Histoire des bassins

Les premiers documents établissant l’existence d’un port à Bruxelles datent de l’an1012. Il avait été aménagé au niveau de ce qui est devenu le parking 58. Des centaines de voitures ont pris la place de quelques bateaux qui, jadis, se balançaient mollement au gré du vent… Jusqu’au XVIème siècle, l’approvisionnement de Bruxelles par voie maritime était assuré par la Senne qui, se jetant dans le Rupel, permettait de rejoindre l’Escaut et de relier la ville à Anvers, ouverte sur tous les ports du monde connu. Cependant, la Senne avait un trajet sinueux et un débit très variable en fonction des saisons et des précipitations. Le lit de la rivière s’était peu à peu ensablé suite au déboisement de ses berges au cours du Moyen-Age. Sa navigabilité était donc aléatoire et, surtout, onéreuse pour Bruxelles. La ville de Malines, passage obligé, prélevait en effet des taxes élevées sur tout le trafic fluvial entre Bruxelles et Anvers. Très tôt, l’idée germa de percer un canal entre la capitale et l’Escaut, permettant de pallier aux caprices de la Senne et d’éviter l’hémorragie de devises en la bonne ville de Malines. Déjà en 1436, en pleine guerre de cent ans, une demande en ce sens avait été faite à Philippe le Bon, lequel y avait répondu favorablement. L’opposition de la ville de Malines avait toutefois fait avorter le projet. C’est Charles Quint qui renouvellera l’autorisation en 1531. Hélas, encore une fois, les travaux sont reportés et il faudra attendre, en 1550, l’intervention de Marie de Hongrie pour que le premier coup de pioche soit enfin donné sous l’impulsion énergique de Jean de Locquenghien, bourgmestre et amman de Bruxelles. Les travaux vont durer onze ans et, le 10 octobre 1561, le plus ancien canal navigable d’Europe est inauguré en grande pompe au son des cloches de l’église Saint Nicolas. En 28 kilomètres, sur une largeur de 30 mètres et avec un tirant d’eau de 2 mètres, il va relier Bruxelles au Rupel, au niveau du petit village de Klein-Willebroeck. La différence de niveau de 14,75 mètres est rachetée par la construction de quatre écluses. Elles furent parmi les premières écluses à sas réalisées sur le continent. Voilà Bruxelles reliée à la mer. Cette voie d’eau, bien plus commode que les mauvais chemins en terre de l’époque, servira autant au transport de marchandises qu’à celui de passagers. Le canal devient voie de prospérité et la Senne, abandonnée à son cours versatile, prendra inexorablement le statut peu enviable d’égout à ciel ouvert. Rapidement, la ville s’adapte à son nouveau statut de port de mer : pour permettre la pénétration des bateaux jusqu’au cœur de la cité, un brèche est pratiquée dans la deuxième enceinte, au niveau de la porte du Rivage, actuelle place de l’Yser. Une suite de bassins sera creusée jusqu’à l’actuelle église Ste Catherine : le grand bassin, le bassin des barques, le bassin des marchands et, enfin, le bassin Ste Catherine.

La percée de la ville vers la mer sera bien plus qu’une opportunité d’enrichissement : une fenêtre grande ouverte sur le monde, le rêve et l’aventure. Marie-Thérèse d’Autriche dota sa capitale des Pays-Bas d’un entrepôt monumental de grand style, qui devint plus tard arsenal et enfin théâtre flamand, l’actuel KVS. En 1704, on établit sur la rive orientale du canal l’ « allée verte », avenue de promenade qui reliait Bruxelles à Laeken et qui connut ses heures d’élégance. La chronique raconte que le 14 avril 1717, le yacht de Pierre le Grand, tsar de toutes les Russies, vint s’amarrer au port de Laeken, aux portes de Bruxelles. Le petit canal de Bruxelles-Willebroeck va remplir son office pendant trois siècles mais, à l’aube de l’ère industrielle, ses dimensions et son tirant d’eau vont s’avérer insuffisantes. Des travaux seront nécessaires et l’avenir des bassins s’en trouvera modifié. Mais cela, c’est une autre histoire… que nous nous ferons un plaisir de vous raconter dans notre prochain numéro.

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