Miroirs du passé…

Dans toute ville ou tout village, les noms de rues restituent la mémoire du passé. A Bruxelles comme ailleurs, et tout particulièrement dans notre quartier très ancien, ils nous relient à notre histoire et à nos racines. Bon nombre de ces noms ont pourtant disparu car la ville bouge, se transforme et évolue : démolitions, travaux, assainissements. Certaines voiries sont débaptisées pour laisser la place au patronyme d’un homme à la célébrité parfois éphémère. Qui se souvient encore d’Antoine Charles Jacques Dansaert (1818-1890), propriétaire, banquier, consul et homme politique libéral ? La percée de cette rue a remplacé deux voiries démolies : la rue de Jéricho et la ruelle de la Cuiller : portes ouvertes sur l’imaginaire et la poésie que Monsieur Dansaert, malgré tous ses mérites, réels ou supposés, ne nous offrira jamais. À proximité de cette rue, on trouve, à la hauteur de la rue Léon Lepage, une des plus belles impasses de Bruxelles, l’impasse de la Cigogne. Il ne s’agit pas réellement d’une impasse, puisque son entrée se situe rue Rempart des Moines et qu’elle débouche, 70 mètres plus loin, rue de Flandre dont elle n’est séparée que par un grillage. A son entrée, on peut voir un porche daté de 1780 avec un fronton surmonté d’une potale. Celle-ci abrite une statuette en l’honneur de saint Roch qui avait la réputation de conjurer la peste. Quant à la rue Rempart des Moines, son origine provient du comblement d’un ancien fossé de défense du  couvent de Jéricho. Le couvent de Jéricho ? Il s’agit plus précisément du couvent de Notre-Dame de la Rose de Jéricho qui occupait une surface de cinq hectares et avait son entrée rue de Flandre. La plupart des couvents et des monastères ont été détruits ou réaffectés à la fin de l’Ancien Régime. Sous l’Empire, en 1798, les restes du Grand Béguinage sont rasés pour laisser la place à un quartier rénové. L’actuelle rue du Béguinage portera le nom de rue de la République jusqu’à la bataille de Waterloo. Au 19ème siècle, le quartier avait la réputation d’être l’un des plus mal famés de la capitale. On l’appelait le Duivelshoeck ou Coin du Diable !

Une autre rue, bien sympathique, relie la rue de Flandre au Quai aux Briques : la rue du Chien Marin. Elle est déjà citée en flamand, sous le nom de « zeehond » en 1559. Il semblerait que, lors d’une construction, on y aurait exhumé le squelette d’un phoque ou d’une otarie. Cette ruelle a vu naître un chanteur d’opéra de réputation internationale, Henri Mees (1758-1820) dont l’histoire extraordinaire fera l’objet d’un prochain article.

La Rue du Pays de Liège est parallèle à la précédente. Son appellation provient, au 18ème siècle, de la présence d’une auberge tenue par un Liégeois et dont la plupart des clients étaient originaires de la Cité des Princes. Elle portait, auparavant, le joli nom de rue du Rosier. 

Et la rue de la Vierge Noire ? Avant la création du canal de Willebroek et du port intérieur de Bruxelles (vers 1550), la navigation se faisait sur la Senne et l’emplacement qu’occupe aujourd’hui la rue de la Vierge Noire n’était qu’une mauvaise grève où abordaient les bateaux à fond plat. En 1610, ce « quai » devint inutile et on y bâtit de nombreuses petites maisons dont la plupart subsistèrent jusqu’en 1867. Elles furent toutes rasées en vue du voûtement de la Senne et de la construction d’une nouvelle rue, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Déjà en 1853, le Conseil lui donna le nom de rue de la Vierge Noire, en souvenir d’une célèbre madone de bois noir, qui se trouvait jadis dans une petite chapelle accrochée à une maison de la rue.

Une autre voie qui nous rappelle l’époque où la Senne serpentait dans la ville est la rue du Pont de la Carpe. Avant le voûtement de celle-ci, elle s’appelait tout bonnement rue de la Carpe, mais elle franchissait sur un pont la boucle « insulaire » de la Senne. Le nom de rue de la Carpe avait été officiellement donné en 1811 à la très ancienne rue Hollant (ou de Hollande) qui joignait la place Saint-Géry à la rue des Poissonniers par le pont Hollant. En 1872, la rue de la Carpe, renovée, reçut le nouveau nom de rue du Pont de la Carpe, en souvenir de l’antique ouvrage d’art disparu.

Oui, la ville change, bouge, se modifie, mais les fantômes du passé se faufilent, la nuit, dans les ruelles présentes et disparues de notre histoire.

Ecoutons-les, ils racontent…

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