Francisco Ferrer

Monument Francisco Ferrer - Wikipedia

L’église Sainte Catherine trône sur la place du même nom comme un grand navire dans une petite mare, de sorte que la place se trouve divisée en deux parties, l’une à la proue et l’autre à la poupe du bâtiment à tel point que la portion de la place qui englobe l’abside a longtemps, depuis le 16ème siècle, porté un nom différent: la place de la Grue. 

En 1911, la ville de Bruxelles y érige un monument à la mémoire de Francisco Ferrer, conçu par le sculpteur Auguste Puttemans. Le socle en pierre bleue et granit rose, dessiné par l’architecte Adolphe Puissant, intègre diverses inscriptions en bronze, au caractère politique affirmé. La place prend alors le nom de Place Francisco Ferrer. L’anarchiste et libre penseur qu’était celui-ci n’a pas eu l’heur de plaire à l’occupant allemand qui s’empresse de l’escamoter en 1914. La place reprend alors son nom précédent jusqu’à ce qu’elle soit définitivement intégrée à la place Sainte Catherine. 

Et Francisco ? Après l’armistice, on va le replacer à  sa place initiale jusqu’en 1966. En raison des travaux de construction du métro, il sera alors déplacé non loin de là, quai à la Chaux, jusqu’en 1984 d’où il déménagera une dernière fois pour prendre la place qu’il occupe actuellement, sur le terre-plein central de l’avenue Franklin Roosevelt, faisant face au rectorat de l’Université libre de Bruxelles. Les inscriptions originelles d’Adolphe Puissant ont été modifiées après la première guerre mondiale. Pourquoi ? Et …

… qui était Francisco Ferrer ?

Francisco Ferrer y Guardia, né en Catalogne le 10 janvier 1859, a été fusillé à la suite d’un simulacre de procès militaire, le 13 octobre 1909 à Barcelone. Franc-maçon, libre penseur et républicain progressiste, il s’était attiré la vindicte des milieux catholiques et conservateurs de l’Espagne monarchiste des débuts du XXème siècle. Pacifiste, il prônait un changement de société, non par la révolution et la violence, mais par une action axée sur l’éducation. Pour ce faire, il avait fondé l’Escuela Moderna le 8 octobre 1901, un projet pédagogique rationaliste que Francisco Ferrer présente ainsi : 

« Fonder des écoles nouvelles où seront appliqués directement des principes répondant à l’idéal que se font de la société et des Hommes, ceux qui réprouvent les conventions, les préjugés, les cruautés, les fourberies et les mensonges sur lesquels est basée la société moderne. Notre enseignement n’accepte ni les dogmes ni les usages car ce sont là des formes qui emprisonnent la vitalité mentale (…) Nous ne répandons que des solutions qui ont été démontrées par des faits, des théories ratifiées par la raison, et des vérités confirmées par des preuves certaines. L’objet de notre enseignement est que le cerveau de l’individu doit être l’instrument de sa volonté. Nous voulons que les vérités de la science brillent de leur propre éclat et illumine chaque intelligence, de sorte que, mises en pratique, elles puissent donner le bonheur à l’humanité, sans exclusion pour personne par privilège odieux. ». 

Le succès est immédiat et d’autres centres éducatifs voient rapidement le jour dans toute l’Espagne, à la consternation du clergé et des mouvements conservateurs. 

Le procès tronqué

Des événements tragiques vont précipiter les choses. En juillet 1909, en protestation contre la guerre du Rif au Maroc et à la conscription y afférente, les syndicats décrètent une grève générale à Barcelone. Les manifestations dégénèrent rapidement. Des monastères et des couvents sont incendiés, une partie des forces de police se joint aux insurgés et il faudra des renforts de Madrid pour réprimer dans le sang cet embryon de révolution populaire. 

Il n’en faut pas plus au clergé catalan, évêque de Barcelone en tête, pour profiter de l’occasion : Francisco Ferrer, lequel n’a jamais pris part au soulèvement de la Semaine Tragique, est accusé d’en être l’instigateur. A la suite d’un procès tronqué, il est fusillé le 13 octobre 1909. Il restera héroïque jusqu’au bout, refusant le bandeau sur les yeux qu’on lui imposera pourtant de force, il clamera haut et fort au peloton d’exécution : « Mes enfants, vous n’y pouvez rien, visez bien. Je suis innocent. Vive l’École Moderne».

Indignation générale !

La nouvelle de son exécution va susciter dans le monde entier un violent mouvement d’indignation : à Paris, la cavalerie devra libérer l’ambassade d’Espagne investie par des milliers de personnes, en Argentine, une grève générale va paralyser le pays jusqu’au 17 octobre et dans toutes les capitales du monde, la protestation sera telle que le gouvernement espagnol sera obligé de démissionner une semaine plus tard. Le procès sera révisé en 1911 et déclaré « erroné » en 1912. 

En 1918, lorsque la statue reprend sa place à Sainte Catherine, les inscriptions d’origine seront supprimées car les termes utilisés mettaient en accusation les autorités espagnoles, or celles-ci, notamment par les interventions du marquis de Villalabor, avaient protégé nombre de nos compatriotes face aux exactions de l’occupant. Il était important, dès lors, de ne pas froisser le sentiment patriotique des autorités hispaniques. 

A Bruxelles, le monument ne représente pas Francisco Ferrer lui-même mais symbolise le « Triomphe de la Lumière et de la Liberté » sous la forme d’un athlète nu, brandissant vers le zénith la torche allumée de la connaissance. Outre cette œuvre, la ville abrite la Haute Ecole Francisco Ferrer, second hommage à cet homme d’ouverture, victime d’une violence qu’il réprouvait.

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