Bruxelles, du XIème au XVIème Siècle

Dans nos deux numéros précédents, nous avons évoqué l’évolution des voies navigables dans le centre de Bruxelles : la naissance du canal de Willebroeck, la création des bassins, leur évolution et leur inéluctable disparition. Il nous apparaît profitable d’illustrer ces deux articles par quelques cartes et commentaires qui enrichiront notre vision de l’histoire maritime de notre ville et de notre quartier en particulier. Les cartes présentées reprennent le plan de Bruxelles tel qu’il se présente aujourd’hui. En surimpression sont tracés les trajets et emplacements de la Senne, des canaux et des bassins. La première vue nous fait découvrir la ville en l’an 1100 : nous sommes au Haut Moyen-Age, Bruxelles fait partie du Brabant, lequel, depuis 923, dépend du Saint-Empire Romain germanique, alors que le Comté de Flandre, lui, dépend du roi de France… Les problèmes communautaires ne datent donc pas d’hier. Le comte de Louvain, vassal de l’Empire, construit une résidence fortifiée sur le Coudenberg, l’actuelle Place Royale. La Senne, seule voie navigable vers l’Escaut, serpente au cœur de la ville et ses méandres dessinent quelques îlots, dont l’île Saint Géry qui aurait abrité en 979, selon la chronique, le premier castrum de la ville. Les rapports entre les villes brabançonnes et leur suzerain sont excellentes et favorisent leur prospérité. En 1183, l’empereur érige le Brabant en duché et Henri Ier (1190-1235), comte de Louvain et de Bruxelles, devient duc de Brabant. Il fera ériger la première enceinte de Bruxelles dont nous pouvons voir le tracé sur la seconde carte et qui va intégrer l’île Saint Géry, le palais du Coudenberg et le premier port de Bruxelles qui était situé, rappelons-nous, sur l’emplacement actuel du parking 58. La Tour Noire, bien connue dans notre quartier, faisait partie de cette fortification. En 1356 meurt le duc Jean III de Brabant. Il laisse la succession à sa fille Jeanne mais le comte de Flandre, Louis de Male, qui avait épousé la sœur cadette de Jeanne, lui conteste indûment le duché. Les bruxellois, fidèles à Jeanne, prennent les armes pour défendre leur cité mais leur vaillance et leur courage ne feront pas le poids face à la puissante armée de Louis qui va les défaire à Scheut (Anderlecht) avant de s’emparer de la ville et du duché tout entier. Wenceslas, l’époux de Jeanne, part demander le support de son frère Charles IV, Empereur du Saint-Empire Romain, tandis que Jeanne se réfugie à Binche, puis à Bois-le-Duc, d’où elle représente le gouvernement légitime du « Brabant Libre ». Le 6 octobre elle informe Louvain et Bruxelles que l’Empereur soutient Wenceslas et qu’une armée est en route pour libérer le Brabant. La nouvelle rend espoir aux Brabançons et dans la nuit du 24 octobre, un petit groupe de patriotes bruxellois menés par Everard t’Serclaes escalade les murs de la ville, arrache l’étendard des troupes d’occupation flamandes et fait à nouveau flotter les couleurs brabançonnes sur Bruxelles. Dès l’aube, à la vue du drapeau brabançon, les Bruxellois se rebellent contre l’occupant et le mettent en déroute. Il ne faudra que cinq jours aux autres villes du duché, à l’exception de Malines, pour suivre l’exemple bruxellois.

C’est de cette époque que date la seconde enceinte de Bruxelles dont la construction fut décidée au lendemain de la libération de Bruxelles par les autorités de la ville (parmi lesquels Everard t’Serclaes nommé échevin). La ville débordait en effet largement de la première enceinte et les fortifications n’avaient pas offert une grande protection lors du conflit qui venait d’opposer le Brabant à la Flandre. La construction débuta quelques semaines à peine après la libération de la ville et se termina en 1379. Ces remparts, qui suivent le tracé des grands boulevards périphériques (carte 2) ont subsisté jusqu’au milieu du XIXe siècle. La magnifique Porte de Hal en est un des derniers vestiges. Un monument à la mémoire d’Everard t’Serclaes fut érigé à l’angle de la rue Charles Bulls et de la Grand Place de Bruxelles. La croyance populaire veut que la toucher en faisant un vœu permette de voir ce vœu réalisé.

Bruxelles était gérée par 7 grandes familles, dites « les 7 lignages », confirmées dans leur charge et leurs privilèges par le duc de Brabant Jean II en 1306. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, le bourgmestre et les 7 échevins seront obligatoirement choisis au sein de ces familles mais à partir de 1421, le pouvoir sera partagé avec les corporations des métiers. La ville est riche et active. La Senne, capricieuse dans son débit et ses méandres ne suffit plus au transport maritime. La solution à ce problème, nous la connaissons déjà mais, dans notre prochain numéro, nous l’enrichirons également de quelques cartes et commentaires historiques.

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