux durent depuis longtemps, avec des fréquentations douteuses et trop peu de sécurité.  

Quand je prends le train, ce qui me déplaît beaucoup, c’est qu’il y ait encore un tas de poubelles et de détritus à 10h du matin lorsque je descends près de la Grand Place.  Je trouve cela inadmissible pour le Centre Ville.  C’est vraiment le mauvais côté de la situation.

Par contre, ici, je ne trouve rien de négatif ! J’avais un peu peur pour le parking, mais chaque jour je trouve une place où me garer !

Si vous aviez le pouvoir d’apporter quelque chose au quartier, à quoi penseriez-vous ?

Pas facile de répondre à cela !  Peut-être que j’apporte déjà quelque chose avec ma vitrine! Cet espace est resté vide et fermé très longtemps.  Maintenant, les passants et les clients me disent souvent qu’ils sont très contents de voir ma vitrine le matin, les plantes que je sors sur le trottoir en journée.  Cela leur fait plaisir et leur donne le sourire. 

(NDLR : c’est précisément la raison pour laquelle je suis venue à la rencontre d’Isabelle !!!)

Tout ce que vous avez en magasin est très beau.  Vos peluches sont craquantes !

Je ne comptais pas vendre de peluches au départ !  Des amis m’ont offert cette autruche que je gardais près de moi et tout le monde me demandait si je la vendais.  A force, j’ai fini par me renseigner pour en avoir et elles ont beaucoup de succès … certaines plus pour les adultes que pour les enfants !  Je me sens très accompagnée par mes peluches que j’appelle mes petites bestioles avec beaucoup d’affection !

Adrien : Adrien et Jean-Philippe: nous sommes dans le quartier car notre père, Jean-Michel, y a tenu un restaurant, l’Huîtrière, pendant plus de 25 ans. Après l’avoir vendu, il a racheté ici et malgré un projet que nous avions ailleurs, nous avons repris ce local-ci.  Je suis en cuisine et Jean-Philippe est en salle.

Et l’établissement en lui-même, de quand date-t-il ?

Adrien : c’est ancien. Auparavant, il y avait un restaurant et avant lui, une sorte de guinguette qui permettait de prendre un café avant le marché matinal.

 Jean-Philippe : oui, il date de plus de 50 ans. A l’époque, il y avait les halles et le café servait le petit déjeuner, ou la bière, très tôt le matin aux marchands de poisson. Ensuite, ils ont servi des plats du jour de poisson et, avec l’évolution, c’est devenu un restaurant puis un bistro. C’est pour cela qu’il y a toutes les boiseries d’un bistro typique de l’époque.

 C’est magnifique, la déco est vraiment superbe ! Vous n’avez rien changé ?

 A : nous avons gardé l’âme de l’établissement : les boiseries, le bar, la vieille machine à café, mais nous y avons apporté de nombreux aménagements : les luminaires, les miroirs, le sol, les nappes. Nous avons choisi un vichy rouge et blanc.

Et les tableaux que vous avez dans le hall ? Quelle est leur histoire ?

J-P : un ancien propriétaire était ami avec un monsieur Van Kuecken  un horloger passionné de peinture, qui a vendu ou cédé de nombreuses toiles à ce propriétaire. Elles étaient disposées le long des boiseries. Nous les avons disposées dans le  

long couloir, lui donnant ainsi un aspect de galerie.

Elles sont d’un humour extraordinaire !

 A : c’est très belge ! On y trouve des tas de symboles par rapport au quartier et aux établissements du quartier. Il a mélangé des personnages connus à des personnages de BD

 J-P : mon frère a fait l’école hôtelière à Namur. Personnellement, je ne viens pas du milieu horeca. Je suis kiné, puis j’ai fait de l’immobilier pendant des années. Il y a quatre ou cinq ans, j’ai un peu travaillé avec mon père et le virus m’a touché… Quand mon frère a ouvert son resto, il avait besoin d’un partenaire, et voilà ! L’ambiance du quartier rappelle un village. Nous avons une clientèle d’habitués qui deviennent un peu des copains. Je ne m’attendais pas à cela, c’est vraiment génial, ce n’est pas du tout un quartier à touristes.

C’est une chose qui nous a souvent été dite au cours des interviews du Carillon. Nous nous intéressons aussi à l’histoire du quartier et les anecdotes que vous nous racontez sur ces petits déjeuners à trois heures du matin font vivre cette âme du quartier. J’ai entendu dire que de nombreux artistes venaient chez vous ?

J-P : Surtout des artistes du folklore bruxellois, comme l’équipe de Toot Stielemans. Le 4 juillet, nous avons organisé une soirée Jazz sur la terrasse et dans la salle et ils sont venus tous les quatre. Arno vient aussi, Fred Janin qui habite en face.

J’ai été touché par la photo d’Angelo (créateur du Medusa” Carillon 19)lorsque je suis venue pour un premier contact.

 J-P : oui, c’est un personnage. Il est venu un jour avec sa femme Rosalie, sans se présenter. A la fin du repas, on a discuté et depuis, avec mon frère, nous n’arrêtons pas de fréquenter son bar. C’est devenu un ami. Cet été, avec ma femme, nous sommes allés le voir dans son village natal, en Sicile. C’est une super personne ! Nous sommes ravis que sa femme et sa fille poursuivent son aventure.

Je vois que vous faites la promotion de la « Sainte Cat ». C’est une création du quartier !

J-P : Oui, j’ai rencontré le père Carmelo justement par l’entremise d’Angelo. Puis nous avons rencontré le père Jérémie qui nous a parlé de la Sainte Cat. On n’a pas hésité une seconde, puisqu’on travaille avec des produits locaux.

A : En plus d’être un produit de quartier, c’est un beau produit, qui correspond l’esprit de notre établissement. C’est une bière locale, mais qui a une histoire à raconter et ça, c’est formidable. C’est une bière propre au quartier : pour boire une Sainte Cat, il faut venir ici. C’est le genre d’initiative propre à ramener du monde vers le centre ville qui a tant été malmené ces derniers temps.

Justement, comment voyez-vous l’avenir du quartier ?

 J-P : je pense que le piétonnier va trouver sa place. Puisqu’on doit l’accepter, autant en tirer le positif. Il a été mal pensé mais on peut l’aménager. Actuellement, tout le monde y travaille, c’en est fini des recours. Dans les guides touristiques sur Bruxelles, notre quartier a une bonne presse à l’étranger. Il y a une belle dynamique dans la rue de Flandre. Dommage que la Marie Joseph soit fermée, c’était une institution. Il y a de beaux projets le long du canal.

Quel a été ton itinéraire pour arriver aujourd’hui à la tête de cet endroit très particulier qu’est le Chicago Café ?

J’ai fait des études d’archéologie à la base.  L’art est mon domaine de référence.  Puis – un peu par accident – j’ai travaillé dans le cinéma, en faisant tous les métiers : co-régie, assistant de réalisation, organiser des plateaux, etc., … Et puis, encore par accident (la vie est drôlement faite !!!) j’ai fini dans un café.  A un moment donné, j’ai fini par saturer dans le monde du cinéma : beaucoup de mauvais films, beaucoup de budgets  déraisonnables pour un résultat pas toujours aussi bons qu’espéré.  J’avais fait le plein de cette aventure-là.  A 30 ans, j’avais envie d’autre chose.

J’ai voyagé car c’était aussi une de mes priorités, jusqu’à San Francisco où je suis resté un certain temps.  Quand je suis revenu ici, on m’a proposé la gérance d’un café.  Avant d’être un intermittent du spectacle, pour gagner ma vie, je boulottais déjà dans l’Horeca à Paris.  C’est donc un métier que je connaissais bien.  Et puis, à mes yeux, finalement, un restaurant, un café, c’est à peu près la même aventure que le métier de cinoche : il faut diriger des gens, mettre en scène, raconter une histoire.  Et il faut que ton histoire soit bonne, auquel cas le public ne te suivra pas !  Et puis je prends du plaisir :j’aime ce que je fais et  j’essaye de raconter des histoires valables aux gens !

Tout cela illustre bien que ton dynamisme dans beaucoup de domaines ! J’ai aussi « entendu dire » que tu prenais en charge la destinée du quartier. (1)

Oui, au niveau de l’activité des commerçants.  J’ai beaucoup d’amitié pour l’esprit d’entreprise, pour le courage que cela représente de se mettre  à son compte,  Ceci dit, j’ai beaucoup de chance car le secteur du « boire et manger » reste fort dynamique.  Par contre, vendre des livres, c’est très compliqué face à des géants comme Amazon ou la FNAC qui ne laissent pas beaucoup de chance aux petites enseignes.  J’aimerais les protéger, les aider au maximum,  mettre ce quartier en lumière le plus possible pour que chacun puisse en profiter.  Ici, notre volonté,  c’est d’être un peu « locomotive », en espérant que les gens qui viennent ici, en passant devant certaines vitrines, aient envie de s’arrêter et d’acheter quelque chose. Parce que si – au fond de moi je ne suis pas sûr de quoi sera fait l’avenir – j’ai l’impression qu’à un moment donné, il n’y aura plus beaucoup de commerçants de détail dans nos rues et qu’il n’y aura plus que des enseignent répétées plusieurs fois, comme les GB et les Delhaize qui poussent dans tous les coins.  Ce qui empêche les gens d’acheter leur pain au détail, ou le poisson, de partager un moment avec les commerçants, de se raconter la météo ou comment va la petite.  C’est un lien social auquel on tient tous et, personnellement, j’y tiens très fort.  J’ai l’impression qu’il y a une certaine fatalité et que tout cela va à vau-l’eau.  Et quelque part, les gens en sont responsables car beaucoup disent qu’ils aiment les commerces de proximité, mais encore faut-il les faire vivre !  J’en connais beaucoup qui ont un discours très séduisant mais qui ensuite vont chez Delhaize pour remplir leur caddie pour la semaine oubliant ainsi leurs premières idées.  Il faut vraiment faire vivre les petits commerçants !  C’est fondamental !

Il y a une libraire ici à côté (1), qui est amoureuses des livres, qui prend le temps de les choisir !  C’est vrai que les gens ne lisent pas trop car les tablettes et autres appareils les dirigent vers d’autres médias.  Quel courage elle a !  C’est fabuleux !  Je suis toujours très triste de voir le trop peu de monde qui y va !  Lire, c’est un voyage, et même si j’ai du respect pour la FNAC, il y a d’autres façons d’acheter des livres.

Demain, il y a un grand événement annuel dans le quartier, la brocante.  Qui est concerné par cette brocante ? (2)

Cette brocante est intéressante car elle est assez populaire,  très plébiscitée et très suivie par  beaucoup de visiteurs.  Il y a 2 grandes familles d’exposants: les commerçants dans le premier tronçon de la rue de Flandre et les habitants d’avantage dans la deuxième partie  Il y a quelques points de friction entre les uns et les autres.  Mon prédécesseur, Mr Bontinckx a organisé cette brocante pendant des années.  J’ai pris le relais, car il a assez œuvré.  Et je n’ai fait que reproduire ce qu’il avait mis en place, avec la même participation.  Mais cette année, des habitants du deuxième tronçon protestent un peu, demandant une participation moins élevée (5 € au lieu de 20) pour  un stand car ils considèrent que la somme est trop importante et qu’ils ne sont pas sûrs de  rentrer dans leurs frais.  C’est légitime, mais du coup, je me suis rendu compte pour la première fois qu’il y a 2 vitesses, 2 réalités, les attentes des commerçants n’étant pas les  mêmes que celles des habitants.  Gérer un quartier c’est très très compliqué.  Bien sûr, on se reconnaît dans un quartier, mais au sein de celui-ci, il y a des subdivisions, et encore des subdivisions !  Tout cela constitue une unité mais avec une fragilité relative !

Comment vois-tu l’évolution de ce quartier ?

Je vais parler du piétonnier parce que c’est le grand débat depuis pas mal de temps déjà !  Je vois cela plutôt d’un bon œil.  Cela m’agace un peu quand les commerçants se plaignent, un peu comme les paysans : quand il faut trop chaud ça ne va pas, quand il fait trop froid, ça ne va pas !!!  Bien sûr,  il y a des fluctuations. Nous avons vécu des traumatismes politiques importants, des attentats.  Mais je trouve que nous avons plutôt bien rebondit !  Mais il y a peut- être un petit conflit de génération maintenant, avec des attentes différentes.  Face à la mentalité contemporaine actuelle, il y a des gens qui sont un peu conservateurs : certains voient encore la ville comme un village et d’autres comme une « méga city ».  Il y a des réalités économiques qui se mettent en place. Beaucoup ne sont pas prêts à payer des loyers comme à Paris ou à Londres…  Malin est celui qui peut prédire la suite de nos aventures !  Mais je trouve que Bruxelles reste une ville très agréable, avec une joie de vivre palpable, une offre culturelle incroyable.  Je suis toujours très séduit par tout ce qui s’y passe!  Bien sûr, il y a toujours des choses qui ne vont pas, mais ce n’est pas nouveau !  Il faut aussi se contenter de ce qu’on a qui n’est pas mal du tout !

Des projets d’avenir ?

Mi 2018, on va ouvrir un nouveau truc dans le Centre, point de vue business.  Il ne s’agit pas de répéter ce qu’on a déjà fait ! Je trouve le côté « chaîne » inutile! Faire ailleurs ce qui marche à un endroit, pour moi c’est du business pur.  Ça n’a aucun sens !  C’est mieux d’apporter quelque chose de nouveau à un quartier.

 Après cela, je cherche un endroit assez vaste à Bruxelles pour faire un marché couvert en mêlant du food et du non food.  En fait, j’ai des copains et copines  très doués de leurs mains, qui font des choses incroyables, mais qui sont incapables de  traduire cela dans une boutique, parce que c’est trop cher, trop risqué de se mettre en indépendant, … Mais si ces gens appartiennent à une entité qui les couvre, qu’ils louent un espace dans cette entité (en dessous de 1000€,) tu leur permets d’essayer, de s’essayer pendant 6 mois ou un an et de reconduire l’aventure si c’est positif pour eux.  C’est quelque chose qui me plairait !  Et bien sûr avec de la nourriture -manger et boire-  ce qui permet de faire vivre l’endroit !  Et en même temps on peut acheter des livres, des cadeaux, des fleurs : un « city hall », plus modeste et plus humain, sans escalators, sans lumières artificielles et fatigantes, souvent trop sophistiqué.  Rien à voir avec City 2 ! Un endroit pas « bourgeois », ni « branché », un endroit  sans « codes », sans « tribus », qui appartient à tout le monde et où on se sent bien !

Un bel esprit que je partage !Je te souhaite bon vent dans tes projets Fouad !

(1)Interview Settebello, Carillon 21

(2)Reportage au verso (Cela s’est passé près de chez vous !)

(3)TULITU, 55 rue de Flandre

Quel est votre itinéraire ? Qu’est-ce qui vous a amené ici, rue de Flandre ?

Un peu par hasard. J’ai toujours été dans la distribution professionnelle et je cherchais un endroit pour effectuer des dégustations avec mes clients. J’ai cherché dans plusieurs quartiers et l’endroit idéal était difficile à trouver : parfois trop grand, parfois trop petit,… Nous sommes arrivés ici par hasard, pour voir un local qui s’était libéré vers la place Ste Catherine. Il ne nous plaisait pas mais en reprenant notre voiture qui était garée juste ici, nous avons vu que ce local était à louer et, là, les volumes nous convenaient parfaitement. C’était en 2014 et nous croyions dans le potentiel du quartier. Nous nous sommes fait aider par un bureau de graphisme bruxellois, le Stoëmp Studio, et par de jeunes architectes, de l’Atelier Dynamo. Tous les meubles que vous voyez ici ont été réalisés par des artisans belges. Le Stoëmp Studio a géré tout ce qui est gr

 Vous vendez aux particuliers et aux professionnels ?

Ici au magasin, surtout aux particuliers. Les professionnels viennent parfois ici pour des dégustations de nouveaux produits. Nous sommes spécialisés en vin et en café.

Auparavant, nous louions des endroits pour cela mais à présent, nous les organisons au magasin.

Pourquoi le Settebello ?

C’est une trouvaille de notre graphiste, la personne qui a géré la communication. Nous cherchions un nom original et qui évoque l’Italie. Settebello est un jeu de carte qui se joue dans toute l’Italie, des Alpes à la Sicile sans oublier la Sardaigne et « settebello » est l’atout, la carte la plus importante du jeu. Il fallait que cela sonne italien sans aucune confusion possible. Le nom est sorti du chapeau comme cela, nous avons fait confiance aux jeunes créateurs, on leur a laissé carte blanche et nous sommes ravis du résultat.

 Et quel est votre regard sur la vie du quartier ?

Beaucoup de choses se sont passées depuis notre installation. La reprise de l’Association des Commerçant par Fouad du Chicago Café donne une belle impulsion positive à la vie commerciale du quartier. C’est comme un petit village, ici, c’est très particulier. J’ai travaillé dans d’autres communes mais j’ai retrouvé ici cette mentalité de village, de bonne entente, de solidarité et de complémentarité. On vient travailler avec le sourire.

 Que pensez-vous de l’impact du piétonnier sur le quartier ?

Son effet a été plutôt négatif. Auparavant, nous avions beaucoup de clients du haut de la ville. Mais depuis le piétonnier, ils ne viennent plus, ou beaucoup moins et du coup notre chiffre d’affaire s’en ressent.  Ensuite, avec les attentats, nous avons passé une période critique, mais le quartier reprend. Le piétonnier nous a aussi ramené beaucoup de SDF. Le trajet en voiture par le Palais de Justice et le Sablon est devenu impossible. Pourtant, en prenant les tunnels et en sortant à Yser, la quartier est facile à atteindre. Les services publics n’ont pas fait un bon travail d’information. Ils ont mis un an à rendre un accès au parking 58 par la rue de Laeken et à nous fournir les folders avec les parkings. Personne n’est opposé à un piétonnier mais il faut qu’il soit bien pensé. Depuis les deux ans qu’il existe, il n’y a pas encore eu d’aménagement. Y a-t-il un projet précis pour le futur de ce piétonnier ? Il est dommage d’avoir bloqué ce grand boulevard orienté Nord-Sud qui désengorge tout le centre alors que d’autres piétonniers auraient pu être aménagés dans les quartiers Sainte Catherine, Saint Géry et celui du Béguinage, par exemple. Le tracé des rues s’y prête bien.

Le piétonnier a divisé la population et créé des blocs, des clans qui s’opposent. Notre association a, au contraire, pour but de réunir et d’unifier, de faire fonctionner la logique du « et » plutôt que celle du « ou ».

Oui, nous devrions être tous pour le piétonnier, à condition qu’il soit bien pensé. Londres a résolu le problème, Rome aussi, Milan, Stockholm, Copenhague, … Ici à Bruxelles, on a l’impression de régresser alors que nous avons un savoir-faire exceptionnel.

Tout cela provoque aussi beaucoup de retard dans nos livraisons. Le centre est bloqué. Combien de fois ne voit-on pas de gros camions coincés dans le quartier ? Il n’y a aucune interdiction qui les empêche d’y pénétrer. Les automobilistes sont sous pression dans ces encombrements et lorsqu’ils voient une rue moins encombrée, ils se défoulent et accélèrent. C’est très dangereux. Il y a beaucoup d’enfants sur nos trottoirs.

 Quelle est l’origine de vos produits ? Comment les choisissez-vous ?

Tout ce qu’il y a dans le magasin provient d’Italie. Au niveau des vins, je travaille depuis quelques années avec des vignerons italiens. Je choisis certains vins d’importateurs, dans les foires, Vinitaly, ProWein Düsseldorf.   Si le vin me plaît et convient à notre clientèle et qu’il n’est pas importé en Belgique, je traite directement avec le producteur. Sinon, je traite avec le distributeur.

Et pour le café ?

Je suis le distributeur en Belgique d’un café qui est torréfié à Padoue, DiemmeCaffè.  C’est un torréfacteur familial, qui ne torréfie que pour la haute gastronomie. Ce ne sont donc pas des cafés qu’on peut trouver dans la grande distribution. Ils sont très attentifs à la qualité du grain. Ils travaillent avec des cafés de toutes origines : Ethiopie, Tanzanie, …

 Et vous ? Comment avez-vous choisi ce métier ?

La passion. J’ai commencé très jeune dans le métier de l’hôtellerie, à l’Hilton, dans des restaurants, dans la distribution agro-alimentaire. J’ai fait de belles rencontres avec des vignerons, j’ai travaillé avec eux. C’est une question de rencontres et d’expérience. Beaucoup de belges se rendent en Italie et prennent le goût de nos produits. Et ce qui est très intéressant, c’est qu’on ne peut plus leur vendre n’importe quoi. Ils savent faire la différence entre les bons et les mauvais produits. Ils ont goûté les bons produits sur place ! Ce sont ceux que nous proposons à notre clientèle !

 Merci Francesco et Antonella, de votre accueil chaleureux !