L’équipe atelier CYCLO rue de Flandres à Bruxelles

Bonjour Luben ! Êtes-vous l’initiateur du projet « ATELIER CYCLO » ?

Non ! Pas du tout !

En fait, vous êtes Ici dans le premier atelier officiel de l’ASBL « CYCLO », une initiative dans l’économie sociale qui promeut le vélo à BXL via la technique vélo, le recyclage, la culture et l’innovation. Cet endroit a été le tout premier créé par le coordinateur du projet initial à l’époque.

Quand je suis arrivé en 2004, nous étions plus ou moins 8 personnes pour la coordination, l’équipe engagée à temps plein, ainsi que le projet de formation à la technique cyclo qui existe depuis toujours.

En quoi consiste le travail de l’ASBL ?

C’est un projet de formation pour des personnes qui ont peu d’acquis culturel, linguistique, de scolarisation, de culture du travail et de culture en général, et qui ont besoin de mettre un pied dans le métier en Belgique, de manière à pouvoir poursuivre un parcours professionnel. Je suis entré dans CYCLO par ce principe-là. Par la suite, j’ai été engagé et depuis ce moment, je suis là ! J’ai pu bénéficier du poste de Chef d’atelier. Je me charge de faire fonctionner les différents lieux, car nous avons encore 8 autres ateliers, plus le bureau, plus des petites choses qui sont en collaboration avec le quartier. Il n’y a pas que cet Atelier à BXL Ils fonctionnent tous simultanément.

Quelle est votre fonction actuelle dans l’Atelier ?

Quand je suis devenu chef d’atelier en 2005, je me suis occupé de différentes choses. D’abord, de l’atelier de réparation. J’ai toujours voulu donner aux gens la possibilité de réparer eux-mêmes, le « Do it Yourself » comme on dit ! Mais le gros du travail consistait en la réparation « pure » des vélos », les entretiens, l’accompagnement des stagiaires en formation, ainsi, bien sûr, que toute la logistique qui tourne autour ! Plus tard, sans entrer dans le détail, la coordination a changé. Le projet a grandi ! Il n’y a pas moins de 70/80 personnes qui y travaillent. La création d’emploi est un des buts de CYCLO, à travers la mobilité et le vélo bien sûr, au sein de CYCLO, mais aussi former les gens pour qu’ils puissent trouver du travail ailleurs, ou créer du travail eux-mêmes. L’aspect d’accompagnement des stagiaires reste primordial.

L’Atelier Cyclo rue de Flandre a une spécificité propre ?

Depuis cette année, cet atelier est devenu un atelier participatif entièrement consacré au Do it Yourself. Les gens viennent travailler ici eux-mêmes avec différentes options : si ils sont capables de se débrouiller seuls  pour réparer, ils peuvent profiter de toute l’infrastructure pour un tarif très bas: les pièces, l’outillage,… Il y a également le système « accompagné » pour apporter de l’aide quand il y a des lacunes. Là le tarif est un peu plus élevé. Ensuite, il y a la formule d’apprentissage pur, c’est-à-dire pour des personnes qui n’ont aucune connaissance, avec des modules de cours du soir. Vous pouvez vous rendre sur notre site cyclo.org où vous trouverez la description complète et bien plus large de notre activité de ce que je peux dire ici. Ce que nous proposons est énorme !

Vous pouvez développer ?

Notre but principal est de développer cette ville pour qu’elle soit meilleure ! C’est le grand « bénéfice » que nous recherchons. Nous sommes une ASBL Le but n’est pas lucratif ! Une ville meilleure avec plus d’outils pour une mobilité meilleure et durable, dans un esprit qui améliore la mobilité et la vie des gens ! Nous essayons de proposer cela dans tous les aspects.

L’atelier de réparation n’est que la partie visible de l’iceberg ! Beaucoup de gens travaillent dans de nombreuses directions : le développement des parkings vélo, le travail avec les différents représentants du gouvernement pour améliorer l’infrastructure urbaine, jusqu’au tri et la récupération des écrous …. Au niveau conception, nous essayons de toucher à tous les aspects du développement du vélo. Mais notre but n’est pas de vendre des vélos. Nous ne sommes pas en concurrence avec le monde du privé mais bien complémentaires. Nous souhaitons que le monde privé continue, que les gens continuent à travailler, à gagner leur vie. Le bénéfice n’est pas quelque chose de criminel ! Les gens doivent travailler.

Nous sommes limités au niveau des accessoires : nous avons de quoi dépanner un ou deux modèles avec des petites choses : un pneu, un phare, une sonnette. On ne partira pas à pieds d’ici !

Si on veut du choix, des gammes, des catalogues, … on va diriger les gens vers le privé, de manière à travailler ensemble.

Ici, le but est que les gens travaillent eux-mêmes. Nous visons un développement « primaire »  pour donner cette richesse d’être indépendants, d’être plus forts, pas seulement en pédalant mais en acquérant la culture vélo ! Cela va de la biologie de l’homme qui est le « moteur » du vélo jusqu’à l’acier, le métal, le caoutchouc, ce qui constitue le vélo lui-même, son utilisation en milieu urbain, en voyage, en activité lucrative ou en sport extrême. On arrive à aider un peu tout le monde !

Votre gamme d’action est très large !

Une autre chose que je souhaite mentionner : le grand dépôt de vélos trouvés. On les publie des photos avec description sur velosretrouves.be pendant 3 mois, de manière à permettre aux gens de les récupérer. Dans le cas où ils ne le sont pas, ils sont réparés et revendus à des organismes d’utilité publique : écoles, maisons des jeunes, tous ceux qui ont besoin de se déplacer ou d’avoir une flotte de vélos.

Nous avons également un atelier mobile pour nous rendre dans les entreprises. Bref, une fourmilière de fonctionnement ! C’est important pour les lecteurs de savoir qu’il y a beaucoup plus d’endroits qu’ici. Il est courant aussi que des gens qui viennent chez nous ne savent pas tout ce qu’il y a derrière Cyclo car on n’a pas toujours le temps de faire tout un discours. L’important, c’est de s’occuper des gens et des vélos ! Je précise que je ne représente que l’Atelier Cyclo de la rue de Flandre. C’est très difficile de parler de tous les centres et de tous les projets en cours !

Nous avons une responsable de la Communication, Caroline Demonck, que je vous invite à rencontrer car elle va avoir un discours encore plus correct et global que le mien ! (caroline@cyclo.org) .

On offre de plus en plus de place au vélo dans la ville. Avec votre expérience, que pensez-vous de ce qui pourrait se faire mieux ?

Je ne vais pas inventer des choses car je ne suis pas ingénieur dans l’aménagement du territoire. Mais il y a des exemples visibles, concrets chez nos voisins très proches : Hollande, Danemark, et tous les pays nordiques. Prenons donc exemple, et amenons cela dans un territoire qui est tout à fait roulant et aménageable pour le vélo ! Les bosses qu’il y a sont « courtes », 500 m, 1 km maximum. Cà avance, avec des choses qui se construisent mais avec notre « surréalisme » national, nous avons des pistes cyclables qui ne commencent nulle part et qui ne s’arrêtent nulle part ! Même peintes en rouge, avec des tas de lignes, ce ne sont pas de vraies pistes cyclables ! Une piste, c’est pour aller d’un point à un autre et pas de « nulle part » à « nulle part ». Il y a de la bonne volonté derrière. Mais il y a un tel micmac administratif, des pouvoirs divers sur un même territoire que la prise de décision devient difficile. On ne doit pas s’étonner que les choses aillent si lentement. Mobilité globale et durable avec vision globale ! C’est ce qu’il faut. Mais les choses avancent peu à peu !

Et que pensez-vous du quartier ?

C’est un quartier que j’aime depuis toujours. Il évolue avec le temps. Il s’urbanise de plus en plus, mais il reste toujours « bruxellois », un aspect que j’aime beaucoup. J’ai toujours habité un peu partout, mais ici, cela reste mon deuxième quartier, et finalement c’est ici que je passe le plus de temps vu que j’y bosse !

Amoureux de son quartier,
un dynamisme fou
un grand savoir-faire au service de tous

Alexis devant la fameuse voiture

Depuis combien de temps es-tu dans le quartier ?

De mémoire, je dirais 1992/1993


Pourquoi as-tu choisi ce quartier ? Comment y es-tu arrivé?

Mon père avait repris un restaurant en 92/93 qui s’appelait« le Jardin de Catherine » à l’époque, qui est ensuite devenu « le Jaloa », et puis« La Brasserie Van Gogh ». Cela fait un moment déjà : je dirais 2007 ! Après, il a eu « le Fourneau Ibérique » pendant 2 ans. Ce restaurant a été ensuite repris par 2 autres personnes encore avant que cela devienne « le Kip Kot ». Moi-même, je suis ici depuis 2006 avec le magasin.

Un magasin comme le tien avec une si belle vaisselle n’est pas si courant ! Comment t’es venue l’idée d’offrir cela au quartier ?

Je suis né dans un milieu de restaurateurs et j’ai fait des études de commerce. J’ai travaillé dans l’import-export. Avant le magasin, j’ai travaillé à l’étranger avant de revenir en Belgique avec 2 ou 3 idées. Et j’ai donc lié ce que je connaissais de la restauration et l’import-export. Et le magasin est né !

D’autre part, tu es également fort investi dans le Comité de Quartier. Comment es-tu arrivé à cette fonction ?

Je ne me considère pas « fort » investi. Cela fait un an que j’ai avancé dans ce domaine parce que je trouvais qu’il y avait des choses à faire bouger, moderniser certaines choses dans le quartier, notamment par la création d’un site, afin d’avoir une meilleure visibilité. J’étais venu avec quelques idées. Marc Withofs, qui en était le président à ce moment là, m’a accueilli les bras grands ouverts ! On a lancé le projet et on continue à être assez actifs.

Ici, c’est un quartier, c’est un village même, qui est riche d’histoire et qui, à mes yeux est « inexploité » ! Il y a énormément de touristes. J’ai encore eu 2 touristes ce matin avant ton arrivée qui me demandaient des infos parce qu’il n’y a rien pour les guider. Il faut savoir que la Ville a toujours utilisé cette place comme lieu d’événements car c’est l’une des plus grandes de Bruxelles. Je pense que la Ville n’a pas envie de s’encombrer avec des panneaux et préfère garder la zone dégagée !

Mais on va y arriver petit à petit car il y a de plus en plus de touristes. Et l’une des raisons pour lesquelles je voulais aller dans le Comité, c’est pour faire découvrir ce quartier aux Bruxellois surtout ! Je suis Bruxellois dans l’âme. Je ne suis pas né ici-même. Mais je suis né à seulement 500m à vol d’oiseau. Je connais bien ce quartier que j’affectionne particulièrement et qui évolue bien !

Au niveau familial, vous êtes très intégré dans le lieu !

Oui ! On peut dire que c’est un petit peu mon territoire, même si j’ai grandi en dehors par après. Mais je revenais toujours ici ! Je suis un Ket de Bruxelles ! (dans un grand éclat de rire !)

Alexis au DISHES FACTORY

Tu es donc le Maître d’œuvre du site stcath.be ! (site à consulter sans modération ! –Ndlr)

J’ai surtout donné la marche à suivre à une société qui a fait cela pour nous. La Ville nous a aidé pour ce site parce que financièrement, c’est un gros budget.

Bien sûr il y a de petites erreurs. Ce n’est jamais au top comme on le voudrait. Ce n’est pas mon métier non plus. On a fait ça du mieux qu’on pouvait. On a voulu quelque chose qui soit intemporel parce qu’on ne voudrait pas devoir tout changer dans 5 ans. Il y a des gens qui peuvent critiquer cela parce que ce n’est pas assez moderne à leurs yeux. Nous, ce que nous voulons, c’est que ce soit un site qui reste et qui vive !

Nous avons expliqué le projet lors de la dernière réunion de quartier . Maintenant, c’est principalement aux commerçants de le dynamiser. On a mis une voiture à disposition. L’essence, c’est eux : il faut que tout le monde se bouge un peu !

Pourrais-tu évaluer le nombre d’heures que tu as investies dans ce projet ?

Infaisable !!! Je sais que tout l’été dernier, je rentrais à la maison vers 19/20h. Et je bossais jusqu’à 23h00 à collecter les données, etc … Car – bien entendu – je ne les ai pas reçues de la part de 99, 99% des commerçants (dit-il avec un large sourire !). Et donc, j’ai dû beaucoup bosser bénévolement. C’est pour cela que maintenant, j’ai demandé que quelqu’un s’occupe de la Com. Parce que je n’ai plus le temps de faire ça !

Tu as largement prouvé être impliqué dans la vie du quartier. As-tu des souhaits particuliers pour son avenir ? Quels sont tes rêves pour le quartier ?

Je suis un peu un utopiste dans l’âme !!! Je pense que le quartier pourrait se développer d’une très belle manière, que ce soit sur le plan écologique, ou encore dans l’interrelation entre habitants et commerçants. A mes yeux, là où le bât blesse actuellement, c’est au niveau de la communication avec la Ville. Il y en a une, bien sûr, mais elle n’est pas toujours évidente. Les responsables de la Ville sont là pour une certaine durée alors que nous, nous sommes là pour très longtemps. C’est le milieu politique qui veut cela : chacun souhaite marquer de son empreinte le peu de temps où il est présent. Ils viennent chacun avec des idées qui – pour moi – ne sont pas toujours adaptées et qui sont souvent en retard avec la réalité du terrain.

On nous demande, à nous, de nous gérer en « bon père de famille », sous menace de faillite. Et personnellement, je trouve que la Ville et les décisions qui sont prises ne le sont pas « en bon père de famille » ! Pour rester politiquement correct, je vais dire ça comme ça (autre large sourire !).

Maintenant, voilà : je suis indépendant et le Bourgmestre est du PS. Ce n’est pas pour autant qu’on ne s’entende pas ou que l’on ne se comprenne pas. C’est quelqu’un qui a des idées. Mais tous restent des politiciens. Il faut voir dans tous cela ce que l’on peut « obtenir » ! C’est vraiment le mot clé !

Mon souhait est que les gens se sentent bien dans le quartier, que les Bruxellois se le réapproprient. Il y a de plus en plus de touristes mais je trouve ça bien quand je vois des familles bruxelloises, avec des langues « mélangées », français, néerlandais, anglais, de voir des « nouveaux Bruxellois » qui se sont installés. Cela amène une dimension « multiculturelle ». Je trouve que le métissage culturel fait la richesse d’un peuple. C’est important.

J’adore ton « image de marque » : une Fiat 500 jaune absolument craquante !!! D’où t’es venue l’idée ?

En fait, l’ idée n’est pas de moi ! Elle est de mon père : via un des patrons du Latini de l’époque, un de ses amis italiens, il l’a faite venir de Naples. Cela fait plus de 13 ans qu’elle est là. On l’a faite restaurer et elle est devenue l’emblème du magasin. Et les gens sont un peu inquiets quand elle n’est pas là ! Il y a peu, j’ai dû lui faire refaire tout le bas de caisse qui était complètement rouillé, et les gens venaient me voir en me disant : « Il paraît que vous fermez ??? », « Vous faites faillite ???? », « Vous l’avez vendue ??? » ! J’ai donc mis une banderole avec sa photo pour rassurer le public. Et j’étais content quand elle est revenue parce qu’une vielle dame, qui devait avoir dans les 80 ans, est venue dans le magasin et elle m’a dit : «  Monsieur, cela fait 45 ans que je suis ici. Je fais partie des meubles et votre voiture aussi maintenant !  Elle est de nouveau là et tout va bien !».

Elle fait partie du décor et c’est chouette !

Je ne peux m’empêcher de m’exprimer directement à Alexis pendant l’interview par ces quelques paroles :  J’aime beaucoup cet aspect de « voyage dans le temps », de passer des images du passé au présent et vice versa parce que cela donne effectivement la notion de « durée » !