Au fil des siècles

Les premiers documents établissant l’existence d’un port à Bruxelles datent de l’an1012. Il avait été aménagé au niveau de ce qui est devenu le parking 58. Des centaines de voitures ont pris la place de quelques bateaux qui, jadis, se balançaient mollement au gré du vent… Jusqu’au XVIème siècle, l’approvisionnement de Bruxelles par voie maritime était assuré par la Senne qui, se jetant dans le Rupel, permettait de rejoindre l’Escaut et de relier la ville à Anvers, ouverte sur tous les ports du monde connu. Cependant, la Senne avait un trajet sinueux et un débit très variable en fonction des saisons et des précipitations. Le lit de la rivière s’était peu à peu ensablé suite au déboisement de ses berges au cours du Moyen-Age. Sa navigabilité était donc aléatoire et, surtout, onéreuse pour Bruxelles. La ville de Malines, passage obligé, prélevait en effet des taxes élevées sur tout le trafic fluvial entre Bruxelles et Anvers. Très tôt, l’idée germa de percer un canal entre la capitale et l’Escaut, permettant de pallier aux caprices de la Senne et d’éviter l’hémorragie de devises en la bonne ville de Malines. Déjà en 1436, en pleine guerre de cent ans, une demande en ce sens avait été faite à Philippe le Bon, lequel y avait répondu favorablement. L’opposition de la ville de Malines avait toutefois fait avorter le projet. C’est Charles Quint qui renouvellera l’autorisation en 1531. Hélas, encore une fois, les travaux sont reportés et il faudra attendre, en 1550, l’intervention de Marie de Hongrie pour que le premier coup de pioche soit enfin donné sous l’impulsion énergique de Jean de Locquenghien, bourgmestre et amman de Bruxelles. Les travaux vont durer onze ans et, le 10 octobre 1561, le plus ancien canal navigable d’Europe est inauguré en grande pompe au son des cloches de l’église Saint Nicolas. En 28 kilomètres, sur une largeur de 30 mètres et avec un tirant d’eau de 2 mètres, il va relier Bruxelles au Rupel, au niveau du petit village de Klein-Willebroeck. La différence de niveau de 14,75 mètres est rachetée par la construction de quatre écluses. Elles furent parmi les premières écluses à sas réalisées sur le continent. Voilà Bruxelles reliée à la mer. Cette voie d’eau, bien plus commode que les mauvais chemins en terre de l’époque, servira autant au transport de marchandises qu’à celui de passagers. Le canal devient voie de prospérité et la Senne, abandonnée à son cours versatile, prendra inexorablement le statut peu enviable d’égout à ciel ouvert. Rapidement, la ville s’adapte à son nouveau statut de port de mer : pour permettre la pénétration des bateaux jusqu’au cœur de la cité, un brèche est pratiquée dans la deuxième enceinte, au niveau de la porte du Rivage, actuelle place de l’Yser. Une suite de bassins sera creusée jusqu’à l’actuelle église Ste Catherine : le grand bassin, le bassin des barques, le bassin des marchands et, enfin, le bassin Ste Catherine.

La percée de la ville vers la mer sera bien plus qu’une opportunité d’enrichissement : une fenêtre grande ouverte sur le monde, le rêve et l’aventure. Marie-Thérèse d’Autriche dota sa capitale des Pays-Bas d’un entrepôt monumental de grand style, qui devint plus tard arsenal et enfin théâtre flamand, l’actuel KVS. En 1704, on établit sur la rive orientale du canal l’ « allée verte », avenue de promenade qui reliait Bruxelles à Laeken et qui connut ses heures d’élégance. La chronique raconte que le 14 avril 1717, le yacht de Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies, vint s’amarrer au port de Laeken, aux portes de Bruxelles. Le petit canal de Bruxelles-Willebroeck va remplir son office pendant trois siècles mais, à l’aube de l’ère industrielle, ses dimensions et son tirant d’eau vont s’avérer insuffisantes. Des travaux seront nécessaires et l’avenir des bassins s’en trouvera modifié. Mais cela, c’est une autre histoire… que nous nous ferons un plaisir de vous raconter dans notre prochain numéro.

Nous avons vu, dans notre article précédent, comment Bruxelles, dès le seizième siècle, se dota d’un port de mer par la construction du petit canal de Bruxelles-Willebroeck. Celui-ci permit à la ville de se relier à Anvers en évitant le cours capricieux de la Senne et les taxes prélevées par la ville de Malines, jadis passage obligé vers l’Escaut. Le Grand Bassin ou Bassin du Commerce, les Bassins de l’Entrepôt, du Chantier, des Barques, des Marchands et, enfin, le bassin Sainte Catherine ont joué un rôle commercial fondamental jusqu’au début du XXème Siècle. Ce sont ces trois derniers bassins qui intéressent particulièrement notre quartier.

Le Bassin des Barques s’étendait jusqu’au Marché aux Porcs. Il tient son nom de la Maison des Barques où les particuliers pouvaient acheter leur passage vers Anvers ou Vilvorde. Le trajet débutait le long de l’Allée Verte ; il était agréable et plus rapide que par voie de terre. En 1839, le chemin de fer fit peu à peu disparaître ce romantique trafic maritime. 

Le Bassin des Marchands s’étendait entre le Quai aux Briques, sur lequel se déchargeaient les fameuses briques de Boom dont presque toute la ville est construite, et le Quai du Bois à Brûler qui fournissait le bois nécessaire au fonctionnement des fours des boulangeries.

Trois ruelles relient le Quai des Briques à la rue de Flandre : la rue du Chien Marin tire son nom des fossiles d’un animal marin découverts lors du creusement  du canal. La rue du Pays de Liège doit le sien à une auberge où avaient coutume de descendre les Liégeois de passage dans la capitale. Et enfin, la rue du Nom de Jésus, par laquelle les pèlerins pauvres trouvaient refuge à l’hospice Sainte Corneille tout proche.

Le Bassin Sainte Catherine, perpendiculaire au précédent, occupait l’emplacement actuel de l’Eglise Sainte Catherine, édifiée par Poelaert au XIXe. Le Quai de la Grue, qu’on retrouve au niveau de l’espace qui sépare l’église de la Tour Noire, était doté d’une énorme machinerie de bois dont l’axe était mis en mouvement par deux imposantes roues latérales dans lesquelles marchait un homme pour actionner le treuil. Le lieu était très fréquenté et les nombreux chevaux attiraient des milliers de mouches à tel point que l’endroit fut surnommé « l’île aux mouches ». C’est cet engin qui déchargea la première locomotive du continent, importée d’Angleterre. Le Quai aux Semences près de la rue Ste Catherine et le Quai au Sel près de la rue de Flandre achevaient d’entourer le bassin. 

Cependant, aux débuts de l’ère industrielle, les dimensions et le tirant d’eau du petit canal et des bassins vont s’avérer insuffisants. De grands travaux d’agrandissement de la voie d’eau vers la mer vont être entrepris et l’avenir des bassins va s’en trouver profondément bouleversé. Les nouvelles installations du port de Bruxelles permettront à celui-ci de se relier au canal Bruxelles-Charleroi et également d’accueillir des bateaux de pleine mer, ce qui fera de Bruxelles le port de mer le plus avancé dans les terres d’Europe occidentale. L’un après l’autre, les bassins furent comblés, celui de Ste Catherine le fut en 1873.

Le Bassin des Marchands abrita longtemps un marché aux poissons sous une halle couverte, détruite en 1955. Ainsi, le passé maritime de Bruxelles s’est progressivement effacé au profit de la circulation automobile. Heureusement, les noms et la perspective des anciens quais ont été sauvegardés. Les pelouses, les arbres et l’aménagement des plans d’eau sur l’ancien Bassin des Marchands témoignent toujours de cette époque où grinçaient les haubans et s’apostrophaient les marins en plein centre de la capitale.

Monument Francisco Ferrer - Wikipedia

L’église Sainte Catherine trône sur la place du même nom comme un grand navire dans une petite mare, de sorte que la place se trouve divisée en deux parties, l’une à la proue et l’autre à la poupe du bâtiment à tel point que la portion de la place qui englobe l’abside a longtemps, depuis le 16ème siècle, porté un nom différent: la place de la Grue. 

En 1911, la ville de Bruxelles y érige un monument à la mémoire de Francisco Ferrer, conçu par le sculpteur Auguste Puttemans. Le socle en pierre bleue et granit rose, dessiné par l’architecte Adolphe Puissant, intègre diverses inscriptions en bronze, au caractère politique affirmé. La place prend alors le nom de Place Francisco Ferrer. L’anarchiste et libre penseur qu’était celui-ci n’a pas eu l’heur de plaire à l’occupant allemand qui s’empresse de l’escamoter en 1914. La place reprend alors son nom précédent jusqu’à ce qu’elle soit définitivement intégrée à la place Sainte Catherine. 

Et Francisco ? Après l’armistice, on va le replacer à  sa place initiale jusqu’en 1966. En raison des travaux de construction du métro, il sera alors déplacé non loin de là, quai à la Chaux, jusqu’en 1984 d’où il déménagera une dernière fois pour prendre la place qu’il occupe actuellement, sur le terre-plein central de l’avenue Franklin Roosevelt, faisant face au rectorat de l’Université libre de Bruxelles. Les inscriptions originelles d’Adolphe Puissant ont été modifiées après la première guerre mondiale. Pourquoi ? Et …

… qui était Francisco Ferrer ?

Francisco Ferrer y Guardia, né en Catalogne le 10 janvier 1859, a été fusillé à la suite d’un simulacre de procès militaire, le 13 octobre 1909 à Barcelone. Franc-maçon, libre penseur et républicain progressiste, il s’était attiré la vindicte des milieux catholiques et conservateurs de l’Espagne monarchiste des débuts du XXème siècle. Pacifiste, il prônait un changement de société, non par la révolution et la violence, mais par une action axée sur l’éducation. Pour ce faire, il avait fondé l’Escuela Moderna le 8 octobre 1901, un projet pédagogique rationaliste que Francisco Ferrer présente ainsi : 

« Fonder des écoles nouvelles où seront appliqués directement des principes répondant à l’idéal que se font de la société et des Hommes, ceux qui réprouvent les conventions, les préjugés, les cruautés, les fourberies et les mensonges sur lesquels est basée la société moderne. Notre enseignement n’accepte ni les dogmes ni les usages car ce sont là des formes qui emprisonnent la vitalité mentale (…) Nous ne répandons que des solutions qui ont été démontrées par des faits, des théories ratifiées par la raison, et des vérités confirmées par des preuves certaines. L’objet de notre enseignement est que le cerveau de l’individu doit être l’instrument de sa volonté. Nous voulons que les vérités de la science brillent de leur propre éclat et illumine chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur à l’humanité, sans exclusion pour personne par privilège odieux. ». 

Le succès est immédiat et d’autres centres éducatifs voient rapidement le jour dans toute l’Espagne, à la consternation du clergé et des mouvements conservateurs. 

Le procès tronqué

Des événements tragiques vont précipiter les choses. En juillet 1909, en protestation contre la guerre du Rif au Maroc et à la conscription y afférente, les syndicats décrètent une grève générale à Barcelone. Les manifestations dégénèrent rapidement. Des monastères et des couvents sont incendiés, une partie des forces de police se joint aux insurgés et il faudra des renforts de Madrid pour réprimer dans le sang cet embryon de révolution populaire. 

Il n’en faut pas plus au clergé catalan, évêque de Barcelone en tête, pour profiter de l’occasion : Francisco Ferrer, lequel n’a jamais pris part au soulèvement de la Semaine Tragique, est accusé d’en être l’instigateur. A la suite d’un procès tronqué, il est fusillé le 13 octobre 1909. Il restera héroïque jusqu’au bout, refusant le bandeau sur les yeux qu’on lui imposera pourtant de force, il clamera haut et fort au peloton d’exécution : « Mes enfants, vous n’y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l’École Moderne».

Indignation générale !

La nouvelle de son exécution va susciter dans le monde entier un violent mouvement d’indignation : à Paris, la cavalerie devra libérer l’ambassade d’Espagne investie par des milliers de personnes, en Argentine, une grève générale va paralyser le pays jusqu’au 17 octobre et dans toutes les capitales du monde, la protestation sera telle que le gouvernement espagnol sera obligé de démissionner une semaine plus tard. Le procès sera révisé en 1911 et déclaré « erroné » en 1912. 

En 1918, lorsque la statue reprend sa place à Sainte Catherine, les inscriptions d’origine seront supprimées car les termes utilisés mettaient en accusation les autorités espagnoles, or celles-ci, notamment par les interventions du marquis de Villalabor, avaient protégé nombre de nos compatriotes face aux exactions de l’occupant. Il était important, dès lors, de ne pas froisser le sentiment patriotique des autorités hispaniques. 

A Bruxelles, le monument ne représente pas Francisco Ferrer lui-même mais symbolise le « Triomphe de la Lumière et de la Liberté » sous la forme d’un athlète nu, brandissant vers le zénith la torche allumée de la connaissance. Outre cette œuvre, la ville abrite la Haute Ecole Francisco Ferrer, second hommage à cet homme d’ouverture, victime d’une violence qu’il réprouvait.

Richard Venlet est un artiste-architecte qui crée des «environnements» au départ d’espaces conduisant le spectateur  à regarder son environnement d’un autre œil.

Quant à Sophie Nys, son œuvre repose sur la simplicité de la forme, remettant  en question, avec une ironie subtile et rafraîchissante, la pratique artistique contemporaine. 

Venlet et Nys ont créé pour Vers Bruxelles un disque vinyle reprenant les poèmes que Fabio Scotto a écrits pour le quartier Dansaert. Ce LP et un tourne-disque ont été enfermés dans la Capsule temporelle qui a été enterrée place du Béguinage.

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À l’automne 2008, le poète italien Fabio Scotto a rencontré le plasticien bruxellois Richard Venlet. Le quartier Dansaert a inspiré le poète qui a écrit un cycle de poèmes. Richard Venlet a exposé avec Sophie Nys les pochettes de disques de poésie dans la maison des littératures Passa Porta. Il a également enregistré un disque qui contient les poèmes de Scotto récités par des Italiens des environs. Des ateliers ont permis à d’autres habitants d’apporter leur contribution à cette «injection» de poésie dans le quartier Dansaert. Les vers de Scotto ont été lus par des acteurs lors de plusieurs événements. 

Fabio Scotto (1959) est né à La Spezia et vit désormais dans le nord de l’Italie.  Auteur de plusieurs recueils et ouvrages d’art, il a également traduit une trentaine d’œuvres littéraires  (Alfred de Vigny, Victor Hugo, Villiers de L’Isle-Adam,  Bernard Noël et Yves Bonnefoy. En 2006, il a reçu le prix spécial du jury du Premio Europeo.   Il enseigne le français et la littérature française à Bergame et à Milan

Depuis janvier 2012, les poèmes de Scotto sont enterrés avec un LP et un tourne-disque dans une capsule temporelle, place du Béguinage. Ils ont aussi été confiés aux Archives de la Ville de Bruxelles où l’on peut les écouter.

(Archives de la Ville de Bruxelles: rue des Tanneurs 65, 1000 Bruxelles, 02 279 53 20)

A lire sur http://www.versbruxelles.be

Place Sainte-Catherine

Le bassin est vide

Ici où il y avait le canal

le froid fendille le marbre

Plus bas

les chalands glissent à présent

sur les rails du métro

horrifiés les poissons fuient par les fenêtres

et ce serait comme si 

la nuit l’obscurité les poussait

vers la mer avec la main

invisible du vent

sarcophages lents dans le delta du sommeil

Wikipedia nous dit :

Une capsule temporelle est une œuvre de sauvegarde collective de biens et d’informations, comme témoignage destiné aux générations futures. Les capsules temporelles sont parfois créées puis enterrées lors de cérémonies, comme l’Exposition universelle , ou ensevelies de manière involontaire comme à Pompéi.

Le terme « capsule temporelle » est utilisé depuis 1937, mais l’idée est aussi vieille que les premières civilisations humaines de Mésopotamie.

Les capsules temporelles peuvent généralement être classées en quatre groupes (non-exclusifs) :

  • les intentionnelles ;
  • les involontaires (comme à Pompéi) ;
  • celles programmées pour être récupérées à une certaine date (souvent 10, 100, ou 1 000 ans après) ;
  • celles dont la récupération n’est pas programmée (comme certaines sondes spatiales)

Fichier: Osaka Temps Capsule.jpg

Capsule temporelle d’Osaka, Japon, déposée à l’occasion de l’exposition universelle de 1970, qui doit être ouverte en 6970

Les Halles Saint-Géry étaient un ancien marché couvert situé en plein centre de Bruxelles au cœur d’un quartier chargé d’Histoire.

À l’origine: l’île Saint-Géry

C’est à cet endroit que se trouvait la plus grande île formée par la Sennel’île Saint-Géry nommée en souvenir de Saint Géry, évêque de Cambrai qui y aurait bâti une chapelle vers l’an 580.  Au Xe siècle, la chapelle, devenue église Saint-Géry, accueille les reliques de sainte Gudule morte deux siècles plus tôt. Plus tard, elles seront transférées dans l’ancienne église Saint-Michel qui deviendra la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Une vieille tradition prétend que la chapelle  des origines était l’oratoire de Charles de France, qui serait le fondateur de Bruxelles. La recherche historique émet de plus en plus de doutes à ce sujet.
La tradition place également à cet endroit le premier castrum des ducs de Lotharingie (1) qui marque la naissance de la ville de Bruxelles au Xe mais dont les vestiges n’ont pas été retrouvés.

L’endroit est important: autour de l’île se trouvaient quatre moulins à eau, les sources d’énergie de l’industrie médiévale. Nous sommes véritablement dans le cœur historique de Bruxelles.

XVIIIe siècle, place publique

Sous le régime révolutionnaire français – à la fin du XVIIIe siècle – l’église gothique de la fin du Moyen Âge qui avait remplacé l’église primitive est rasée.   La Ville de Bruxelles y aménage une place publique ornée d’une fontaine, surmontée d’un obélisque.  Cette fontaine date de 1767.  Elle a été récupérée de la cour de l’abbaye de Grimbergen.

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La place Saint-Géry en 1820, avec les tours des Riches Claires à l’arrière.

XIXe siècle, marché couvert

Pendant tout le XIXe siècle, la place accueillera un marché.  Finalement, on y construira un marché couvert. Œuvre de l’architecte belge  Adolphe Vanderheggen (2).  Il est principalement connu pour l’édification en 1881 des Halles Saint-Géry à Bruxelles en style néo-Renaissance flamande.

Le bâtiment est inauguré en1882. C’est remarquable exemple architectural de la conception de halles. La structure de l’édifice est métallique. L’intérieur, qui inclut l’ancienne fontaine, comportait quatre rangées de doubles étals de pierre bleue. 

Le marché Saint-Géry prospère jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Délaissé ensuite par les commerçants, il est finalement fermé en 1977. Le quartier pourtant proche du centre-ville périclite, de nombreuses maisons sont laissées à l’abandon.

La Renaissance des Halles

Malgré un classement du bâtiment en 1987 et plusieurs tentatives de réaffectation commerciales ou culturelles sans lendemain, il faudra plus de vingt ans pour que les Halles bénéficient d’une réhabilitation définitive.

Depuis 1999, les Halles Saint-Géry sont occupées par un centre d’information consacré au patrimoine bruxellois et à la qualité de vie de ses habitants. De nombreuses expositions et des évènements en tout genre y sont organisés. 

Marché au poulet sur un ilot, le quartier Saint-Géry revitalisé, est devenu aujourd’hui un des quartiers les plus branché de la capitale, où le nombre de tables en terrasse au mètre carré est le plus élevé de la capitale. Il grouille de bars et ne désemplit pas. L’ambiance détendue du quartier en fait un des lieux les plus fréquentés et les plus agréables de la Capitale.

La fontaine à l’intérieur de Saint Géry

La superbe fontaine-obélisque qui trône au sein des Halles Saint-Géry provient en fait de l’abbaye des Prémontrés à Grimbergen où elle fut prélevée par un entrepreneur chargé de réaliser la place, jadis surnommée place de la fontaine et aujourd’hui devenue Place Saint-Géry. Cette fontaine monumentale avait été érigée en 1767 sur ordre de l’abbé Sophie.

Haute de plus de dix mètres, elle se compose d’un socle surmonté d’un obélisque pyramidal. Sur deux faces latérales de la base, deux lions en bronze déversaient de l’eau dans des bassins. Les quatre faces du socle sont ornées de rocailles Louis XV. L’obélisque repose sur quatre pieds. Ses faces moulurées convergent au sommet vers une étoile dorée à huit branches.

(1) La Lotharingie désigne le royaume de Lothaire II (du latin Lotharii Regnum), arrière-petit-fils de Charlemagne. Il fut constitué en 855. Après sa mort, elle fut l’enjeu de luttes entre les royaumes de Francie occidentale et de Francie orientale, avant d’être rattachée au Royaume de Germanie en 880. Il devint un duché au début du Xe siècle. Dans la deuxième moitié du Xe siècle, le duché fut scindé en un duché de Basse-Lotharingie et un duché de Haute-Lotharingie, qui deviendra la Lorraine1.

(2) Adolphe Vanderheggen est  représentatif d’une part de l’architecture néoclassique : on lui doit les n° 190 et 198 de la Chaussée d’Ixelles et le n° 56 de la rue des Confédérés à  Bruxelles ; et d’autre part, de l’architecture éclectique en Belgique comme l’Immeuble « Le Printemps » bd Adolphe Max.

La très belle église baroque du Béguinage constitue le dernier vestige du Grand Béguinage de Bruxelles. Les béguines étaient des femmes pieuses, le plus souvent veuves ou célibataires, qui se regroupaient en communautés religieuses libres, sans prononcer de vœux perpétuels. Elles restaient laïques, adoptaient une règle monastique et vivaient seules, parfois à plusieurs, dans de petites maisons regroupées autour d’une église ou d’une chapelle. Le premier béguinage fut fondé à Liège, au XIIème siècle, en raison d’une surpopulation féminine imputable aux croisades. Les couvents étaient pleins et toutes les femmes n’avaient pas la dot exigée pour y entrer. Au XIIIème siècle, ce type de communauté s’étendit principalement en Flandre et dans tout le nord de l’Europe. 

Toute la vie des béguines est basée sur l’équilibre des droits et des devoirs.
Tout au long de la journée, la béguine travaille et prie. Le travail est divers. D’abord, le ménage. La béguine s’entoure d’un climat d’ordre, de propreté, même de frugalité.

L’activité majeure du béguinage est l’infirmerie. Les béguines soignent les malades pauvres, les infirmes.

Si les revenus ne suffisent pas pour leur subsistance et pour l’entretien de l’infirmerie, les béguines travaillent : travaux de couture, de broderie ou de dentelle mais aussi travaux plus rudes comme la préparation de la laine ou du lin pour les tisserands.
Les béguines s’occupent aussi de l’éducation des jeunes enfants et leur procurent des rudiments de savoir. Parfois, dans certaines villes, elles initient les adolescentes au latin et aux arts.

La prière rythme le déroulement de la journée. Les heures se récitent en commun à l’église. Après les complies, les portes de l’enclos sont fermées. Les règles du béguinage imposent aussi un devoir de pratiquer l’oraison personnelle.

L’édification du Grand Béguinage, qui portait le nom de « béguinage Notre-Dame de la Vigne » commença en 1250 et fut l’œuvre de René de Breetyck, curé de Molenbeek, sur un terrain de sa paroisse. Il fut fondé après les béguinages de Liège et de Nivelles, mais bien avant celui de Bruges. Au XIVème siècle, il comptait 1200 béguines pour une ville qui ne comptait que 15.000 habitants.

D’abord encouragées par l’Eglise, ces communautés de femmes indépendantes suscitèrent très vite la méfiance du haut clergé. Elles formaient de véritables villages dans la ville. Sous la direction d’une supérieure, la Grande Dame, élue pour quelques années, elles jouissaient d’une grande autonomie et se regroupaient pour faire valoir leurs droits. Elles choisissaient elles-même leurs règles et n’imposaient rien, même au niveau vestimentaire. Bien vite, elles furent accusées d’hérésie et persécutées, sauf dans le Brabant et en Flandre où elles furent protégées en 1319 par une Bulle papale. A Bruxelles, elles s’opposèrent aux corporations de la ville pour faire commerce de drap, commerce florissant qui fit la richesse du béguinage. Celui-ci était entouré d’un mur et d’un fossé rempli d’eau. Il comportait une blanchisserie, un moulin, une infirmerie et une chapelle, dite « chapelle de la vigne ». Le 5 juin 1579, celle-ci fut pillée par les protestants, vendue en 1584 et finalement démolie. Lorsque le catholicisme fut restauré à Bruxelles, les béguines construisirent une chapelle provisoire et les travaux de l’église actuelle, l’église Saint Jean-Baptiste, de style baroque tardif, ne commencèrent qu’en 1657. Elle fut consacrée le 10 mars 1676 alors qu’elle n’était pas encore achevée, faute de fonds. 

En 1794, la Belgique est annexée à la France républicaine. L’église est fermée. Une centaine de béguines très âgées ou infirmes sont autorisées à rester dans l’infirmerie pour vieillards nécessiteux. Les terrains du béguinage sont morcelés et vendus par lots, les fossés comblés ou voûtés. L’église ne fut rendue au culte que le 17 août 1801. Les petites maisons, vétustes, sont abattues pour laisser la place à de nouvelles rues et à un grand hospice moderne, l’Hospice Pachéco. Les dernières maisons du béguinage disparaissent en 1856.

L’église subit en novembre 2000 un incendie imputable à un court-circuit qui ravage entièrement la toiture. Les 28 sans-papiers qu’elle hébergeait sont heureusement sains et saufs et, malgré le feu et les deux tonnes d’eau déversés à la minute pour maîtriser le sinistre, les murs, la voûte et les œuvres d’art sont miraculeusement intacts. En 2006, la charpente est reconstruite en chêne de la Loire et recouverte de 3000 m2 d’ardoises espagnoles. En 2008, la restauration est achevée et nous permet, aujourd’hui, d’admirer ce dernier témoin d’une importante histoire de notre quartier.

Tour de l'ancienne église Sainte-Catherine de Bruxelles — Wikipédia
Emblème de notre Carillon, la tour est l’ultime vestige de l’église Sainte-Catherine qui précéda l’église actuelle.

L’ancienne église était plus petite (50, puis 80 m x 30 m) Elle remplaçait une chapelle initiale adossée à la première enceinte. Elle fut construite en style gothique aux XIVe et XVe siècles. Devis 600 florins pour une maçonnerie de 1,25 m d’épaisseur. 

Au XVIIe siècle, on lui ajouta d’un chœur et d’un clocher baroque. La construction de ce clocher se fit en plusieurs étapes. Pendant 35 ans, les Bruxellois purent contempler une tour arrêtée au  deuxième étage et coiffée d’une toiture provisoire en chaume. Terminée en 1644, la tour carrée est en grès,  surmontée d’une d’une toiture octogonale à petit bulbe. En 1745, elle fut équipée d’une horloge à quatre cadrans et d’une flèche. Les cadrans indiquaient les heures de départ des barques publiques pour Vilvorde, Malines et Anvers.

L’église n’est pas à l’abri des inondations. En 1846, le dallage de marbre est restauré mais en 1850, il s’affaisse de nouveau. Les offices sont interrompus pendant plusieurs jours.

En 1851, on peut lire dans un journal local :« De tous les édifices religieux de Bruxelles, Sainte Catherine est le moins digne de sa destination, le moins digne d’appartenir à une grande ville. Architecture bâtarde, la façade, masse informe n’appartient à aucun style, c’est la façade d’une église de village, irrégulière de toutes façons, un amalgame de styles où domine le gothique. Jamais on n’en fera un édifice convenable ».  

En 1853, pose de la première pierre de la nouvelle église : « l’ancienne sera probablement démolie sous peu. Il n’en restera que la tour, qui sera considérée comme appartenant au nouveau temple, quoiqu’elle en soit séparée. »

A partir de la consécration de la nouvelle église, le bâtiment accueillera des expositions-tombolas organisées par la Société royale de Philanthropie. Elle servira également au remisage des décors de la Monnaie. En 1879, s’y installera un dépôt mortuaire pour adultes et enfants pauvres avant le transfert des corps au cimetière.
Dans l’ancien presbytère, une grande salle est organisée en salle d’hôpital : 15 lits, 8 grands et 7 petits !

En 1883, lors de l’assainissement du quartier de la Vierge Noire, deux solutions sont proposées : isoler l’église désaffectée au milieu d’un square ou la démolir complètement.
Grâce à Charles Buls, la tour sera épargnée. Des esthètes y découvrent la splendeur des plafonds, chefs d’œuvre d’artistes italiens du 18e. Ils y auraient utilisé un ciment spécial « dont le secret ne nous est pas parvenu. (1888) ».

La démolition commence finalement en 1889. La morgue est transférée rue Melsens (puis dans la tour). Les décors de la Monnaie déménagent vers la chaussée d’Anvers.
Sous le maître-autel, on découvre « un caveau scellé par une dalle de marbre. Un escalier de quelques marches y donne accès. De part et d’autre, des squelettes parfaitement conservés dont celui du dernier curé de la paroisse M. Rombaut. »

Entre 1913 à 1930, la ville procéda à sa restauration. Elle sert actuellement de dépôt pour le matériel de Bruxelles propreté du quartier

Le peintre belge Henri Lallemand nous a laissé plusieurs toiles montrant le bassin, l’ancienne église et le Marché au Poisson.

Au numéro 46, les promeneurs qui franchissent le portail, découvrent au bout d’un couloir de 33 mètres, une magnifique façade sous une verrière. C’est la maison de la Bellone.

Le bâtiment a été construit en 1697, après le bombardement de Bruxelles par le maréchal de Villeroy, à l’emplacement du couvent des Sœurs blanches de la Rose de Jéricho. Le maître d’œuvre, Nicolas Bally, avait chargé Jean Cosyn de la décoration. Il en résulte des ressemblances avec la maison des Boulangers, dite le Roi d’Espagne, attribuée au même sculpteur. La maison se situe en retrait de la rue, ce qui l’a protégée des agressions. Elle changea souvent de propriétaire jusqu’en 1913, lorsque, grâce à Charles Buls, la ville de Bruxelles en fit l’acquisition. Elle connut de nombreuses affectations, pouponnière, bureau de police, centre de musculation…En 1980, elle devient la Maison du Spectacle.  

La façade est un écrin pour de nombreux symboles. A commencer par le buste de la Bellone, déesse de la guerre, entourée par des étendards et qui célèbre la victoire de Zenta (victoire des Autrichiens sur les Turcs en septembre 1697).

Maintenant, comme Athéna, déesse de la guerre et des arts, elle préside aux affrontements des artistes sous les feux de la rampe.

La transmission

Tel un vaisseau de pierre trônant au bout des bassins, l’église qui a donné son nom à notre quartier n’a pas l’ancienneté que son état pourrait laisser supposer, un état qu’accentue le contraste avec sa façade fraîchement rénovée. Ce n’est qu’en 1874 qu’eut lieu sa consécration. Détail amusant, c’est la seule église bâtie dans le pentagone après la chute de l’Ancien Régime. On la doit à Joseph Poelaert, le « skieven architek » du Palais de Justice, et à son élève Wynand Janssens. On la dit d’un style « éclectique », savant « melting pot » de gothique et de baroque. Alors qu’à l’intérieur, la nef en pierre de Gobertange inspire une très belle impression d’élévation, l’extérieur, alourdi de contreforts, donne à l’ensemble une allure trapue et massive, sans grande élégance.

A la jonction de la rue Melsens se dresse un campanile baroque qui procure à ce coin de la place un petit air d’Italie. Classé depuis 1936, il constitue le dernier vestige de l’église précédente, démolie en 1893. Celle-ci, édifiée par étapes entre les XIVème et XVème siècles, avait elle-même remplacé une petite chapelle adossée au premier rempart de la ville, déjà présente dès 1200. A l’entrée de l’église actuelle, des panneaux bien illustrés nous édifient sur son histoire : en octobre 1369, des hosties consacrées sont dérobées dans son tabernacle. Transpercées à coups de couteau, du sang s’en écoule miraculeusement, à la stupéfaction des profanateurs. Ces hosties miraculeuses, baptisées le Très Saint Sacrement de Miracle, seront abritées dans la cathédrale Saint Michel et Gudule et transportées chaque année en procession dans les rues de Bruxelles, jusqu’en 1967.

L’ancienne église Sainte Catherine hébergeait une vierge noire. Depuis le XIe siècle, elle était l’objet d’une importante piété populaire. En 1744, elle fut volée et jetée à la Senne. Quelques jours après ce larcin, des habitants du quartier la virent flotter dans l’eau alors que, sculptée dans la pierre, elle aurait dû couler. En fait, elle reposait sur une masse de tourbe mais les gens y virent un heureux présage et la vénérèrent d’autant plus. Depuis janvier 2015, elle a repris place dans l’église actuelle.

Entre 1874 et 1893, les deux églises ont donc cohabité pendant une vingtaine d’années. Les œuvres précieuses ont été transférées de l’ancienne à la nouvelle: le lavabo, les armoires de sacristie, un monument commémoratif érigé en souvenir du peintre Ferdinand-Marie Delvaux, mort empoisonné en 1815 près de Bologne.

L’ancienne église, après plus de cinq cents ans d’existence, va laisser la place à une centrale électrique destinée à l’éclairage public, alors en plein développement. Entrée en fonction dès 1902, elle a été habilement intégrée dans le tissu urbain. Elle n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’église, avec une travée centrale couronnée de créneaux, un pignon à rampants allégé par des fenêtres de taille décroissante et de solides piliers latéraux qui font penser à des contreforts.

Quant à la nouvelle, la voilà déjà menacée de démolition en 1950 en faveur… d’un parking. En passe d’être désacralisée, elle se voit de devoir fermer ses portes fin 2011, un projet de transformation du bâtiment en marché couvert est même à l’étude. Le 20 septembre 2014, à la suite d’une décision de l’archevêque de Malines-Bruxelles, l’église Sainte Catherine à Bruxelles est rouverte au culte et mise sous la responsabilité de 4 jeunes prêtres de la Fraternité des Saints Apôtres. Ils sont depuis activement impliqués dans le dynamisme de notre quartier et le succès de la bière Ste Kat’ n’en est qu’une illustration.

Espérons que notre vaisseau de pierre, profondément ancré sur l’ancien bassin Sainte Catherine, continue encore longtemps sa veille silencieuse de notre cher quartier.

L

Dans notre dernier article, nous nous sommes intéressés à toutes les constructions qui avaient précédé le Parking 58, aujourd’hui balayé à son tour par le vent de l’histoire (surtout par les bulldozers). Face à la Bourse, je me suis posé la même question : qu’y avait-il auparavant, avant son édification, entre 1869 et 1874 ?

Quelques mots d’histoire :

François d’Assises meurt le 3 octobre 1226. Canonisé en 1228 par le pape Grégoire IX, il aura fondé l’Ordre des frères mineurs, ou Ordre des franciscains, lesquels ont fait vœu de vie pieuse et de pauvreté. Leur exemple d’entraide, de partage et de solidarité avec les plus déshérités va séduire les ducs de Brabant qui vont les soutenir et leur permettre d’implanter un monastère au cœur même de la ville. Le couvent, édifié en 1238 s’étendait de la rue de Tabora à l’ensemble de la place de la Bourse.  C’est d’ailleurs dans son église que le duc Jean 1er se fera inhumer en 1294.

Qu’en restait-il huit siècles plus tard ? Bien peu de choses. Toutes les archives en ont disparu et son souvenir lui-même s’était estompé dans les brumes de l’oubli. Jusqu’en 1988.

Rue de la Bourse, un petit musée à demi enterré nous permet de découvrir le résultat des fouilles entreprises en 1988 par la Société Royale d’Archéologiede Bruxelles, en collaboration avec le Service des Fouilles de l’Université libre de Bruxelles. Les travaux ont permis la mise à jour d’ossements humains, de grands murs et l’identification du chœur de l’église elle-même. À l’extérieur du chœur se trouvent des murs d’époques diverses et qui ont tous connu plusieurs états. La chronologie de ces murs forme une sorte de tranche archéologique et historique d’une durée de plus de 500 ans. L’église, rasée jusqu’au niveau du sol lors des guerres de religion en 1583, fut reconstruite en 1588 sous le règne des archiducs Albert et Isabelle.

Dans le chœur, on ne voit que caveaux funéraires pressés les uns contre les autres. Il ne s’agit  pas de sépultures de moines, mais de hauts personnages.
Au milieu du chœur, devant l’autel, se trouvait le tombeau de Jean Ier, duc de Brabant et de Basse-Lotharingie, mort accidentellement des suites d’une blessure reçue dans un tournoi en Bourgogne le 3 mai 1294.


Un autre personnage qui compte beaucoup dans notre histoire et notre coeur: le comte d’Egmont. Le 6 juin 1568, il fut décapité par ordre du duc d’Albe sur la Grand-Place de Bruxelles. Le soir même, le Grand Serment des Arbalétriers de Bruxelles dont il avait été le Roy, vint en cortège enlever sa dépouille mortelle pour la conduire dans l’église des frères mineurs, où elle fut veillée jusqu’aux funérailles.

Un siècle plus tard, en 1695, les armées de Louis XIV, sur ordre du maréchal de Villeroy, bombardent trois jours durant la ville de Bruxelles. Cet acte barbare, condamné par toutes les cours d’Europe, provoqua des dégâts considérables dont le plus célèbre est sans doute la destruction de la Grand Place. Le couvent est lui aussi gravement touché, ses archives parties en fumée. Le chœur, resté intact, permettra à l’église d’être rendue au culte jusqu’en 1699.

Devenu bien national de la République Française en 1796, le couvent des frères mineurs sera définitivement rasé en 1799 pour laisser la place au marché au beurre qui occupera l’espace jusqu’à l’édification de la Bourse de Bruxelles.

Le musée de site, Bruxella 1238

Le Conseil communal de la Ville de Bruxelles décida la sauvegarde et la mise en valeur des vestiges. Le projet fut conçu par le bureau d’ingénieurs B Group et l’architecte J.-P. Jourdain, en tenant compte de réalisations similaires effectuées dans des pays voisins. 
Le choix muséologique fut de rendre la rue en quelque sorte transparente et de montrer dans le sol le passé aux passants. D’où l’idée d’une verrière établie sur le chœur et selon l’axe ancien de l’édifice. D’où aussi le tracé des murs incrusté dans le pavement de surface.
L’équipement intérieur et l’aménagement muséographique ont été supervisés par la SRAB et exécutés par des spécialistes, avec l’aide du sponsor « Les AP-Assurances » qui est venu associer ses efforts à ceux que la Ville avait déjà consentis. C’est grâce à eux que Bruxella 1238, le premier musée de site de Bruxelles, a vu le jour.

Source : Société Royale d’Archéologie de Bruxelles : www. srab.be