Le Grand Béguinage de Bruxelles

La très belle église baroque du Béguinage constitue le dernier vestige du Grand Béguinage de Bruxelles. Les béguines étaient des femmes pieuses, le plus souvent veuves ou célibataires, qui se regroupaient en communautés religieuses libres, sans prononcer de vœux perpétuels. Elles restaient laïques, adoptaient une règle monastique et vivaient seules, parfois à plusieurs, dans de petites maisons regroupées autour d’une église ou d’une chapelle. Le premier béguinage fut fondé à Liège, au XIIème siècle, en raison d’une surpopulation féminine imputable aux croisades. Les couvents étaient pleins et toutes les femmes n’avaient pas la dot exigée pour y entrer. Au XIIIème siècle, ce type de communauté s’étendit principalement en Flandre et dans tout le nord de l’Europe. 

Toute la vie des béguines est basée sur l’équilibre des droits et des devoirs.
Tout au long de la journée, la béguine travaille et prie. Le travail est divers. D’abord, le ménage. La béguine s’entoure d’un climat d’ordre, de propreté, même de frugalité.

L’activité majeure du béguinage est l’infirmerie. Les béguines soignent les malades pauvres, les infirmes.

Si les revenus ne suffisent pas pour leur subsistance et pour l’entretien de l’infirmerie, les béguines travaillent : travaux de couture, de broderie ou de dentelle mais aussi travaux plus rudes comme la préparation de la laine ou du lin pour les tisserands.
Les béguines s’occupent aussi de l’éducation des jeunes enfants et leur procurent des rudiments de savoir. Parfois, dans certaines villes, elles initient les adolescentes au latin et aux arts.

La prière rythme le déroulement de la journée. Les heures se récitent en commun à l’église. Après les complies, les portes de l’enclos sont fermées. Les règles du béguinage imposent aussi un devoir de pratiquer l’oraison personnelle.

L’édification du Grand Béguinage, qui portait le nom de « béguinage Notre-Dame de la Vigne » commença en 1250 et fut l’œuvre de René de Breetyck, curé de Molenbeek, sur un terrain de sa paroisse. Il fut fondé après les béguinages de Liège et de Nivelles, mais bien avant celui de Bruges. Au XIVème siècle, il comptait 1200 béguines pour une ville qui ne comptait que 15.000 habitants.

D’abord encouragées par l’Eglise, ces communautés de femmes indépendantes suscitèrent très vite la méfiance du haut clergé. Elles formaient de véritables villages dans la ville. Sous la direction d’une supérieure, la Grande Dame, élue pour quelques années, elles jouissaient d’une grande autonomie et se regroupaient pour faire valoir leurs droits. Elles choisissaient elles-même leurs règles et n’imposaient rien, même au niveau vestimentaire. Bien vite, elles furent accusées d’hérésie et persécutées, sauf dans le Brabant et en Flandre où elles furent protégées en 1319 par une Bulle papale. A Bruxelles, elles s’opposèrent aux corporations de la ville pour faire commerce de drap, commerce florissant qui fit la richesse du béguinage. Celui-ci était entouré d’un mur et d’un fossé rempli d’eau. Il comportait une blanchisserie, un moulin, une infirmerie et une chapelle, dite « chapelle de la vigne ». Le 5 juin 1579, celle-ci fut pillée par les protestants, vendue en 1584 et finalement démolie. Lorsque le catholicisme fut restauré à Bruxelles, les béguines construisirent une chapelle provisoire et les travaux de l’église actuelle, l’église Saint Jean-Baptiste, de style baroque tardif, ne commencèrent qu’en 1657. Elle fut consacrée le 10 mars 1676 alors qu’elle n’était pas encore achevée, faute de fonds. 

En 1794, la Belgique est annexée à la France républicaine. L’église est fermée. Une centaine de béguines très âgées ou infirmes sont autorisées à rester dans l’infirmerie pour vieillards nécessiteux. Les terrains du béguinage sont morcelés et vendus par lots, les fossés comblés ou voûtés. L’église ne fut rendue au culte que le 17 août 1801. Les petites maisons, vétustes, sont abattues pour laisser la place à de nouvelles rues et à un grand hospice moderne, l’Hospice Pachéco. Les dernières maisons du béguinage disparaissent en 1856.

L’église subit en novembre 2000 un incendie imputable à un court-circuit qui ravage entièrement la toiture. Les 28 sans-papiers qu’elle hébergeait sont heureusement sains et saufs et, malgré le feu et les deux tonnes d’eau déversés à la minute pour maîtriser le sinistre, les murs, la voûte et les œuvres d’art sont miraculeusement intacts. En 2006, la charpente est reconstruite en chêne de la Loire et recouverte de 3000 m2 d’ardoises espagnoles. En 2008, la restauration est achevée et nous permet, aujourd’hui, d’admirer ce dernier témoin d’une importante histoire de notre quartier.

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