Rencontre avec Stephane Aisbinder

Stéphane AISBINDER du « Seymour Kassel Records »

Co-président de l’association de quartier Rue de Flandre ! Passionné et discret … et amoureux de son quartier !

Quand avez-vous lancé votre magasin de disques ?

En octobre 2016.  Je vendais des disques de chez moi sur Internet depuis quelques années déjà. Et vu le développement de l’activité, je me suis dit qu’il me fallait un point de vente, surtout pour rencontrer des gens. Dans le cadre de la musique, comme il y a beaucoup d’échanges, c’est important de parler avec les gens.  La musique est une question d’échanges !

Vous avez un vrai petit trésor de vinyles dans votre magasin ! 

Je ne vends que des disques originaux.  Ni des rééditions ni des disques neufs, seulement des disques anciens rassemblés au fil des années, via des chaînes de fournisseurs et d’autres disquaires qui me vendent leurs belles pièces.  Je suis plus un « antiquaire musical » qu’un disquaire en fait !!

Depuis quand est-ce votre métier ?

J’ai travaillé pendant 20 ans dans l’internet.  Et puis, j’ai décidé d’arrêter de faire des choses que je n’aimais pas pour faire des choses que j’aime !  Je suis entré dans le monde de la musique par passion.  Cela s’est fait assez naturellement et sans calcul: quand il n’y a pas d’attente, les choses fonctionnent !  C’est plutôt intéressant !

Quels sont vos artistes préférés ?

Ca c’est la question piège pour un disquaire (dit-il avec un grand sourire !)!!!  Cela dépend des moments, en fait.  Pour l’instant, je suis plus dans la musique concrète, musique contemporaine.  Puis, avec l’âge, je m’aperçois que j’aime aussi la musique classique.  Mais en fait, j’aime tous les styles, toute la musique !

Pourquoi la rue de Flandre ?

Je suis Bruxellois et je connais le quartier  depuis longtemps.  Ensuite la proximité de belles enseignes, le fait que je connais pas mal de gens dans la rue !  Et l’opportunité d’avoir trouvé cette maison.  Dénicher  un lieu commercial n’est pas si simple.  La maison était en très mauvais état.  J’y ai beaucoup travaillé.  La maison n’avait pas été rénovée depuis les années 50.  Elle était en très piteux état ! C’est très valorisant !  Une manière aussi de s’approprier les lieux ! Cela fait partie du plaisir en fait.  Tout cela s’est fait sans trop réfléchir et sans trop de calcul.  Quand on sait ce que l’on veut, les choses arrivent !

Qu’est-ce que vous aimez dans le quartier ?

L’aspect multi-social, multiculturel, et ce côté typiquement bruxellois.  Pour moi, c’est le plus chouette quartier de la ville !  Je connais bien Bruxelles : ici c’est vraiment à part.  Unique !  Je pense que le quartier des Marolles devait être comme ça il y a quelques années.  Les choses ont un peu changé.  Sans doute parce que les gens se connaissent moins bien !

Ici les gens se connaissent !  Ils se disent bonjour ! En un an et demi,  j’ai pu connaître tout le monde.  Ce sont presque des amis !  Cela paraissait improbable.  Je n’aurais jamais pensé que mon voisin commercial deviendrait un ami !  Il y a ici une vraie bienveillance !

C’est un très beau mot !!

On se sent très en sécurité.  Il ya quelque chose d’étonnant.  Pourtant, il y a des caractères dans le quartier !  Mais ce sont toutes des personnes gentilles, bienveillantes !

Si je suis bien informée, vous êtes « co-président » de l’association de quartier ?

Nous sommes 3 ou 4 à nous en occuper.  Puis à un moment donné, il a bien fallu mettre un nom de responsable, et c’est moi qui m’y suis mis !  Mais nous travaillons en équipe.  Fouad fait toujours partie de l’association (NDLR : Chicago Café Interview Carillon n° 22).  Nous avons un peu modifié l’association qui était organisée jusque là par les commerçants.  Maintenant, elle est devenue l’Ass. des commerçants ET des habitants de la rue de Flandre qui va de la place Sainte Catherine jusqu’au Canal.  C’est maintenant inscrit dans notre Charte.  Et nous en tiendrons compte davantage dans nos futures actions.

Nous avons voulu aussi qu’elle soit un peu plus « transparente », ce qui n’est en rien une critique.  Tout le monde est débordé, avec beaucoup de travail et peu de temps au final à consacrer à cela et en conséquence, beaucoup de décisions se prenaient sans être collégiales !   Alors, les choses prendront sans doute un peu plus de temps, elles seront peut être moins dynamiques mais au moins tout le monde sera intégré dans le processus.

Comment voyez-vous l’évolution du quartier ?

La situation était un peu complexe car pas mal de commerçants ont souvent l’impression que les intérêts des habitants et des commerçants sont différents.  Je suis également un habitant du quartier.  J’ai un peu la double casquette ! 

Avec le temps, je pense que tout le monde va se rendre compte que nos intérêts sont liés.  Il faut que le quartier reste charmant, propre, accueillant, convivial et créatif !  Il y a des gens qui ne sont ici que pour le commerce, et peut être moins attachés émotionnellement au quartier.  D’autres y habitent seulement et sont parfois un peu crispés par les effets de l’horeca, des poubelles, des nuisances sonores le soir.

Mais cette mixité fait partie du charme de la rue, et on doit la préserver absolument sinon elle va devenir une rue « que » de commerces ou « que » d’habitants !

Autre facteur de charme : le bilinguisme !  Il y a beaucoup de Flamands ici, et jamais aucun problème.

Et nous-mêmes, nous devons éviter que ce quartier se « boboïse *» trop, qu’il ne « monte trop en gamme » ! Car la mixité sociale est une richesse.  C’est un des rares quartiers où on peut croiser autant les gens qui dorment dans la rue,  que l’on connaît et qui font partie du quartier, que des gens très riches !  Il n’y a pas de barrières sociales.  Tout le monde se parle.  Et c’est rare !  Nous voulons sauvegarder cela.

Vous maintenez vos activités phare comme la Brocante ?

Bien sûr !!! La première a lieu les 9 et 10 juin et la seconde le jour de la journée sans voiture, le 22 septembre.  Priorité est donnée aux riverains.  Mais cela demande beaucoup de gestion car il y a souvent des commerces au rez-de-chaussée mais aussi des habitants à l’étage !!!  C’est une problématique humaine intéressante à gérer !

*NDLR : Les Bobos : terme associé à une chanson de Renaud, les Bourgeois Bohèmes. Et 10 ans plus tard, friands de jouets éducatifs en bois et de marchés bio.

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