Bruxelles, du XVIème au XXIème Siècle

Voici la suite –et la fin- de nos trois articles consacrés à l’histoire des voies navigables de notre bonne ville. Nous reprenons la chronologie vers le milieu du seizième siècle.

La première image nous montre une vue de Bruxelles en 1560. Rappelons ici que la carte représente notre ville telle qu’elle se présente aujourd’hui et que seules les surimpressions de couleur foncée illustrent le texte. Le canal Bruxelles-Charleroi, par exemple, qui longe la seconde enceinte sur son mur Nord Ouest, n’existait pas encore à cette époque. Nous ne reviendrons plus sur la création de canal de Willebroeck ni sur celle des bassins car nous en avons traité dans nos numéros précédents. Il est toutefois intéressant de constater que la Senne serpentait en plein cœur de la ville sur un trajet naturel et fantaisiste avec des méandres, des bras sans issue et la formation de plusieurs îlots. La rivière avait perdu son noble rôle de voie maritime et se cantonnait dorénavant dans celui d’égout à ciel ouvert, charriant ordures et miasmes pestilentiels. En période de crue, elle sortait de son lit et menaçait d’inondation les quartiers riverains alors qu’en cas de sécheresse, elle ne suffisait plus à charrier les immondices qui s’accumulaient et formaient un cloaque devenu insupportable pour les habitants du voisinage. On pourrait regretter, aujourd’hui, la disparition de la rivière dont on imaginerait les eaux dépolluées, claires et chantantes, qui donneraient à Bruxelles un petit air champêtre et romantique mais, à l’époque, la Senne était un véritable chancre, un nid de maladies et d’infections. L’augmentation considérable de la population urbaine et les rejets des ateliers et industries n’ont fait qu’empirer les choses au cours des premières décennies de l’ère industrielle.

La seconde vue nous montre un plan de la ville en 1837. Le premier canal de Bruxelles à Charleroi a été terminé en 1832 et a nécessité la construction de 55 écluses. Une terrible épidémie de choléra va obliger les autorités à entreprendre enfin l’assainissement de la rivière. Le bourgmestre Jules Anspach et son conseil communal devront choisir entre les nombreux projets proposés. En 1865, leur suffrages se porteront sur celui de l’architecte Léon Suys qui prévoit la fermeture de la « petite Senne » qui serpentait en dehors de la ville et la mise de l’entièreté de la rivière en trajet sous-terrain sous forme d’un Y dont la pointe inférieure prendrait son origine à la Grande Ecluse, proche de la gare du Midi pour se dédoubler à l’actuelle place de Brouckère, une branche se dirigeant vers la porte d’Anvers et l’autre vers la gare du Nord. Ce fut l’occasion, pour Jules Anspach, de profiter de cet immense chantier pour réaliser la percée des grands boulevards au détriment de quartiers populaires, expropriés sans tambours ni trompettes ni scrupules puisque ces malheureux n’avaient pas le droit de vote. A cette époque aussi, la population et les journalistes ont violemment contesté les décisions de leur bourgmestre et pourtant, à quoi ressemblerait Bruxelles aujourd’hui sans ses grands boulevards ? Les changements profonds occasionnent des blessures dont seul le temps peut parfois, mais pas toujours, apporter la justification.

Le voûtement de la Senne sera enfin inauguré le 30 novembre 1871 mais, malheureusement, ces travaux ne suffiront pas à résoudre les problèmes de crue et les pollutions provoquées par la rivière en dehors de son trajet sous-terrain. Il faudra attendre 1930 pour voir la création d’une intercommunale destinée à entreprendre de nouveaux travaux de déviation : la rivière prendra désormais un trajet sous les boulevards périphériques mais, en raison de la guerre, puis de la jonction Nord-Midi, le chantier ne se terminera qu’en 1955. 

Voilà toute l’histoire d’un petit cours d’eau qui a bercé les origines de Bruxelles dans les tendres bras de ses méandres, avant d’être pollué, détesté, enterré et, finalement, oublié des Bruxellois. Adieu la Senne ! Adieu les bassins ! Heureusement en Belgique, il nous reste les larmes du ciel, qui n’en est jamais avare…

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