Le couvent des Frères Mineurs

L

Dans notre dernier article, nous nous sommes intéressés à toutes les constructions qui avaient précédé le Parking 58, aujourd’hui balayé à son tour par le vent de l’histoire (surtout par les bulldozers). Face à la Bourse, je me suis posé la même question : qu’y avait-il auparavant, avant son édification, entre 1869 et 1874 ?

Quelques mots d’histoire :

François d’Assises meurt le 3 octobre 1226. Canonisé en 1228 par le pape Grégoire IX, il aura fondé l’Ordre des frères mineurs, ou Ordre des franciscains, lesquels ont fait vœu de vie pieuse et de pauvreté. Leur exemple d’entraide, de partage et de solidarité avec les plus déshérités va séduire les ducs de Brabant qui vont les soutenir et leur permettre d’implanter un monastère au cœur même de la ville. Le couvent, édifié en 1238 s’étendait de la rue de Tabora à l’ensemble de la place de la Bourse.  C’est d’ailleurs dans son église que le duc Jean 1er se fera inhumer en 1294.

Qu’en restait-il huit siècles plus tard ? Bien peu de choses. Toutes les archives en ont disparu et son souvenir lui-même s’était estompé dans les brumes de l’oubli. Jusqu’en 1988.

Rue de la Bourse, un petit musée à demi enterré nous permet de découvrir le résultat des fouilles entreprises en 1988 par la Société Royale d’Archéologiede Bruxelles, en collaboration avec le Service des Fouilles de l’Université libre de Bruxelles. Les travaux ont permis la mise à jour d’ossements humains, de grands murs et l’identification du chœur de l’église elle-même. À l’extérieur du chœur se trouvent des murs d’époques diverses et qui ont tous connu plusieurs états. La chronologie de ces murs forme une sorte de tranche archéologique et historique d’une durée de plus de 500 ans. L’église, rasée jusqu’au niveau du sol lors des guerres de religion en 1583, fut reconstruite en 1588 sous le règne des archiducs Albert et Isabelle.

Dans le chœur, on ne voit que caveaux funéraires pressés les uns contre les autres. Il ne s’agit  pas de sépultures de moines, mais de hauts personnages.
Au milieu du chœur, devant l’autel, se trouvait le tombeau de Jean Ier, duc de Brabant et de Basse-Lotharingie, mort accidentellement des suites d’une blessure reçue dans un tournoi en Bourgogne le 3 mai 1294.


Un autre personnage qui compte beaucoup dans notre histoire et notre coeur: le comte d’Egmont. Le 6 juin 1568, il fut décapité par ordre du duc d’Albe sur la Grand-Place de Bruxelles. Le soir même, le Grand Serment des Arbalétriers de Bruxelles dont il avait été le Roy, vint en cortège enlever sa dépouille mortelle pour la conduire dans l’église des frères mineurs, où elle fut veillée jusqu’aux funérailles.

Un siècle plus tard, en 1695, les armées de Louis XIV, sur ordre du maréchal de Villeroy, bombardent trois jours durant la ville de Bruxelles. Cet acte barbare, condamné par toutes les cours d’Europe, provoqua des dégâts considérables dont le plus célèbre est sans doute la destruction de la Grand Place. Le couvent est lui aussi gravement touché, ses archives parties en fumée. Le chœur, resté intact, permettra à l’église d’être rendue au culte jusqu’en 1699.

Devenu bien national de la République Française en 1796, le couvent des frères mineurs sera définitivement rasé en 1799 pour laisser la place au marché au beurre qui occupera l’espace jusqu’à l’édification de la Bourse de Bruxelles.

Le musée de site, Bruxella 1238

Le Conseil communal de la Ville de Bruxelles décida la sauvegarde et la mise en valeur des vestiges. Le projet fut conçu par le bureau d’ingénieurs B Group et l’architecte J.-P. Jourdain, en tenant compte de réalisations similaires effectuées dans des pays voisins. 
Le choix muséologique fut de rendre la rue en quelque sorte transparente et de montrer dans le sol le passé aux passants. D’où l’idée d’une verrière établie sur le chœur et selon l’axe ancien de l’édifice. D’où aussi le tracé des murs incrusté dans le pavement de surface.
L’équipement intérieur et l’aménagement muséographique ont été supervisés par la SRAB et exécutés par des spécialistes, avec l’aide du sponsor « Les AP-Assurances » qui est venu associer ses efforts à ceux que la Ville avait déjà consentis. C’est grâce à eux que Bruxella 1238, le premier musée de site de Bruxelles, a vu le jour.

Source : Société Royale d’Archéologie de Bruxelles : www. srab.be

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *