Rencontre avec le coiffeur Michel

Michel Hair Fashion, rue van Artevelde,

Le dernier des Mohicans … qui ne mâche pas ses mots !!!

Un regard sans concessions !

Nous connaissons le coiffeur, mais qui est l’homme ?

Je suis d’origine tunisienne.  Je suis arrivé seul, livré à moi-même,  le 31 mai 1969.  J’ai toujours habité le quartier.  J’ai vécu un moment Chaussée de Wavre, puis au 72 avenue des Chartreux.   Je louais la chambre la moins chère : 1400fb à l’époque : personne n’en voulait parce que le tram passait dans la rue et faisait trembler toute la maison !

J’avais 18 ans et demi.  J’étais inscrit à l’Ecole de Coiffure d’Ixelles, rue du Trône.  Je suis venu pour un stage.  A ce moment-là, c’était plus facile.  Il n’y avait pas autant de démarches administratives comme aujourd’hui.  Le stage durait un an mais j’avais la possibilité de le prolonger  de 6 mois.  Je travaillais rue du Pont Neuf chez le coiffeur Mario qui n’existe plus aujourd’hui.  A l’époque, le boulevard Anspach était superbe.  Il y a avait des grands magasins comme Tits, Hamelot,  les Jackson, la haute couture française, …

Parlez-nous de votre carrière !

J’ai eu le bonheur de coiffer pas mal de gens comme Cudell, le père Simonet.  Ils venaient tous chercher leurs costumes chez Mr Tits qui était le président de la Chambre de Commerce.

Quand ils arrivaient au salon, ils voulaient toujours que je les coiffe.  On était dans le quartier de « la Dernière Heure », du « Het Et je lui explique mon cas.  Là-dessus, il me dit : « Mais enfin !  La Belgique ne peut pas se passer d’un talent pareil !!!  Il faut absolument que vous restiez ! ».   A l’époque, les politiciens pouvaient beaucoup.  Aujourd’hui,  ils sont surveillés par les médias, etc, …  Ils n’ont plus le même pouvoir pour aider les gens.  Il a écrit à son copain, Ministre du Travail, et au bout de quelques semaines, j’ai reçu mon permis B.  A l’époque, il fallait rester 3 ans chez le même patron pour avoir le permis A qui permettait de changer de métier. 

Grâce à cela, je suis resté.  J’ai continué l’école.  Ensuite, j’ai travaillé pendant 17 ans chez Men’s Coiff, rue de la Vierge Noire. Après quoi, je me suis installé rue des Poissonniers dans l’ancienne boucherie.  Tout le bloc de l’Îlot Bourse qui appartenait à la famille Delyck a été vendu à une société anversoise.  Ils nous ont invités à partir.  Ce que j’ai refusé car cela ne faisait que quelques mois que j’étais là.  Au départ, j’étais seul à résister.    Le dernier des Mohicans !  Par la suite, Adel s’est joint à moi (Restaurant de la Bourse –  Voir Carillon n°9).  Avec l’aide du Beursschouburg, du BRAL, nous avons entamé une procédure judiciaire.  Tout a été très médiatisé.  TV Brussel est même venu.   On a fait pas mal d’interventions et nous avons eu gain de cause et gagné tous nos procès.

Entre temps, l’îlot a été vendu plusieurs fois.  Il a été finalement acheté par City Hôtel.  Des gens extrêmement compétents, très professionnels. Il ne restait plus que Adel et moi.

Finalement, l’îlot a été vendu à Vangasteel Invest.  Mais nous avons perdu le procès contre eux et nous nous sommes installés ailleurs.  J’étais persuadé que nous ne pouvions pas perdre car un jugement de loi avait été prononcé.  Ils ont fait  beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas faire !  C’est Merkir (à qui j’en veux toujours) qui  a autorisé tout cela !  On n’a pas respecté le plan d’affectation des sols.  Nous avons été « arrangés » devant le tribunal du Commerce.

Il n’y a plus de vie dans ce coin maintenant.    Mayeur aurait mieux fait de commencer par réhabiliter le tronçon Rogier-De Brouckère pour relancer l’économie dans ce coin : des bâtiments entiers et des magasins sont vides, c’est lugubre.   Le quartier va être livré au vandalisme et à la dégradation, …

Il a des choses que j’ai vraiment du mal à accepter quand on voit l’évolution du quartier.

Mais quand c’est décidé, c’est comme ça !  On ne revient pas en arrière.  Pourquoi nous inviter à des discussions pour agir comme  cela ?  Mayeur a promis des parkings : on ne les voit pas.   De la sécurité : il n’y en pas.  De la propreté : il n’y en n’a pas.  Un arbre ou des fleurs sur le boulevard : il n’y en a pas !  Les transports en communs ont-ils été vraiment été pensés ?  Non !  Il n’y a rien.  Cà va être le chaos!  Il a une vision tout à fait différente de celle des commerçants.

Il pense « touristes ».  Mais qui paye les taxes régionales, fédérales,  provinciales et communales ? Plus la taxe de solidarité!  Les touristes ou les locaux ?  C’est normal de payer des taxes mais on n’en voit pas les fruits ! 

J’ai des clients qui viennent de Londerzeel,  Wolvertem,  Gand, Aloost, Asse, Zellik , Dilbeek, Anderlecht.  Mais c’est très très difficile d’arriver jusqu’ici !  Cela veut dire que les gens vont éviter d’entrer dans BXL et donc aller ailleurs.   Tous les sens giratoires changent, le piétonnier s’installe.  D’accord, il faut donner la place aux vélos  mais aussi aux voitures.

Imaginez : tu vas  à la Maison du Monde et  tu achètes un abat-jour : comment tu vas le transporter ? En métro??  Et les  6 bouteilles d’eau que ta femme te demande ??? Tout le monde n’a pas un accès facile.   On va mettre trois fois plus de temps pour venir au boulot.   Ce n’est pas encore grave.  Mais les gens qui veulent venir se faire coiffer chez nous, comment ils vont faire ?  Et les commerçants autour ?  On ne sait plus se garer nulle part.  Les taxis sont coupés dans leurs trajets !  On nous a  demandé de voter et les trois quart des gens ont dit non !  On ne sait pas parler avec ces gens-là ! 

Qu’espérez-vous pour l’avenir de votre quartier ?

Un peu plus d’hygiène avant toute chose.  Il  faut punir les gens fautifs!  500€ si on ne sort pas les poubelles le bon jour ! Ensuite, la sécurité.  Il n’y a pas assez de policiers.  La police n’a pas les moyens suffisants.  Aussi, planter un peu plus d’arbres en ville.  Et enfin faire en sorte que les gens puissent venir en ville, y vivre,  donner l’envie de venir à Bruxelles !  Et pas seulement à vélo !

Il y en a qui disent : « Oui mais à Bordeaux on l’a fait ! ».  Ok!  Mais à Bordeaux, il y a 300 jours de soleil sur 365 !  Tout le monde a envie de prendre son vélo.  Ici c’est 300 jours de pluie et 65 de beau temps !  J’ai quelques politiciens qui viennent ici !  Je deviens fou à parler avec eux !  On compare l’incomparable ! 

Il est clair que si ça ne va pas, on va se réunir et aller au Conseil d’Etat pour enlever tout cela !

Si les gens n’ont plus accès à nous, comment on va faire?  J’ai fait des sacrifices dans ma vie pour avoir la clientèle que j’ai : je suis coiffeur attitré des Diables Rouges, j’ai tout fait pour avoir une bonne conduite.  On peut être ami et pas d’accord sur un problème.  C’est ça qu’il y a eu.  Je ne veux pas de mal à Y. Mayeur, mais il a agi, sans tenir compte de la concertation.  Je n’ai rien contre l’homme mais je ne suis pas d’accord avec sa politique.  Il faut être à l’écoute.  On doit construire la ville ensemble.  On devrait pouvoir parler d’homme à homme, en mettant la politique de côté et mettre tous les points sur la table et m’expliquer le pourquoi des décisions prises !

A bon entendeur…

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