Le Grand Hospice

Précédemment,  nous avons évoqué l’histoire du Grand Béguinage de Bruxelles. Nous avons vu qu’en 1794, l’annexion par la France des Pays-Bas autrichiens avait entraîné la suppression de tous les ordres religieux. Après cinq siècles et demi d’existence, le Grand Béguinage de Bruxelles fut fermé et saccagé. A condition de quitter leur habit et de ne plus accepter de novices, les quelques béguines qui restaient furent autorisées à habiter leur maison et à apporter leur aide dans l’ancienne Infirmerie qui accueillait des vieillards indigents. C’est l’Administration des Hospices qui en assurait désormais la gestion et reprenait possession des terres et des maisons de l’ancien Béguinage. Jusqu’en 1827, elle utilisa les locaux de l’Infirmerie, située derrière le chevet de l’église, et quelques maisons transformées et réunies pour former de petites entités destinées à l’accueil de femmes. L’ensemble porPtait le nom d’Hospices Réunis. En raison de la grande vétusté des locaux, le Conseil Général des Hospices prit la décision, en 1817, de construire de nouveaux bâtiments. Les travaux commencèrent en 1823 pour s’achever en 1827 sous la direction de l’architecte Henri Partoes. L’époque voyait l’essor de la grande bourgeoisie, des débuts du capitalisme et de grands bouleversements sociaux. Nul n’imaginait encore le considérable accroissement de la pauvreté chez les petits artisans et les agriculteurs, bientôt écrasés par le monstrueux développement de l’industrie.

Les classes aisées, isolées dans leur confort, confondent alors maladie, pauvreté et délinquance, ce qui explique l’allure sévère, voire carcérale, des hospices édifiés à cette époque. L’inconnu fait peur et le réflexe social consistait –et consiste encore trop souvent-  à enfermer ce qui effraie, plutôt que de le comprendre et de l’assimiler. L’architecture néoclassique, blanche, sobre, austère, évoque l’ordre face au chaos. Elle se veut rassurante et sévère. Le règlement intérieur est proche de celui d’une prison, les visites interdites, le travail obligatoire pour tous ceux qui en sont capables. Les plus valides participent à des ateliers de couture et de cordonnerie, ceux qui le sont moins collaborent à l’entretien et aux tâches ménagères, les vieillards sont logés au rez-de-chaussée et les grands malades isolés dans un pavillon. Le dénuement des classes inférieures s’intensifie à tel point que l’Hospice accueille 725 pensionnaires en 1849. Les soins à domicile se développent alors pour désengorger les bâtiments. Au XXème siècle, l’évolution des hôpitaux et des prisons va rendre obsolètes les équipements du Grand Hospice qui va se transformer peu à peu en home gériatrique. Son nom actuel, l’Hospice Pachéco, provient du patronyme d’un généreux donateur qui fondaen 1713 un établissement pour dames âgées, de noble famille, sur le site de l’actuel palais de justice. Exproprié, il fusionna avec le Grand Hospice lequel, bien plus tard, en hérita du nom. Inadapté aux normes d’hygiène et de santé modernes, l’ensemble faillit être rasé en 1968 au profit d’une tour monumentale dont la construction fut fort heureusement refusée par la ville. Le patrimoine fut classé et entièrement restauré pour sauvegarder sa fonction initiale. Le magnifique travail des architectes fut couronné par le prix Europa Nostra 1983.

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