Rencontre avec Fouad, du Chicago Café

Quel a été ton itinéraire pour arriver aujourd’hui à la tête de cet endroit très particulier qu’est le Chicago Café ?

J’ai fait des études d’archéologie à la base.  L’art est mon domaine de référence.  Puis – un peu par accident – j’ai travaillé dans le cinéma, en faisant tous les métiers : co-régie, assistant de réalisation, organiser des plateaux, etc., … Et puis, encore par accident (la vie est drôlement faite !!!) j’ai fini dans un café.  A un moment donné, j’ai fini par saturer dans le monde du cinéma : beaucoup de mauvais films, beaucoup de budgets  déraisonnables pour un résultat pas toujours aussi bons qu’espéré.  J’avais fait le plein de cette aventure-là.  A 30 ans, j’avais envie d’autre chose.

J’ai voyagé car c’était aussi une de mes priorités, jusqu’à San Francisco où je suis resté un certain temps.  Quand je suis revenu ici, on m’a proposé la gérance d’un café.  Avant d’être un intermittent du spectacle, pour gagner ma vie, je boulottais déjà dans l’Horeca à Paris.  C’est donc un métier que je connaissais bien.  Et puis, à mes yeux, finalement, un restaurant, un café, c’est à peu près la même aventure que le métier de cinoche : il faut diriger des gens, mettre en scène, raconter une histoire.  Et il faut que ton histoire soit bonne, auquel cas le public ne te suivra pas !  Et puis je prends du plaisir :j’aime ce que je fais et  j’essaye de raconter des histoires valables aux gens !

Tout cela illustre bien que ton dynamisme dans beaucoup de domaines ! J’ai aussi « entendu dire » que tu prenais en charge la destinée du quartier. (1)

Oui, au niveau de l’activité des commerçants.  J’ai beaucoup d’amitié pour l’esprit d’entreprise, pour le courage que cela représente de se mettre  à son compte,  Ceci dit, j’ai beaucoup de chance car le secteur du « boire et manger » reste fort dynamique.  Par contre, vendre des livres, c’est très compliqué face à des géants comme Amazon ou la FNAC qui ne laissent pas beaucoup de chance aux petites enseignes.  J’aimerais les protéger, les aider au maximum,  mettre ce quartier en lumière le plus possible pour que chacun puisse en profiter.  Ici, notre volonté,  c’est d’être un peu « locomotive », en espérant que les gens qui viennent ici, en passant devant certaines vitrines, aient envie de s’arrêter et d’acheter quelque chose. Parce que si – au fond de moi je ne suis pas sûr de quoi sera fait l’avenir – j’ai l’impression qu’à un moment donné, il n’y aura plus beaucoup de commerçants de détail dans nos rues et qu’il n’y aura plus que des enseignent répétées plusieurs fois, comme les GB et les Delhaize qui poussent dans tous les coins.  Ce qui empêche les gens d’acheter leur pain au détail, ou le poisson, de partager un moment avec les commerçants, de se raconter la météo ou comment va la petite.  C’est un lien social auquel on tient tous et, personnellement, j’y tiens très fort.  J’ai l’impression qu’il y a une certaine fatalité et que tout cela va à vau-l’eau.  Et quelque part, les gens en sont responsables car beaucoup disent qu’ils aiment les commerces de proximité, mais encore faut-il les faire vivre !  J’en connais beaucoup qui ont un discours très séduisant mais qui ensuite vont chez Delhaize pour remplir leur caddie pour la semaine oubliant ainsi leurs premières idées.  Il faut vraiment faire vivre les petits commerçants !  C’est fondamental !

Il y a une libraire ici à côté (1), qui est amoureuses des livres, qui prend le temps de les choisir !  C’est vrai que les gens ne lisent pas trop car les tablettes et autres appareils les dirigent vers d’autres médias.  Quel courage elle a !  C’est fabuleux !  Je suis toujours très triste de voir le trop peu de monde qui y va !  Lire, c’est un voyage, et même si j’ai du respect pour la FNAC, il y a d’autres façons d’acheter des livres.

Demain, il y a un grand événement annuel dans le quartier, la brocante.  Qui est concerné par cette brocante ? (2)

Cette brocante est intéressante car elle est assez populaire,  très plébiscitée et très suivie par  beaucoup de visiteurs.  Il y a 2 grandes familles d’exposants: les commerçants dans le premier tronçon de la rue de Flandre et les habitants d’avantage dans la deuxième partie  Il y a quelques points de friction entre les uns et les autres.  Mon prédécesseur, Mr Bontinckx a organisé cette brocante pendant des années.  J’ai pris le relais, car il a assez œuvré.  Et je n’ai fait que reproduire ce qu’il avait mis en place, avec la même participation.  Mais cette année, des habitants du deuxième tronçon protestent un peu, demandant une participation moins élevée (5 € au lieu de 20) pour  un stand car ils considèrent que la somme est trop importante et qu’ils ne sont pas sûrs de  rentrer dans leurs frais.  C’est légitime, mais du coup, je me suis rendu compte pour la première fois qu’il y a 2 vitesses, 2 réalités, les attentes des commerçants n’étant pas les  mêmes que celles des habitants.  Gérer un quartier c’est très très compliqué.  Bien sûr, on se reconnaît dans un quartier, mais au sein de celui-ci, il y a des subdivisions, et encore des subdivisions !  Tout cela constitue une unité mais avec une fragilité relative !

Comment vois-tu l’évolution de ce quartier ?

Je vais parler du piétonnier parce que c’est le grand débat depuis pas mal de temps déjà !  Je vois cela plutôt d’un bon œil.  Cela m’agace un peu quand les commerçants se plaignent, un peu comme les paysans : quand il faut trop chaud ça ne va pas, quand il fait trop froid, ça ne va pas !!!  Bien sûr,  il y a des fluctuations. Nous avons vécu des traumatismes politiques importants, des attentats.  Mais je trouve que nous avons plutôt bien rebondit !  Mais il y a peut- être un petit conflit de génération maintenant, avec des attentes différentes.  Face à la mentalité contemporaine actuelle, il y a des gens qui sont un peu conservateurs : certains voient encore la ville comme un village et d’autres comme une « méga city ».  Il y a des réalités économiques qui se mettent en place. Beaucoup ne sont pas prêts à payer des loyers comme à Paris ou à Londres…  Malin est celui qui peut prédire la suite de nos aventures !  Mais je trouve que Bruxelles reste une ville très agréable, avec une joie de vivre palpable, une offre culturelle incroyable.  Je suis toujours très séduit par tout ce qui s’y passe!  Bien sûr, il y a toujours des choses qui ne vont pas, mais ce n’est pas nouveau !  Il faut aussi se contenter de ce qu’on a qui n’est pas mal du tout !

Des projets d’avenir ?

Mi 2018, on va ouvrir un nouveau truc dans le Centre, point de vue business.  Il ne s’agit pas de répéter ce qu’on a déjà fait ! Je trouve le côté « chaîne » inutile! Faire ailleurs ce qui marche à un endroit, pour moi c’est du business pur.  Ça n’a aucun sens !  C’est mieux d’apporter quelque chose de nouveau à un quartier.

 Après cela, je cherche un endroit assez vaste à Bruxelles pour faire un marché couvert en mêlant du food et du non food.  En fait, j’ai des copains et copines  très doués de leurs mains, qui font des choses incroyables, mais qui sont incapables de  traduire cela dans une boutique, parce que c’est trop cher, trop risqué de se mettre en indépendant, … Mais si ces gens appartiennent à une entité qui les couvre, qu’ils louent un espace dans cette entité (en dessous de 1000€,) tu leur permets d’essayer, de s’essayer pendant 6 mois ou un an et de reconduire l’aventure si c’est positif pour eux.  C’est quelque chose qui me plairait !  Et bien sûr avec de la nourriture -manger et boire-  ce qui permet de faire vivre l’endroit !  Et en même temps on peut acheter des livres, des cadeaux, des fleurs : un « city hall », plus modeste et plus humain, sans escalators, sans lumières artificielles et fatigantes, souvent trop sophistiqué.  Rien à voir avec City 2 ! Un endroit pas « bourgeois », ni « branché », un endroit  sans « codes », sans « tribus », qui appartient à tout le monde et où on se sent bien !

Un bel esprit que je partage !Je te souhaite bon vent dans tes projets Fouad !

(1)Interview Settebello, Carillon 21

(2)Reportage au verso (Cela s’est passé près de chez vous !)

(3)TULITU, 55 rue de Flandre

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